SPIRITUALITE

24. mai, 2022

La nuit, alors que le monde se repose et que règne le silence, certains veillent et prient. Pourquoi le calme nocturne est-il propice à la prière ? Est-ce la condition idéale pour une prière plus efficace ?

« Comme beaucoup, je souffrais d’insomnies dues probablement au stress et aux angoisses du quotidien. Les yeux grands ouverts, je comptais les moutons ou les fissures sur le mur, incapable de trouver le sommeil alors que le reste de la famille dormait paisiblement… Et un jour, cette idée m’est venue : plutôt que de tenter de provoquer sans succès mon endormissement, il vaut mieux transformer mes insomnies en veilles. » C’est ainsi que Julie confie à Aleteia comment sa vie a changé. Prof de français à Nantes et mère d’un petit garçon de 3 ans, elle le confirme : maintenant, dès qu’elle est éveillée en pleine nuit, elle s’adresse à Dieu : « Seigneur, je suis là, je me mets à ton écoute ».

"C’est une expérience étonnante pour moi : ce temps qui se dilate me permet de plonger entièrement en mon intérieur, comme un sous-marin en eaux profondes."

Depuis lors, ses moments de veille, même s’ils ne sont pas volontaires, restent pour elle très précieux : « Je me sens connectée pleinement à Dieu, de façon beaucoup plus forte, grâce au silence et au calme nocturne, loin du rythme trépidant de la journée. C’est une expérience étonnante pour moi : ce temps qui se dilate me permet de plonger entièrement en mon intérieur, comme un sous-marin en eaux profondes. Parfois j’ai presque envie de ne pas remonter à la surface pour ne pas quitter cet espace paisible où Dieu se manifeste. C’est très surprenant car avant, j’étais angoissée, même désespérée quand le sommeil ne revenait pas… », reconnaît-elle.

"Si tout chrétien est invité à consacrer à la prière une certaine partie de la nuit, la durée a peu d’importance : même une très courte veille est l’œuvre de l’Esprit saint en nous."

Dépasser sa propension à l’endormissement pour rester avec Dieu « conduit à la découverte d’une veille plus intérieure, souvent éclipsée par les soucis du monde », explique Xavier Accart dans son précieux ouvrage L’art de la prière. C’est dans ce sens que la prière nocturne peut être plus efficace. Elle permet d’atteindre le silence et le calme intérieur, indispensables pour vivre l’expérience de la présence de Dieu, mais difficiles, parfois impossibles à retrouver dans le quotidien de la journée. « Si tout chrétien est invité à consacrer à la prière une certaine partie de la nuit », affirme Dom André Louf, cité par Xavier Accart, « la durée a peu d’importance même une très courte veille est l’œuvre de l’Esprit saint en nous. »

Cette affirmation répond aux appels répétés de Jésus à veiller. Lui-même, il passait ses nuits à prier. Pour lui, la louange comme l’intercession ne s’arrêtent jamais. Alors que le monde se repose et que le silence règne, Jésus prie afin que le monde repose entre les mains de Dieu. Comme lui, les moines se lèvent la nuit pour offrir leurs moments de veille à Dieu. C’est ce que les psaumes le chantent précisément : « Dans la nuit, je me souviens de toi et je reste des heures à te parler » (Ps 62, 7), « Au milieu de la nuit, je me lève et te rends grâce pour tes justes décisions. » (Ps 118, 62).

Pratique courante des premiers chrétiens
Sortir un moment de son sommeil pour prier semble avoir été une pratique courante des premiers chrétiens. « Nous devons nous lever souvent de notre lit durant la nuit et rendre grâce à Dieu, conseillait Clément d’Alexandrie au IIème siècle. Heureux ceux qui veillent pour Lui : ils ressemblent aux anges que nous appelons veilleurs ».

Guidé par la parole de Dieu, saint Paul exhortait aussi les chrétiens à prier sans cesse. Saint Benoît, père des moines occidentaux, le reprend à son compte en invitant les moines à se lever la nuit pour veiller et prier Dieu. Par cette prière de nuit, ils vivaient ainsi et de manière symbolique le passage de la mort et des ténèbres à la Résurrection lumineuse du Christ.

"Jean de la Croix insiste en répétant que la nuit « purifie ». Lorsque l’un dit « Dieu m’a abandonné », le saint carme rectifie et dit plutôt : « Dieu me purifie »."

D’autres grands saints sont connus pour leurs veilles nocturnes. Charles de Foucauld, marqué par l’exemple du Christ, aimait particulièrement l’adoration la nuit. « Il fait si doux passer à vos pieds les heures silencieuses de la nuit, écrit-il en 1897, être en tête à tête avec vous pendant que tout dort sur la terre, être seul à vous adorer, à se tenir à genoux vous disant que je vous aime… Saint Sacrement exposé ! Quelle félicité ! »

L’union à Dieu qui s’opère pleinement
Quant à saint Jean de la Croix, dans ses écrits, le mot « nuit » n’est jamais loin du mot « purification ». Il y insiste en répétant que la nuit « purifie ». Lorsque l’un dit « Dieu m’a abandonné », le saint carme rectifie et dit plutôt : « Dieu me purifie ». Les résonances liturgiques de la nuit de Noël et les nuits de la Semaine sainte, spécialement celle du Jeudi saint et du Vendredi saint, ont fortement influencé le carme espagnol. La nuit est alors pour lui le symbole du dépouillement total, mais aussi celui de la réparation et de l’espérance.

Pour saint Jean de la Croix, l’âme a radicalement sa vie en Dieu. Seulement si Dieu est toujours présent dans l’âme, il n’est pas toujours présent à l’âme… En son sens le plus profond la prière nocturne peut permettre alors que l’union à Dieu s’opère pleinement.

Marzena Devoud 

21. mai, 2022

"Il existe une sorte de droit de la victime à protester, face au mystère du mal, un droit que Dieu accorde à tous", a assuré le pape François lors de l’audience générale de ce mercredi 18 mai. Il a rappelé que la protestation peut être en elle-même une forme de prière.

« Le mystère de la tendresse de Dieu caché derrière son silence » était au centre de la nouvelle catéchèse du pape François sur la vieillesse, lors de l’audience générale tenue sur la place Saint-Pierre le 18 mai 2022. Après avoir effectué le tour de la place en papamobile devant quelques milliers de fidèles, le pontife s’est arrêté sur le récit biblique de la souffrance de Job, dans l’Ancien Testament, pour dénoncer l’hypocrisie de ceux qui associent les drames de la vie à une punition divine liée à une culpabilité.

Le Pape a dénoncé la tendance à une « religiosité moralisatrice, qui conduit à l’hypocrisie et au pharisaïsme ». Inversement, face aux malheurs de la vie, Job montre l’exemple d’une « conversion de la foi ». « »Je sais, moi, que mon rédempteur est vivant, que, le dernier, il se lèvera sur la poussière ! », assure Job même au pire moment du malheur », a rappelé François.

Parfois, « des épreuves trop lourdes, disproportionnées par rapport à la petitesse et à la fragilité humaine, s’abattent sur une personne, une famille ou un peuple ». Face à certaines personnes accablées par le malheur, « nous avons été impressionnés par leur cri, mais nous avons aussi souvent été émerveillés par la constance de leur foi et de leur amour ». Le Pape a donné l’exemple des parents d’enfants handicapés, ainsi que des personnes affectées par la pandémie de Covid-19 ou par la guerre en Ukraine.

"Si tu as dans le cœur de la colère et de la douleur, tu peux protester, Dieu t’écoute ! N’emprisonne pas ta prière."

« Il existe une sorte de droit de la victime à protester, face au mystère du mal, un droit que Dieu accorde à tous », a assuré le pape François en rappelant que la protestation peut être en elle-même une forme de prière. « Si tu as dans le cœur de la colère et de la douleur, tu peux protester, Dieu t’écoute ! N’emprisonne pas ta prière », a-t-il lancé en sortant de son texte.

Le Pape s’est dressé contre l’attitude « des hommes de loi, des hommes de science, des hommes de religion même, qui confondent le persécuteur et la victime, imputant à cette dernière l’entière responsabilité de sa douleur ».

La promesse de Dieu
Inversement, « l’attente de la promesse de Dieu » constitue « une défense irremplaçable face à l’excès du mal », et les « petites vieilles » offrent souvent un modèle de fidélité et de patience même dans des vies marquées par la solitude et la souffrance.

Le pape de 85 ans a invité à se laisser instruire par l’exemple « de tant de grands-pères et de grands-mères, de tant de personnes âgées qui, comme Marie, unissent leur prière, parfois déchirante, à celle du Fils de Dieu qui, sur la croix, s’abandonne au Père ».

I.Media 

16. mai, 2022

Angoisse, peur, colère... Découvrez les cinq passages de la Bible qui décrivent les émotions de Jésus, véritablement Dieu et véritablement homme.

Les chrétiens professent que Jésus est véritablement Dieu et véritablement homme. Or les émotions font partie de l’expérience humaine. Elles surgissent sans être liées à la volonté. Jésus, véritablement homme, ressent donc des émotions. Mais les siennes servent toujours Sa vertu. La Bible témoigne de la profondeur de Son ressenti et de Son cœur profondément humain. Car les émotions qui accompagnent un acte libre manifestent la profondeur de celui-ci.

Cette réflexion vient de l’exhortation apostolique du pape François Amoris Laetitia. Il montre par plusieurs exemple la sensibilité et les émotions du Christ. Durant sa mission terrestre, Il a fait l’expérience de la condition humaine des émotions. Peur, joie, ou colère, elles faisaient partie de Son quotidien.

1 - L’ANGOISSE FACE À LA MORT
Il emmena Pierre, ainsi que Jacques et Jean, les deux fils de Zébédée, et il commença à ressentir tristesse et angoisse. […] Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait : « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. » (Mt 26, 37-39)

Jésus sait à ce moment-là qu’il va vivre la passion et mourir. Quoi qu’il en coûte, Il est prêt à accomplir la volonté de Dieu pour sauver les hommes. Malgré cela, Il demande à son père d’éloigner de lui ce terrifiant destin.

2 - LA COLÈRE FACE AU SACRILÈGE
Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. » (Jn 2, 14-16)

À la vue de l’avarice des marchands, Jésus est saisi de colère. Il en vient à chasser physiquement les blasphémateurs du temple. C’est l’une des rares, sinon la seule fois où le Christ montre une telle impulsivité.

3 - LA TRISTESSE FACE AU DEUIL
Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé, et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. » Alors Jésus se mit à pleurer. Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! » (Jn 11, 33-36)

Lorsque Jésus apprend la mort de son ami, Il est d’abord pris d’empathie face aux larmes de Marthe et Marie, les sœurs de Lazare. Puis c’est Sa propre tristesse qui le fait pleurer. L’empathie est en un sens la plus humaine des émotions et le Christ n’en est certainement pas dépourvu.

4 - LA COMPASSION FACE À LA SOUFFRANCE
Jésus s’arrêta et les appela : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils répondent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! » Saisi de compassion, Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils retrouvèrent la vue, et ils le suivirent. (Mt 20, 32-24)

Jamais Jésus ne se détourne de quelqu’un qui l’appelle pour lui demander la guérison. Lépreux, aveugle ou malade, celui qui l’implore bénéficie de la compassion du Fils de l’homme. Heureux ceux qui entendent ces paroles : « Ta foi t’a sauvé. »

5 - LA JOIE FACE À L’ACCOMPLISSEMENT
À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits […] » (Lc 10, 21)

Après avoir envoyé 72 disciples en mission, Jésus se réjouit de voir le Saint-Esprit se manifester en ces hommes qui vont propager le message de Dieu. Car c’est leur foi qui va toucher les cœurs des hommes du plus petit mendiant au plus puissant des rois. Ainsi, Jésus rend grâce au Très-Haut.  

Kathleen Hattrup

16. mai, 2022

Quand on plonge dans la vie des grands saints, on se rend compte qu'ils pleurent tous abondamment. Ils expliquent pourquoi laisser couler des larmes (ou pleurer un bon coup) est capital.

Ignace de Loyola, saint Dominique, le curé d’Ars, Charles de Foucauld… Au lieu de maîtriser leurs émotions, pourquoi, ces saints pleurent-ils abondamment, même plusieurs fois par jour et même en public ? Pleurent-ils comme chaque mortel de chagrin, de douleur ou de rire ? Oui, certainement. Mais surtout, ils pleurent leurs péchés parce qu’ils les éloignent de ce Dieu qu’ils aiment passionnément.

"Pour Charles de Foucauld comme pour d’autres grandes figures de sainteté, les larmes signifient quelque chose de capital : elles sont un chemin vers Dieu, un lieu où le rencontrer."

S’inspirant de sainte Catherine de Sienne, Charles de Foucauld canonisé ce 15 mai, encourage ses proches à pleurer… trois fois par jour. Pour lui, les larmes sont des signes de pureté, d’amour envers Dieu. Elles sont accompagnées par la conscience d’avoir exposé son cœur à une souffrance infinie. Cependant, le souvenir des fautes, insiste-il dans ses écrits, ne doit jamais être plus fort que le courage de se relever des péchés. Pour lui comme pour d’autres grandes figures de sainteté, les larmes signifient quelque chose de capital : elles sont un chemin vers Dieu, un lieu où le rencontrer. Dans son ouvrage Des larmes, Anne Lécu dominicaine et médecin à la prison de Fleury-Mérogis décrit ainsi les saints qui pleurent : « Ils expriment ainsi leur désir immense de bonté auquel nous aspirons tous. »

Les larmes, la bénédiction de ceux qui aiment
Les larmes font du bien, mais elles aussi font le bien. L’écrivaine Jacqueline Kelen résume dans son Eloge des larmes, que « ceux qui versent des larmes, aiment ». Leurs larmes signifient avant tout l’amour. La béatitude « Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés » veut dire « Heureux ceux qui pleurent, car ils aiment et ils seront consolés. »

Par son incarnation, le Christ a embrassé la nature de l’homme ainsi que toutes les émotions humaines qui l’accompagnent. Les évangiles montrent clairement les moments où le Christ ressent de la joie, de la colère ou de la tristesse. Il pleure aussi. Et c’est là que la consolation promise commence : l’homme n’est pas seul à pleurer. Ses larmes rejoignent celles du Christ, en qui l’amour est plus fort que la mort. Les grands saints l’ont bien compris.

Marzena Devoud

9. mai, 2022

"Dieu ne veut pas des robots ou des bigots, mais des hommes et des femmes qui n’ont pas peur d’interroger le monde et les vérités toutes faites."

Le mot foi vient du latin « fides », « la confiance ». Avoir foi en une idée ou en quelqu’un, c’est faire confiance à cette personne. En ce sens, le doute est inhérent à la foi, si on a confiance en quelqu’un, en un amour ou en une amitié, on a simplement l’espérance que la relation dure sans qu’on puisse en avoir la certitude absolue. La confiance est donc liée consubstantiellement à l’incertitude.

Le doute est une souplesse d’esprit qui garantit que la foi, tel le roseau, plie face aux tempêtes de la vie sans se briser. Ce n’est pas que la foi vacille, qu’elle faiblit ou qu’elle change au gré de vent de doctrines, c’est qu’elle se construit et s’approfondit en s’interrogeant. Enracinée dans le roc, elle est néanmoins assez souple pour ne pas être fossilisée, pour ne pas se scléroser, mais rester vive et pétillante.

Ce doute là est questionnement incessant, il fait de nous des chercheurs, des questeurs qui, tels les chevaliers errants, s’en vont chercher la présence de Dieu, véritable saint Graal à jamais fuyant et inaccessible.

Un jour, le chevalier Perceval s’arrête dans le château du roi pêcheur dont le père ne se nourrit que d’hosties. Au cours de son séjour, Perceval assiste à une étrange procession qui associe une lance qui saigne, un plat à la rayonnante splendeur (le Graal) et deux tailloirs d’argent. Le Graal est alors à portée de main, mais le chevalier, par pudeur ? Par timidité ? Par crainte ? Par bigoterie ? Ne pose pas de questions. Ce manque d’interrogation et de curiosité causera sa perte, le Graal lui échappera à tout jamais.

Une perpétuelle avancée dans le brouillard
C’est que Dieu ne veut pas des robots ou des bigots, mais des hommes et des femmes qui n’ont pas peur d’interroger le monde et les vérités toutes faites. Dieu veut des fils et des filles de Lumière qui affermissent leur foi au feu salvateur de la raison et du doute : « Il doute profondément, celui dont la foi est plus profonde. Il ne peut pas être trompé, celui qui n’est pas enclin à accepter des ouï-dire. Adam, sans expérience, est tombé rapidement en croyant rapidement ».

La foi n’est pas un chemin tranquille fait de certitudes et de positions figées, mais au contraire une perpétuelle avancée dans le brouillard. Et si parfois, des éclairs illuminent notre nuit et que la grâce de la sensation de la Présence nous réconforte, c’est la volonté de ne jamais s’arrêter de chercher, d’aller de plus en plus profondément dans le questionnement donc dans la foi qui nous empêche de geler sur place dans une caricature de foi qui n’est plus qu’un assèchement du cœur car il est vrai que l’ennemi de la croyance n’est pas le doute, mais la certitude.

Certes, il y a des certitudes fondamentales qui sont comme les fondations de notre forteresse intérieure et qui ne doivent pas être remises constamment en question sous peine de vivre en perpétuel déséquilibre. La foi en Dieu est de celle-là.

En définitive, en tant que croyant, le doute porte surtout, non tant sur l’existence de Dieu lui-même, mais sur la représentation que l’on s’en fait. C.S. Lewis expliquait qu’avant chaque prière, il faisait une demande de grâce à Dieu. Il demandait : « Seigneur que ce soit bien moi qui Te prie et que ce soit bien Toi que je prie ». C’est-à-dire que ce soit bien moi qui te prie, la part la plus sincère de moi-même, que je te prie non par conformisme, non par mimétisme, non par mécanisme ou bigoterie. Et « que ce soit Toi que je prie », c’est-à-dire que l’on prie Dieu et non l’image que l’on s’en fait. C’est la caractéristique des fondamentalistes, quelle que soit leur religion, de projeter leurs peurs, leurs craintes et leurs fantasmes sur Dieu. On a alors des caricatures de Dieu : Dieu épouvantail, Dieu tyrannique ou sadique, Dieu impitoyable et stalinien, Dieu comme une machine à condamner. On fait alors de l’idolâtrie, on veut s’approprier Dieu, s’en servir à ses fins, prononcer son nom en vain. Là, le doute est salvateur : « Dieu débarrasse-moi des fausses représentations que je me fais de toi et de ma religion ! »

Le doute est donc inhérent à la foi, car il la renforce.

Une négativité cynique à combattre
Toutefois, il existe aussi une forme de doute qui n’est plus une force provoquant une dynamique d’approfondissement de la foi, mais au contraire une remise en cause permanente du fondement même de l’existence. Ce doute-là ne nourrit pas la foi, mais la dissout aussi certainement que l’acide ronge la chair. Ce doute ou soupçon est l’une des marques de la modernité. In fine, il conduit à l’immobilisme, à l’absurde et au nihilisme : on doute de l’existence même de Dieu et l’on vit comme s’Il n’existait pas, on « doute » de sa fiancée, des hommes ou des femmes en général, on « doute » que demain nous ayons encore le même sentiment d’amour ou la même attirance et l’on finit par ne pas se marier, on doute de l’existence même de la Vérité, du Bien et du Mal et l’on se complaît dans un relativisme plat et mou. On doute de sa mission de vie, on doute même que le concept de mission de vie existe et l’on ne s’engage dans rien, car on finit par douter de la réalité de la vie elle-même.

Cette négativité rongeuse et cynique est évidemment à combattre dans un monde qui se noie par manque de sens et de transcendance. On ne peut s’empêcher de penser aux mots de Chesterton : « L’œuvre du sceptique au cours des cent dernières années a bel et bien été comme la rage sans objet de quelque monstre primitif, sans yeux, sans esprit, purement destructrice et dévorante, un asticot géant gaspillant un monde qu’il ne peut même pas voir, une existence ténébreuse et bestiale, inconsciente de ses propres causes comme de ses propres effets. »

Que Dieu nous préserve du soupçon par un doute propre à faire vivre une foi ferme, saine et souple portant les fruits du Royaume !

La rédaction d'Aleteia