SPIRITUALITE

17. avr., 2021

Il nous semble souvent que les apôtres eurent la chance d’être des témoins de la Résurrection de Notre Seigneur et, qu’ainsi, leur foi en fut facilitée, cette divine présence aplanissant alors tous les doutes. Or il n’en est rien. Les récits des différentes apparitions du Christ victorieux de la mort ne manquent pas de souligner l’aveuglement, l’incrédulité, la difficulté à accepter une réalité qui dépasse l’entendement humain. Le Christ donne aussi des ordres contradictoires, comme celui de Le toucher ou bien au contraire de ne pas Le toucher. Comme rien ne peut être illogique en son enseignement et dans son comportement humain, il est bon d’essayer de comprendre en quoi consiste sa pédagogie pour amener l’homme à croire de tout son être à ce que son intelligence ne peut concevoir.

« Ne me touche pas »

Madeleine, cette pécheresse repentie, rejoint l’élection unique du Bon Larron premier élu du Paradis, lorsqu’elle est choisie comme la première bénéficiaire de la rencontre avec le Christ ressuscité et comme la messagère de cette nouvelle à nulle autre pareille à transmettre aux apôtres pourtant choisis par le Maître pour édifier son Église. Dans les deux cas, le plus petit et le plus misérable aux yeux des hommes a été mis en avant par le Seigneur comme preuves du bouleversement qui venait de transformer le monde : le péché vaincu sur la Croix permet au Brigand d’entrer dans le séjour céleste, et la mort vaincue dans le Tombeau gît aux pieds d’une femme à la vie passée chargée de substances mortelles. Cependant, lorsque Marie-Madeleine découvre enfin que Celui qu’elle confondait avec un jardinier est son Seigneur, elle se voit répondre, alors qu’elle se précipite vers le Christ : Noli me tangere – « Ne me touche pas », une des phrases évangéliques parmi les plus célèbres et les plus mystérieuses. 

Quoi de plus normal pourtant, pour des personnes qui s’aiment, que de se toucher ? Un enfant ne peut pas survivre sans le contact avec sa mère, un amoureux se languit si sa femme est séparée de lui physiquement, des amis s’embrassent ou se serrent la main dans la joie des retrouvailles… L’homme est fait pour le contact et le lui interdire est attenter à son âme qui se flétrit faute de cette sève. À plus forte raison dans le cas hors du commun de Marie qui cherchait le cadavre disparu du Christ et qui se retrouve face au Maître vivant. Son amour semble être repoussé par le Christ. Le peintre Laurent de La Hyre a su transcrire ce double geste de la Madeleine arrêtée dans son élan et du Christ qui la tient à distance tout en lui effleurant le front. Lui peut toucher, mais elle, elle ne le peut en cet instant. L’explication qu’Il lui donne ajoute encore à la complication, car comment pourrait-Il être touché une fois qu’Il aurait rejoint le Père ? Peut-être ne veut-Il pas qu’elle puisse s’approprier cette présence, voulant Le garder tout entier pour elle seule ? Et puis Il n’a pas encore achevé le chemin qui Le conduit de nouveau vers le Père. Rien ni personne ne doit troubler cette apothéose. Aussi le Christ veut-Il diriger la joie de la Madeleine, non point vers une consolation terrestre — celle de retrouver un ami qui était mort — mais vers une joie surnaturelle. Il enseigne à Marie-Madeleine ce que doit être la véritable joie, ceci de façon un peu rude mais permettant à celle qui L’aime de découvrir ce que sera dorénavant sa mission, celle d’annoncer le Christ ressuscité, vrai Dieu et vrai homme, et non point simplement le retour ponctuel à la vie d’un Maître respecté.

« Toucher » avec la foi

Il est possible de reconnaître la divinité sans la toucher. Cela passe par la purification des attachements humains et l’entrée dans une autre demeure qui est celle de la Révélation. La rage de posséder empêche l’union à Dieu. Cette dernière n’est possible que dans l’ascèse et le renoncement. Le saint est celui qui découvre sa liberté lorsqu’il s’est détaché de tout, acquérant ainsi une richesse intérieure inépuisable. Cela passe aussi par la communion au Corps du Christ. L’intimité avec le Sauveur ne sera plus celle d’une amitié extérieure mais d’une union intérieure où son Corps est absorbé par le nôtre, où le communiant devient un autre Christ, à condition d’accueillir cet Hôte divin dans les dispositions requises pour vivre pleinement de la grâce. La seule voie possible pour « toucher » le Christ est la foi.

Une présence historique

Quelque temps après cette apparition à Marie-Madeleine, se situe l’épisode, également fameux, de la seconde apparition au groupe des onze puisque, dans un premier temps, saint Thomas n’était pas présent. Bizarrement, contrairement à l’interdiction faite à la Madeleine, le Christ invite cette fois l’apôtre — qui avait été incrédule face aux récits des autres apparitions, à non seulement Le toucher, mais à enfoncer ses doigts dans les plaies de la Passion. La Résurrection est le centre de la foi chrétienne. L’Église, pour définir ce dogme, insiste sur deux aspects inséparables : la Résurrection est réelle, c’est-à-dire que le Christ a repris sa propre chair humaine et qu’Il n’est point un esprit vagabond ; et dans le même temps, que le Corps du Sauveur est désormais glorieux puisque doué de nouvelles qualités : l’incorruptibilité, puisque le Christ ne peut plus souffrir ni mourir ; la clarté, car il est resplendissant comme le soleil ; l’agilité, permettant de se déplacer rapidement ; et enfin, la subtilité, lorsque le Christ pénètre dans le Cénacle alors que les portes sont fermées. Corps glorieux donc mais résurrection du corps de chair, celui-là qui était sorti du sein de la Vierge Marie sans affecter son intégrité physique. Les modernistes, Loisy en tête, avaient voulu réduire la Résurrection à un fait purement surnaturel alors qu’elle est aussi d’ordre historique. Voilà pourquoi ce face à face entre le Christ et saint Thomas est si éclairant pour notre manque de foi. Le Seigneur veut nous enseigner que sa présence de Ressuscité n’est pas symbolique, pas plus qu’elle ne l’est dans le sacrement de l’Eucharistie. Au lieu des apôtres, Il est présent avec son corps et son sang humains, avec son âme, avec sa nature divine. La présence du Ressuscité est réelle, et non point le vague sentiment, dans le cœur des disciples, que leur Maître est encore parmi eux, d’une certain façon. Cette Présence ne dépend pas de leur foi, de leurs émotions, de leurs sentiments, de leurs passions. Elle est par elle-même.

« Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Il n’est pas rapporté par l’Évangéliste si saint Thomas, à l’invitation de Jésus, a vraiment mis ses doigts dans les stigmates du Christ. Il s’écrie simplement et admirablement : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Dieu connaît nos hésitations, notre incrédulité, comme notre propension à nous attacher de façon possessive. Aussi le Fils ressuscité ordonne-t-Il parfois de Le toucher et à d’autres moments de ne pas Le toucher. Lui qui a touché si souvent les malades et les lépreux pour les guérir, les pécheurs pour les purifier, Lui qui s’est laissé toucher par les bons et par les mauvais — comme cette femme hémorroïsse effleurant la frange de son manteau pour être délivrée de son mal, comme Judas l’embrassant pour signer sa traîtrise — se présente sans cesse à nous comme Celui qui approche et qui se laisse approcher malgré notre indignité.

 
14. avr., 2021

Dieu, par amour pour nous, fait toujours appel à notre liberté : Il demande notre participation au développement des dons qu’Il nous accorde. Le don de la foi exige donc de la part de l’homme une réponse : l’assentiment à la vérité révélée. Cette adhésion de l’intelligence à la Révélation se réalise par un acte de foi, qui s’enracine dans la parole de Dieu telle que l’Église catholique nous l’enseigne. On reçoit ainsi le contenu de la foi par l’enseignement de l’Église. On l’exerce par la méditation. On conserve la foi par la mémoire. La foi est le roc sur lequel se fonde toute notre vie surnaturelle de baptisé. Elle nous donne d’expérimenter un avant-goût de la joie du Ciel. Là, la foi sera remplacée par la vision de Dieu. De ce point on peut tirer quatre conséquences.

Il nous revient de croire en notre foi et de douter de nos doutes

D’abord, la foi, perfectionnant l’intelligence humaine, peut dépasser cette intelligence, mais elle ne peut pas la contredire, car l’une et l’autre ont la même finalité : la connaissance de la vérité. Deuxièmement, puisque la foi a pour siège l’âme spirituelle, elle n’est donc pas dans le sentiment. Il ne s’agit pas de « ressentir » émotionnellement la foi, ni même l’amour ou l’espérance. Troisièmement, la foi est exercice, combat. La douce mais déconcertante pédagogie de Dieu consiste à laisser venir en nous des doutes afin que nous puissions exercer notre foi ! Il nous revient alors de croire en notre foi et de douter de nos doutes. Or, il arrive si souvent que, dans ces circonstances, nous accordions grand crédit à nos doutes et si peu de foi… à notre foi !

La foi est certitude. Personne, s’il est sensé, n’engagerait sa vie sur un doute ! C’est pourquoi l’obéissance à la vérité devient l’attitude la plus noble du croyant. Il en découle que l’on peut perdre la foi, par la négation ou le doute volontaire face à l’enseignement de l’Église, quand bien même l’objet n’en serait qu’un seul des articles proposés à notre croyance. Celui qui refuse opiniâtrement de donner son assentiment intérieur à l’un des points qui sont contenus dans la foi n’a plus la foi, fût-il un puits de science théologique ! À l’inverse celui qui ne croit pas explicitement à tout, mais qui est prêt à croire au fur à mesure que cette connaissance lui est accessible, possède la foi.

Enfin, quatrième conséquence, saint Jacques nous dit que la foi sans les œuvres est une foi morte (Jc 2, 20). Il faut donc, pour que notre foi soit vivante, qu’elle soit agissante « par la charité » (Ga 5, 6). Il faut oser confesser notre foi par notre bouche. Il faut oser en témoigner par notre agir. En parlant de la « mort de Dieu », le cardinal Ratzinger avait fait cette réflexion : « Qu’est-ce qui aurait pu désormais rendre Dieu plus problématique à notre monde athée, sinon le caractère interpellant de la foi et de l’amour de ceux qui croient en lui ? » Témoigner de l’amour de Dieu nourrit aussi notre foi.

Père Nicolas Buttet

13. avr., 2021

PREMIER INGREDIENT, L'ENDURANCE

Pour beaucoup de personnes, la sainteté peut faire peur. On a souvent tendance à lui associer des images d’austérité et d’abandon de soi peu attrayantes, sans oublier celle du martyre, parfois effrayante. C’est sans doute pourquoi on finit par la craindre : la sainteté serait réservée aux âmes d’élite, à celles qui sont prêtes à tout sacrifier. Elle serait bonne pour elles, mais pas pour nous. Ce n’est pourtant pas ce que dit le pape François. Dans son exhortation Gaudete et exsultate – que l’on pourrait sous-titrer « N’ayez pas peur de la sainteté » – Il affirme que cette dernière n’enlève « ni les forces, ni la vie, ni la joie ». Pour lui, elle ne consiste pas à rechercher un idéal de vie plus ou moins extrémiste. Il s’agit plutôt de trouver les ingrédients qui font avancer au quotidien sur le chemin de la sainteté. En quelque sorte, suivre une recette déjà connue par les plus grands chrétiens, mais revisitée à la sauce pape François.

 Pour le pontife argentin, il y a cinq éléments importants qui permettent de « partager un bonheur que personne ne pourra enlever ». Autrement dit, cinq moyens de surmonter les obstacles que nous rencontrons au quotidien. Le premier, c’est l’endurance accompagnée de patience et de douceur. Le second : l’audace. Ensuite, la joie parsemée de sens de l’humour, puis la vie en communauté. Et le dernier ingrédient de cette liste : la prière. Autant de points forts à développer et qui aident à mieux comprendre le style de vie de Jésus. Pour vous accompagner dans votre Carême, Aleteia vous propose de mieux connaître ces cinq ingrédients, en commençant aujourd’hui par l’endurance.

L’endurance pour tenir bon

Avec la promesse du printemps qui pointe, vous programmez toute une batterie de résolutions pour retrouver la forme. Vous reprenez le jogging ou une autre activité sportive ? C’est bien connu, la meilleure préparation est dans la continuité. Les meilleurs seront ceux qui savent entretenir leur forme tout au long de l’année. Il en est de même sur le plan spirituel. La plupart du temps, ceux qui consacrent du temps régulièrement à leur vie intérieure savent encaisser les chocs. Lorsque les épreuves surviennent, ils savent serrer les dents et mobiliser leurs ressources. Leur voix intérieure leur souffle ce conseil : « Tiens bon ! ». Et en effet, ils tiennent bon !

Les adversités que nous rencontrons dans nos vies causent souvent en nous la tristesse et le découragement. C’est pourquoi il est essentiel de rester concentré sur l’objectif : l’amour et la joie de Dieu. Ainsi, notre endurance est alimentée par cette vision de la fin que nous recherchons. C’est pourquoi, comme dans une activité sportive, elle est capitale dans la vie spirituelle. L’endurance nous permet de rester solidement centrés sur Dieu – notre objectif.

Dans son exhortation, le pape François la cite comme premier ingrédient indispensable. Associée à la patience et à la douceur, sa caractéristique est d’être « axée sur Dieu, qui aime et qui soutient », explique-t-il. « Grâce à cette force intérieure, il est possible d’endurer, de supporter les contrariétés, les vicissitudes de la vie, et aussi les agressions de la part des autres, leurs infidélités et leurs défauts ». L’endurance est une source de paix, un témoignage de force intérieure qui tranche dans un monde « pressé, changeant et agressif ». Cette endurance développe alors une relation de fidélité à l’amour de Dieu, comme à celui de nos frères. L’endurant est patient et doux, « il ne se laisse pas mener par les contrariétés, il vient au secours des autres », précise encore le souverain pontife.

L’endurance commence par une acceptation humble du déroulement de nos journées. Plutôt que de céder à la colère ou de fuir dès les premières contrariétés, plutôt que de s’exaspérer contre les désagréments, elle permet de tenir bon en développant une capacité à résister et à aller plus loin, en trouvant même des sources de gratitude là où nous ne les voyons pas de prime abord.

 Et si finalement nous étions tous capables d’atteindre la ligne d’arrivée dans cette course de la foi ? Saint Paul donne ce conseil : « Courez de manière à l’emporter ! Tous les athlètes à l’entraînement s’imposent une discipline sévère ; ils le font pour recevoir une couronne de laurier qui va se faner, et nous, pour une couronne qui ne se fane pas » (1Co 9, 24-25). Voilà le but ! Bien plus indispensable qu’une médaille de marathon : notre union au Christ qui a remporté la victoire éternelle.

DEUXIEME INGREDIENT,  LA JOIE

Pour le pontife argentin, il y a cinq éléments importants qui permettent de « partager un bonheur que personne ne pourra enlever ». Car pour lui, une chose est sûre : la sainteté est le moyen le plus rapide pour atteindre le bonheur ! Autrement dit, cinq moyens – cinq ingrédients – pour surmonter les obstacles afin d’y accéder. Après l’endurance, le second ingrédient est la joie, accompagnée d’une bonne dose de sens de l’humour !

 Ouvrir son cœur pour libérer la joie

 À l’inverse du plaisir qui est éphémère, la joie est beaucoup plus profonde : elle nous prend tout entier. Elle touche l’esprit, le corps et le cœur. Elle nous fait danser, chanter et rire. Dans la joie, c’est tout l’univers qui prend des couleurs. Bien sûr, la joie ne relève pas d’une volonté psychologique, comme l’optimisme ou le positivisme. Elle ne se commande pas, mais on peut l’inviter, la provoquer, l’accueillir en cultivant certaines attitudes au quotidien, dont une essentielle : ouvrir son cœur.

 Bien avant tous les conseils en psychologie positive, les Pères du désert parlent de la garde du cœur, cet exercice à faire pour être dans la joie durable. Eux qui, au IIIe siècle, ont voulu vivre leur foi de manière radicale dans le désert d’Égypte, avaient choisi ce mot qui se dit nepsis en grec, qui signifie vigilance, celle qui permet d’atteindre la joie profonde. Elle s’acquiert grâce à l’attention portée à tout ce qui se passe dans notre cœur.

 C’est une méthode spirituelle qui vise à libérer l’homme des pensées mauvaises ou passionnées. Elle invite ainsi à observer les pensées qui pénètrent dans notre âme et à discerner les bonnes des mauvaises. Ouvrir son cœur, c’est être attentif à soi-même. Comme le constataient déjà les Anciens, les pensées saines conduisent à un état paisible de joie profonde, ingrédient indispensable de la sainteté. Et le rapprochement du mot « saint » à celui de « bienheureux » n’est pas sans signification. Les Pères du désert ne s’y sont pas trompés. Dès l’Antiquité chrétienne, ils ont associé la sainteté à la joie. Le saint est promis à la béatitude éternelle, mais il connaît déjà la joie dans ce monde. Dieu nous appelle tous à la sainteté, ce qui veut dire qu’Il nous propose un chemin où, dès notre passage terrestre, le bonheur est possible.

 Le bonheur éternel nous est promis dans la béatitude céleste et, ici-bas, la joie habite déjà les cœurs qui aiment. Le plus grand signe de ce bonheur, c’est la joie qui est le fruit de l’intimité avec le Christ, pour ceux qui se savent aimés par Celui qui les aime infiniment, au plus profond d’eux-mêmes, de leurs faiblesses et de leurs misères, de leurs beautés et de leurs rêves les plus forts. Les premiers mots prononcés par Dieu dans le premier des quatre Évangiles, celui de Mathieu, nous font connaître le Christ comme Celui qui, aimé de Lui, est toute sa joie :

 « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie » (Mt 4, 17).

 Au cours de son baptême, qu’Il reçoit des mains de Jean-Baptiste, Jésus est offert comme Celui en qui nous trouvons la joie de Dieu. Ceux qui ont eu la chance de rencontrer des saints en témoignent : ils sont habités par une réelle joie de vivre, qui se traduit par une apparente légèreté – leur ego leur pèse si peu ! – une énergie et une gaieté souvent très communicatives. Mère Teresa et Jean Paul II étaient connus pour leur humour.

 Et leur sourire éclatant était le révélateur le plus fort et le plus désarmant de leur sainteté. Car « le chrétien doit avoir un visage joyeux, pas une tête de piment au vinaigre ! » a tonné encore récemment le pape François, fidèle à son sens de l’humour légendaire (lui aussi), dans la veine du « Soyez toujours joyeux » de l’apôtre Paul.

 TROISIEME INGREDIENT, L'AUDACE

Pour le pontife argentin, il y a cinq éléments importants qui permettent de « partager un bonheur que personne ne pourra enlever ». Car pour lui, une chose est sûre : la sainteté est le moyen le plus rapide pour atteindre le bonheur ! Autrement dit, cinq moyens – cinq ingrédients – pour surmonter les obstacles afin d’y accéder. Après l’endurance et la joie, le troisième ingrédient est l’audace.

 Oser s’affranchir des codes établis

 Dans votre vie professionnelle vous connaissez peut-être cette tentation de cultiver une certaine inertie, de rester dans votre zone de confort sans quitter les sentiers battus. Est-ce par peur, par précaution, ou tout simplement par manque d’imagination ? Pourtant, cette attitude risque de vous empêcher d’aller de l’avant, vers ce qui est le mieux pour vous, ce qui vous permet de progresser, de développer de nouvelles compétences et de grandir…

 Pour le pape François, l’audace est au cœur d’une vie réussie, parce qu’elle détient une saveur, un piment qui l’enrichit. Faire preuve d’audace, c’est oser s’affranchir des codes établis pour penser et agir comme on l’entend, malgré les risques ou le regard des autres. L’audace, c’est cette étincelle qui permet d’éteindre le pilote automatique pour devenir acteur(trice) de votre vie, même si les autres vont tenter de vous décourager.

 Car dans l’audace il y a quelque chose qui dérange et qui surprend. Pourquoi les saints dérangent toujours ? Parce qu’ils nous invitent à sortir de nos schémas souvent répétitifs et anesthésiants, pour entrer dans la folie de l’Évangile. Dans son exhortation apostolique sur la joie et la sainteté, le pape François parle de parresia, ce qui signifie en grec l’audace, le courage, l’enthousiasme, la ferveur, la détermination, la liberté et la volonté d’avancer… Rien que ça en un seul mot ! Mais plus que ce mot, il nous invite ici à une véritable attitude de vie.

 « Nous avons besoin de l’impulsion de l’Esprit pour ne pas être paralysés par la peur et par le calcul, pour ne pas nous habituer à ne marcher que dans des périmètres sûrs. Souvenons-nous que ce qui est renfermé finit par sentir l’humidité et par nous rendre malades. Quand les Apôtres ont senti la tentation de se laisser paralyser par les craintes et les dangers, ils se sont mis à prier ensemble en demandant la parresía : Et la réponse a été que « tandis qu’ils priaient, l’endroit où ils se trouvaient réunis trembla ; tous furent alors remplis du Saint-Esprit et se mirent à annoncer la parole de Dieu avec assurance » (Ac 4, 31).

  Qu’il s’agisse de la vie de famille, personnelle ou professionnelle, l’audace c’est être conscient des difficultés et des épreuves et avancer toujours avec assurance.

 Dans une formule lumineuse, Saint Augustin a résumé le double mouvement de l’amour qui habite le cœur de l’homme : d’une part l’amour de soi jusqu’à l’oubli de Dieu et des autres, de l’autre l’amour de Dieu et des autres jusqu’à l’oubli de soi. Faire preuve d’audace c’est s’engager corps et âme dans ce dernier cheminement, celui qui seul procure la vraie paix et la vraie joie.

Briser les habitudes, les faux conforts, retrouver le sel aventureux des héros de l’Évangile, c’est ainsi que l’on peut contribuer au Royaume. Ainsi, l’adage populaire selon lequel « la fortune n’appartient qu’aux audacieux » trouve ici une justification supérieure, lorsque cette fortune est d’entrer dans la richesse infinie de l’amour divin.

  QUATRIEME INGREDIENT, LE GOÛT DE LA PRIERE

Pour le pape François, il y a cinq éléments importants qui permettent de « partager un bonheur que personne ne pourra enlever ». Selon lui, une chose est sûre : la sainteté est le moyen le plus rapide pour atteindre le bonheur ! Autrement dit, cinq moyens – cinq ingrédients – pour surmonter les obstacles afin d’y accéder. Après l’endurance, la joie et l’audace, le quatrième ingrédient est le goût de la prière.

Expérimenter la tendresse d’un Dieu qui nous aime

Méditations de pleine conscience, art-thérapie, sylvothérapie… Nourris de lectures, de rencontres, de stages en groupe ou solo, poussés par la curiosité ou par le désir de faire des expériences personnelles, vous avez peut-être parfois ressenti l’envie de vous connecter à votre intériorité comme un chercheur de sens hors-piste ?

 Encore faudrait-il se demander s’il s’agit d’une quête de Dieu ou plutôt de soi ? Comprendre son être profond, trouver la paix intérieure, s’unifier ou encore vivre en plénitude l’instant présent… Les techniques vantées en librairie peuvent séduire ceux qui ont une soif extraordinaire de transcendance. Mais il manque à chaque fois une chose essentielle : la relation avec Dieu vivant. Plutôt qu’aider, ces nombreuses initiatives spirituelles finissent souvent par tomber dans une démarche émotionnelle et autocentrée.

 Chrétiens, nous savons que la transcendance permet de nous relier à un Dieu réel, à la fois infiniment autre et proche de nous, qui avons été créés à Son image et Sa ressemblance. Nous avons les moyens d’expérimenter la tendresse d’un Dieu qui nous aime, à commencer par la prière. Pour le pape François, elle est l’ingrédient indispensable pour accéder à la transcendance et à la sainteté.

 « Le saint est une personne dotée d’un esprit de prière, qui a besoin de communiquer avec Dieu. C’est quelqu’un qui ne supporte pas d’être asphyxié dans l’immanence close de ce monde, et au milieu de ses efforts et de ses engagements, il soupire vers Dieu, il sort de lui-même dans la louange et élargit ses limites dans la contemplation du Seigneur. Je ne crois pas dans la sainteté sans prière, bien qu’il ne s’agisse pas nécessairement de longs moments ou de sentiments intenses. »

La prière nous permet de nous unir à Dieu. Loin de la séduction, elle développe un désir ardent du Christ. Elle est un dialogue constant avec Lui, une sorte de va et vient d’amour perpétuel : Je L’écoute, je Lui parle ; je Lui parle, je L’écoute… Ou comme dirait sainte Thérèse d’Avila, la prière est « un commerce intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé ».

Difficile d’y prendre goût quand on est pris dans une vie trépidante ? Pour saint Jean de la Croix, grand mystique espagnol, la barre n’est pas trop haute. Car ce qui compte le plus, c’est de désirer la rencontre avec Dieu. Dans ses œuvres consacrées à la vie spirituelle — dont La montée du mont Carmel, qui est le voyage mystique de l’âme vers l’union avec Dieu — il dit que la prière nous transforme profondément si notre désir d’être en relation constante avec Dieu est authentique. Pour y parvenir, il nous donne ce conseil efficace :

 « Efforcez-vous de vivre dans une oraison continuelle, sans l’abandonner au milieu des exercices corporels. Que vous mangiez, que vous buviez, que vous parliez, que vous traitiez avec les séculiers, ou que vous fassiez toute autre chose, entretenez constamment en vous le désir de Dieu, élevez vers Lui vos affections ».

Et, au lieu de Lui dire « Tu es à moi » tendez vos mains vides vers Lui en disant « Je suis à Toi ».

 

LA VIE EN COMMUNAUTE, CINQUIEME ET DERNIER INGREDIENT DE LA SAINTETE

 Pour beaucoup de personnes, la sainteté peut faire peur. On a souvent tendance à lui associer des images d’austérité et d’abandon de soi peu attrayantes, sans oublier celle du martyre, plutôt effrayante. C’est sans doute pourquoi on finit par la craindre : la sainteté serait réservée aux âmes d’élite, à celles et ceux qui sont prêts à tout sacrifier. Elle serait donc bonne pour certains, mais surtout pas pour nous…

 Pourtant dans son exhortation Gaudete et exsultate – que l’on pourrait sous-titrer « N’ayez pas peur de la sainteté » –  le pape François affirme que cette dernière ne consiste pas à rechercher un idéal de vie plus ou moins extrême. Il s’agit plutôt de trouver les ingrédients qui font avancer au quotidien sur le chemin de la sainteté. En quelque sorte, suivre une recette déjà connue par les plus grands chrétiens, mais revisitée à la sauce du pape François.

  Pour le pontife argentin, il y a cinq éléments importants qui permettent de « partager un bonheur que personne ne pourra enlever ». Car pour lui, une chose est sûre : la sainteté est le moyen le plus rapide pour atteindre le bonheur ! Autrement dit, cinq moyens – cinq ingrédients – pour surmonter les obstacles afin d’y accéder. Après l’endurancela joiel’audace et la prière, c’est la vie en communauté.

 Il n’est pas bon que l’homme soit seul

 L’être humain n’est pas fait pour vivre isolé des autres. Le confinement actuel permet de prendre conscience à quel point, les liens familiaux, ceux de l’amitié et tous nos liens sociaux sont essentiels pour l’épanouissement personnel. Être coupé des autres nous rend fragiles et parfois, sans le savoir, à la merci des faux amis et des faux soutiens. On peut avoir des amis sur Facebook, mais les vrais amis sont plus précieux, plus rares et surtout bien réels. Il en va de la société comme de l’Église.

  « Il n’est pas bon que l’homme soit seul », est-il écrit dès les premières pages de la Bible. Dans Le sel de la terre, livre paru en 1996, Mgr Ratzinger, futur pape Benoit XVI, y échange avec le journaliste allemand Peter Seewald. À la question sur le sens de la vie, le cardinal Ratzinger répond : « L’homme est sur la terre pour apprendre à aimer, apprendre à servir », dit-il.

  Ce qui définit l’homme en tant que tel, c’est sa capacité d’aimer l’autre et le servir. Pour le comprendre, il faut d’abord regarder son Créateur. Dieu est par identité don-de-soi. Il ne peut pas faire autrement que se donner et accueillir. L’homme créé à l’image de Dieu, devient lui aussi, un don-de-soi. Mais attention ! Dieu ne le dit pas parce que l’homme aurait besoin d’un autre pour briser sa solitude, mais parce que l’homme a besoin d’un autre pour apprendre à aimer et à servir.

 Un chrétien seul est un chrétien en danger

 Pour le pape François, un chrétien seul est un chrétien en danger. Pour avancer sur le chemin vers la sainteté, il a besoin d’être en communauté. L’individualisme tellement dans l’air du temps, est en réalité un véritable obstacle à la sainteté :

 « Il est très difficile, prévient-il, de lutter contre notre propre concupiscence ainsi que contre les embûches et les tentations du démon et du monde égoïste, si nous sommes trop isolés. Le bombardement qui nous séduit est tel que, si nous sommes trop seuls, nous perdons facilement le sens de la réalité, la clairvoyance intérieure, et nous succombons. » écrit-il dans Gaudete et exsultete.

  En ce sens, la sanctification est un cheminement à faire « deux à deux », comme propose le Souverain pontife. La vie communautaire, soit en famille, en paroisse, en communauté religieuse ou quelque autre communauté est faite de petits gestes quotidiens.

 Comme par exemple dans un couple, chacun devient un instrument du Christ pour la sanctification de l’autre. Cheminer vers la sainteté – par tous ces gestes d’amour au quotidien – c’est désirer de tout cœur la plénitude de l’autre, celle à laquelle Dieu rêve.

Il en est de même dans l’amitié. Elle est jalonnée d’épreuves, mais celles-ci permettent de rapprocher une relation à sa réalité plus profonde, en dépassant les limites et les défauts de chacun parce que justement, l’ami est celui qui accepte l’autre dans ses défauts et ses limites : Il est celui qui accepte de traverser l’épreuve à ses côtés. Selon le cardinal Newman, grand théologien anglais du XIXème siècle, l’art de cheminer vers la sainteté en cultivant l’amitié consiste à vouloir que l’autre devienne meilleur. Viser l’âme de l’autre, c’est la condition sine qua non d’une amitié véritable. Celle qui ne perd jamais de vue le plus important : poser son regard sur l’ami à travers le regard du Christ. C’est en ce sens que l’amitié sert la sainteté. Elle sert à faire grandir l’autre tout en grandissant mutuellement. Ainsi, elle métamorphose et permet de « partager un bonheur que personne ne pourra enlever ». Car une chose est sûre : la sainteté est le moyen le plus rapide pour atteindre le bonheur !

ALETEIA

 

10. avr., 2021

« La seule femme de sa vie », la Vierge Marie

Carlo Acutis (1991-2006) est un jeune Italien, mort très tôt à 15 ans, il représente une sainteté pour notre temps et les jeunes générations. Récemment béatifié par le pape François, Carlo est une tesselle(1) très moderne de la mosaïque chrétienne. On peut le qualifier de premier spirituel du cyber-espace. En effet, il est remarquable par ses compétences informatiques et sur Internet qu'il mit au service de sa foi.

Très jeune, alors qu'il était issu d'une famille peu pratiquante, il révéla une attirance extraordinaire pour la spiritualité catholique à travers notamment le culte de la Vierge Marie qu'il qualifiait d'être la seule femme de sa vie.

Il nous a laissé, malgré son jeune âge, de nombreux textes d'une grande profondeur. Il a eu le privilège singulier de connaître après sa mort à 15 ans et après une leucémie foudroyante, un état de non corruption de son corps ! Ce dernier  est désormais exposé, à travers une vitre, aux nombreux pèlerins qui viennent prier sur son tombeau, à Assise (Italie). Il est exposé en jean, polo et baskets !

C'est l'une des images les plus parlantes de ce qu’exprimait le père Alexandre Men, théologien russe assassiné pour sa foi en 1990, quand il affirmait : « Le christianisme ne fait que commencer... »

(1)  Tesselle : petite pièce faisant partie d’une mosaïque

8. avr., 2021

Le rire est salutaire pour l’homme. Il nous délivre de nos raideurs, de nos peurs, de la tentation de nous prendre au sérieux. Toutefois, on peut se demander si le rire n’est pas une conséquence du péché originel, et en même temps une consolation de cette situation d’exil où nous sommes. La vie de l’homme est dure. Le rire tantôt l’adoucit, tantôt l’endurcit davantage.

Le sourire habite le cœur avant d’illuminer le visage

En effet, il est impossible de béatifier le rire, n’importe quel rire. Comme dit un Père de l’Église, « celui qui rit avec Satan ne pourra pas se réjouir avec le Christ ». Il y a un rire mauvais, nous le savons bien : l’ironie blessante, la moquerie méprisante, le dévergondage de bas étage contre lequel l’apôtre Paul met en garde ses communautés (Ep 5, 4). Comme le mot l’indique, éclater de rire ou s’éclater peut être le signe d’une perte de contrôle finalement déshumanisante. Les Béatitudes selon saint Luc sont suivies des quatre « malheurs », parmi lesquels cette parole qui fait réfléchir : « Malheureux, vous qui êtes en train de rire maintenant, car vous serez dans le deuil et les larmes ». Sans jouer les rabat-joie et sans se prendre pour le curé d’Ars, qui mettait souvent ses ouailles en garde contre les vogues, ces fêtes de village, il faut reconnaître que les revues, les films, les émissions, les soirées qui sont censés faire rire ne sont parfois vraiment pas drôles, « ça vole bas ». On peut se demander jusqu’où iront la dérision, la grossièreté, la bêtise de certains amuseurs publics.

Pourtant il y a un bon rire, tonique, amical, et même moral. Les vrais comiques sont des gens qui aiment les autres. Avec eux, rire fait du bien. Chez eux, humour et humilité se tiennent la main ; ils ont la même racine : l’humus de notre commune condition humaine. Auprès d’eux, on apprend non pas la rigolade, mais la joie. On rira peut-être moins, de ce rire spasmodique qui finalement retombe et nous laisse avec nos tristesses non guéries. Mais on sourira davantage ; le sourire, c’est la joie qui demeure ; il habite le cœur avant d’illuminer le visage.

Dans son humanité, Jésus a éprouvé une joie divine

Dans les évangiles, Jésus ne manque pas d’humour. Il lui en faut, d’ailleurs, devant la lourdeur des disciples, qui pensent au boulanger lorsque Jésus parle du levain des pharisiens, ou qui, après deux multiplications des pains, craignent encore de mourir de faim ! J’aime penser au sourire de Jésus. On le voit dans l’évangile partager nos joies humaines : les noces de Cana ; le babillage des petits enfants que les apôtres, trop sérieux, veulent chasser ; les repas amicaux, même et surtout chez les pécheurs ; l’émerveillement devant les lys des champs, les couchers de soleil, la semence qui devient un arbre… Et aussi la joie liturgique des assemblées à la synagogue ; des pèlerinages au Temple ; de la « première messe », tellement désirée, le soir du Jeudi Saint.

Et encore la joie de l’évangélisation : Il tressaillit de joie par l’Esprit Saint et se mit à louer le Père, qui se fait connaître aux plus petits. La joie la plus profonde du Père et du Fils, c’est de s’aimer si totalement : en Lui J’ai mis tout mon amour. Dans son humanité sainte, Jésus a éprouvé et rayonné cette joie divine, plus haute que toute autre, et qui veut devenir notre propre joie : « Je parle ainsi en ce monde pour qu’ils aient en eux ma joie plénière » (Mt 16, 5-12).

Père Alain Bandelier