3. mars, 2020

Pour le Carême... ...n'oubliez pas vos charentaises !

CARÊME 2020 L'homélie du mercredi des cendres

Publié le 26 février 2020 par Paroisses de Fresnay, Oisseau et Sougé

 
 
Ne vous moquez pas de mes charentaises :
ce sont celles que j'avais au Prytanée, il y a 25 ans !
Eh oui, Monsieur le curé est un chouïa conservateur...
 
Frères et sœurs bien aimés,
bon, eh bien ça y est, nous y sommes : le Carême a commencé ! Hier, certains ont fêté Carnaval, mardi gras : un dernier petit plaisir avant la sainte quarantaine. Parce que « quand faut y aller, faut y aller ! » C'est ça le problème : c’est que beaucoup associent uniquement, exclusivement, le Carême à la pénitence, aux renonciations, au jeûne : adieu whisky, chocolat, bonbons et gâteaux. Même si c’est une réalité du Carême, c’est sans doute un peu réducteur, non !? Mais il faut reconnaître que cette vision des choses est bien ancrée dans les esprits. Pour preuve, il y a peu, lors d’une préparation au mariage, j’ai évoqué le Carême avec les futurs mariés, dont l’un des deux n’est pas baptisé et ne connaît pas notre foi. J’ai posé la question : « Le Carême, c’est quoi pour toi ? - Euh, c’est manger uniquement du riz, c’est ça !? » Si c’est le Carême, c’est ça, je comprends mieux que certains tirent une tête longue comme ça… vous savez « les faces de piments séchés » dont parle le Saint-Père !
Faisons simple, direct, précis : le Carême, c’est un temps qui nous est donné, qui nous est offert par l’Eglise pour redonner à Dieu la première place dans notre vie. Nous Lui appartenons par notre baptême et notre confirmation, nous devrions vivre par Lui, avec Lui et en Lui. Saint Paul le dit dans une de ses phrases lapidaires : « ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » La vie du chrétien, c’est ça… ou en tous cas, ça devrait être ça.
Sauf que ce n’est pas souvent le cas : les soucis de tous les jours, les responsabilités… la vie tout court, quoi ! Eh bien, le Carême est là pour ça ! Nous aider à remettre chaque chose à la bonne place. Et les différents moyens, vous les connaissez par cœur : la prière, le jeûne et le partage. Je vous propose juste, ce soir, trois petits trucs pour que ces trois moyens vous permettent de redonner à Jésus la première place. Pour qu’il n’y ait pas de déçus, je vous préviens tout de go : n’attendez pas de grandes envolées mystiques ou de la haute théologie. Pour que ça marche, on va faire dans le concret. On y va ?
Si Jésus mérite la première place dans la ma vie, je me dois de Lui donner ma première pensée de la journée, de commencer ma journée avec une petite pensée pour Lui, une prière qui monte vers le Ciel avant même que je ne sorte de ma chambre. Vous allez me dire que vous n’êtes pas du matin, que jusqu’au café, vous avez la tête dans le derrière, que vous êtes au radar, pas opérationnel et donc que, « désolé, Monsieur le curé, mais ça c’est très beau mais c’est irréalisable. » Alors je vous propose un truc, un petit moyen qui devrait marcher, même avec le plus endormi d’entre vous. Ce soir, avant de vous coucher, vous mettez au pied de votre lit, vos chaussons, vos pantoufles, vos charentaises. Comme d’habitude. Sauf que vous posez dedans une belle pomme de pin ou un gros galet. Et comme ce soir, vous n’aurez peut-être ni l’un ni l’autre, eh bien vous y déposez vos clés de maison ou de voiture, ça n’a aucune importance. Sur ce, une petite prière et bonne nuit ! Demain, le réveil sonne, vous l’éteignez, vous sortez de votre lit –immédiatement ou pas…– et vous vous apprêtez à poser vos pieds dans vos chaussons. Sauf que… sauf que quoi ? Eh oui, il y a la pomme de pin, ou le galet ou les clés. Et là, vous vous dites « Ah oui : je ne commence pas la journée sans avoir pensé à Jésus et L’avoir salué ! » Et là, vous dites « Seigneur, je Vous offre ma journée ! » Ça prend, montre en main, deux secondes. Rien ne vous empêche de faire plus, évidemment, mais au moins, ça c’est fait ! Vous prenez la pomme de pin, vous la posez sur l’oreiller et la journée commence. Et le soir, au moment de vous coucher, vous trouvez sur l’oreiller la pomme de pin qui vous attend sagement. « Ah bah oui : une petite prière pour terminer la journée ! » Et là, allez-y gaiement : merci, pardon, s’il te plaît, je t’aime. Et vous déposez la pomme de pin… dans les chaussons. C’est bon pour tout le monde ou je recommence ? C’est tout bête, limite enfantin, mais au moins, vous commencez votre journée avec Jésus et vous la terminez avec Jésus. Et le mieux, évidemment, c’est de laisser un peu de place à Jésus dans la journée, une petit « Seigneur, je Vous aime - Jésus, je Vous confie ce rendez-vous, cette rencontre, cet entretien… » Et je parie qu’à Pâques, vous n’aurez plus besoin de la pomme de pin : le réflexe sera pris. Et si un jour vous vous rendez compte que vous avez oublié, eh bien vous reprenez la pomme de pin…

Pour le jeûne, cela va être plus théorique. Se priver en semaine de chocolat, de bonbon, de whisky, juste pour se priver, ça n’a aucun intérêt. Excusez-moi de le dire aussi cash, mais c’est du volontarisme. Oh, vous allez tenir, vous allez y arriver. Mais est-ce que je suis tout simplement capable de modérer mon appétit parce que j’ai bien conscience que, souvent, je mange trop, je bois (un peu) trop : les amuse-gueules de l’apéritif qui à force coupent l’appétit, se resservir en soupirant « c’est vraiment pas gourmandise. » Tout simplement pour garder la maîtrise de mes sens… Le premier péché, c’est un péché de gourmandise… C’est moins drôle que les charentaises, hein !? Je peux pousser le bouchon un peu plus loin ? Et quand j’ai une fringale de Pepito ou de Granola, de Petit Lu ou de cookies, parce que la journée s’est mal passée, quand je me venge d’une frustration sur une tartine de rillettes ou un godet de whisky, se dire « Tutut, ça c’est un réflexe animal. Moi, je suis un être humain, doté d’une raison, d’une volonté : c’est moi qui dirige ma vie et qui la mène sous le regard de Dieu, ce n’est pas mon corps. » Et là, trouver ce qui va faire passer de façon saine l’agacement : écouter de la musique, prendre l’air en faisant une balade, prendre du temps avec un autre. Et ce jeûne marche aussi quand j’ai une envie furieuse de dépasser celui qui se traîne à 70 à l’heure devant moi ou quand j’ai très envie d’envoyer balader un enquiquineur : jeûner de colère, faire abstinence de mots, de jugement qui blessent, canaliser son agressivité, c’est un bel effort de Carême, qui nous rappelle que Jésus nous donne Sa paix. Et cette paix peut se dérouler dans une âme qui maîtrise ses passions et ses pulsions, bref dans une âme pacifiée.

Dernier point : le partage. A l’occasion du Carême, les chrétiens sont appelés à se déposséder un peu, à donner à ceux qui ont plus besoin qu’eux. Cette année, nous soutiendrons L’Aide à l’Eglise en Détresse, cette association catholique qui soutient les Eglises persécutées à travers le monde. Je vous donne juste une anecdote –vous en ferez ce que vous voudrez. Il y a des familles qui, une fois par an, rangent, classent, trient leurs affaires, leurs biens. Tout y passe : vêtements, vaisselle, outils, meubles, livres, jeux de société. Après concertation, ils donnent ce qui n’a pas été utilisé depuis un an, vous savez ces choses que l’on garde, que l’on conserve, que l’on accumule « au cas où… » Sauf que ces vêtements, ces CD ou DVD, finalement ne servent pas. Il sont sur l’étagère ou le placard : ils ne sont d’aucune utilité dans cette famille. Alors tout ce qui est en bon état, tout ce qui peut avoir une seconde vie, part, au Secours Catholique, chez Emmaüs et à d’autres associations. Au Ciel, je n’emporterai rien sinon l’amour donné et c’est là-dessus que le Bon Dieu me jugera.

Ce Carême nous donne l’occasion de faire le point, de trier ce qui est indispensable et ce qui est optionnel. Mon seul nécessaire, c’est le Christ ! C’est Lui qui fait ma joie véritable et c’est Lui qui me comblera de Sa joie, quand, à l’heure solennelle du jugement, je me présenterai devant Lui,
- avec une âme qui, tous les jours, aura pris du temps pour Lui, le matin et le soir, et, l’habitude venant, de façon régulière dans la journée,
- avec une âme qui maîtrise ses pulsions, ses passions, ses désirs parfois immodérés et qui a été plus encline à résister à la tentation et au Mal,
- avec une âme qui a su se déposséder de l’accessoire pour garder l’essentiel et qui a rendu service à d’autres, qui leur a procuré un peu de joie.
 
Moi, c’est pour cela que j’aime le Carême, avec ses petites résolutions de prières, de pénitence et de partage, mais un Carême choisi, pas subi ! Et choisi par amour ! Essayez, vous ne regretterez pas ! En revanche, je repars avec mes pantoufles : j’en ai besoin pour demain matin !