25. mars, 2020

Marie n'a pas d'autre projet que de laisser faire Dieu

"« Le sixième mois, l'Ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une bourgade de Galilée appelée Nazareth ». Prenons conscience du mystère que représente Nazareth dans le grand mystère du plan de Dieu.
Le messager de Dieu fut envoyé à Nazareth; et le salut a commencé dans un village. L'un des plus grands secrets du cœur de Dieu, en tout cas celui qu'il nous révèle avec le plus d'insistance, c'est qu'il aime passionnément l'ordinaire des choses et des personnes, sans doute parce qu'il est le seul à voir vraiment la beauté de ses créatures.
Dieu aime que la puissance, l'extraordinaire puissance de son amour, travaille en l'homme et dans le monde des hommes sans rien bousculer, sans rien déranger. Et c'est cette divine discrétion du Maître de l'histoire qui le fait paraître absent ou lointain. En réalité il est bien présent, activement, amoureusement présent, mais tellement présent qu'il n'a pas besoin d'imposer sa présence. C'est pourquoi, avec Dieu, les commencements sont souvent modestes: Gabriel est venu au village ...
Trop souvent, dans le cheminement de notre foi, nous passons à côté du réel de Dieu, parce que nous l'attendons ou le cherchons dans l'extraordinaire, dans un monde autre, dans un monde déconnecté du quotidien et c'est nous-mêmes alors qui créons le sentiment de l'absence de Dieu. C'est alors que les inventions de Dieu nous déconcertent et que sa route nous paraît déroutante. En réalité ce n'est pas Dieu qui s'absente, c'est nous qui vivons "absents de lui" (Teresa); ce n'est pas Dieu qui s'éloigne, c'est nous qui avons quitté Nazareth; ce n'est pas l'heure de Dieu qui tarde, c'est nous qui ne l'attendons plus.
Marie, à Nazareth, n'a pas d'autre projet que de laisser faire Dieu et de trouver grâce auprès de lui, à la louange de sa gloire; et c'est pourquoi, même si le message de Dieu la bouleverse parce que l'irruption de son amour est toujours bouleversante, sa première réponse est déjà heureuse et soumise: « Voici la servante du Seigneur, qu'il m'advienne selon ta parole »."

Jean Lévêque, Carme, de la Province de Paris Homélie sur l’Annonciation