14. juin, 2020

Le Saint-Sacrement, réalité la plus vivante de notre monde

Le Saint-Sacrement n’est ni un spectacle ni un objet mis à notre disposition, mais la présence d’un don qui se confond avec la personne qui le pose : Jésus-Christ, mort et ressuscité. Le Saint-Sacrement représente la réalité la plus vivante sur cette terre !

Non seulement Dieu est une personne — ou plutôt trois personnes de même nature —, c’est-à-dire un être doué d’intelligence et de volonté, mais de surcroît une réalité personnelle vivante. À ce titre, Il ne reste jamais inerte. Bien plus, en tant que tout-puissant, Il est toujours en mouvement. C’est là une façon de parler. Le mouvement se mesure par les positions successives d’un être dans l’espace et dans le temps. Or Dieu n’est ni dans l’espace ni dans le temps. En affirmant qu’Il est constamment en mouvement, la théologie affirme qu’Il n’est pas une chose inerte mais qu’Il agit toujours. Chez lui, repos et activité ne sont pas opposés.

 

Cette caractéristique de Dieu est encore plus flagrante dans le christianisme, religion qui confesse un Dieu unique en trois personnes. Chacune d’entre elles est en relation constante avec les deux autres de la Trinité. Les personnes divines sont relations subsistantes, selon la définition de saint Thomas d’Aquin. Or, être une relation, cela implique que la personne-relation soit elle-même pur mouvement vers l’autre — mouvement qu’il faut comprendre métaphoriquement dans le cas de Dieu, comme je le précisais plus haut. Ainsi, Dieu-Trinité est-Il perpétuel échange à l’intérieur de Lui-même. Quoiqu’impassible, Il n’est jamais en repos !

Jésus continue à s’offrir à nous et à son Père

Ces précisions sont importantes pour bien appréhender le sacrement du Corps du Christ. En effet, nos sens mettent devant nos yeux une hostie sertie dans l’ostensoir. Devant cette vision naturelle, la tentation est forte de croire que le Fils de Dieu, vrai Dieu et vrai homme, présent dans le pain consacré, y trône en majesté, tel un empereur byzantin figé dans son immobilité hiératique. Rien n’est plus faux, car rien n’est moins statique que l’Eucharistie ! Pourquoi ?

C’est que Jésus, dans son éternité, ne se tient pas devant son Père les bras croisés. Au Ciel, il reste dans l’acte de perpétuelle offrande envers Celui qui l’engendre. Avant que le monde fût, le Fils s’offrait déjà à son Père en témoignage de reconnaissance. En s’incarnant en Jésus de Nazareth, le Verbe éternel n’a pas interrompu ce mouvement d’offrande de lui-même. De plus, sur terre, le Christ ne s’est pas seulement offert à Dieu, mais aussi aux hommes. Voilà pourquoi le Saint-Sacrement devant lequel nous nous agenouillons est le signe de la présence réelle de Celui qui est en état permanent d’offrande. Il n’est jamais en repos ! Devant nous, dans l’hostie, ne se tient pas un monarque engoncé dans son immobilité sacrale, mais une personne qui se donne à nous et à son Père.

L’Eucharistie est un mémorial

Si l’Eucharistie n’est une simple « chose » à regarder de l’extérieur, c’est qu’elle est le mémorial de la Croix. Or le « mémorial » (le zikkaron juif) n’est pas le souvenir, encore moins la répétition, mais l’actualisation du sacrifice posé une fois pour toutes par le Christ sur le Calvaire. L’Eucharistie rend présente, dans notre aujourd’hui, l’offrande de Jésus sur le Golgotha — ainsi que sa résurrection.

Aucune réalité du monde n’est moins statique que l’Eucharistie !

L’adoration appelle l’action

Cette dimension dynamique de l’Eucharistie doit entraîner chez les hommes une attitude qui lui corresponde. C’est la raison pour laquelle la contemplation et l’adoration du Saint-Sacrement appellent forcément l’action, le don de soi, sous quelque forme que ce soit. Benoît XVI, dans son encyclique Deus caritas est (2005), a souligné cette dimension dynamique du Saint-Sacrement : « L’eucharistie nous attire dans l’acte d’offrande de Jésus. Nous ne recevons pas seulement le Logos incarné de manière statique, mais nous sommes entraînés dans la dynamique de son offrande » (n. 13).

La meilleure manière d’honorer le Saint-Sacrement, après s’être tenu en adoration devant lui, consiste à se rendre disponible pour servir nos frères et Dieu. Communier au corps et au sang du Christ, c’est être prêt à partager le sacrifice dont l’Eucharistie est la réalité. On ne peut vénérer convenablement le Saint-Sacrement et y communier de tout son cœur, sans vouloir vivre ce qu’il signifie, à savoir la mise en acte de la charité, sans œuvrer concrètement à l’unité de l’Église et se sacrifier pour nos frères. Dans une prière eucharistique, le prêtre, après la consécration, demande au Père au nom de l’assemblée : « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire. » L’Eucharistie constitue une force, une énergie ! En actualisant au milieu de nous l’acte suprême du salut, L’Eucharistie vivifie tout ce qui se place sous son influence. Loin de figer les hommes, elle les stimule au contraire.

Sacrement d’un Amour qui désire enflammer le monde

Le Saint-Sacrement est la réalité la plus vivante et la plus importante sur cette terre parce qu’il est Jésus-Christ présent dans l’action la plus décisive qui fût jamais posée par un homme — un homme qui était aussi Dieu ! Adorer en toute justice le Saint-Sacrement, c’est se tenir prêt à aimer comme le Christ a aimé sur la Croix — cet amour en acte dont le sacrement est le mémorial, à savoir l’actualisation au milieu de nous.

Or cet Amour unique ne demande qu’à se propager dans le temps et l’espace au bénéfice de tous. Pour cela, il nous appartient de devenir les vecteurs du feu qu’il renferme ! Si le Saint-Sacrement est une réalité incandescente et jamais en repos, nous lui deviendrons semblables en l’accueillant dans nos êtres. Alors, devenus, comme Jésus l’est de toute éternité, des fils du Dieu de miséricorde, l’amour qui est dans le Christ nous propulsera vers nos frères déshérités. L’adoration en esprit et vérité (Jn 4, 24) ne signifie pas que nous devions rester prostrés ! « Va, et toi aussi, fais de même ! » (Lc 10, 37).