25. mai, 2021

Cultiver les dons de l’Esprit saint au quotidien

Le don de sagesse

« Si tu es bien sage, tu auras une surprise ». Loin d’être une récompense pour enfant modèle, le don de sagesse est cette capacité à goûter la bonté de Dieu en toutes choses. C’est le premier des sept dons de l’Esprit saint. 

Qui n’a pas commencé par voir les choses avec son propre regard ? Qui d’entre nous n’évalue pas une situation selon son propre prisme, ses sentiments ou ses désirs ? Avec le don de sagesse, changeons de lunettes ! Comme le pape François l’indique, ce don nous permet de « voir le monde, les situations, les conjonctures, les problèmes, tout, avec les yeux de Dieu ». Si, au terme d’une dispute conjugale, plutôt que de se faire la tête, les époux acceptent de se regarder, de se parler, voire de se pardonner, c’est le fruit de l’Esprit de sagesse. Au lieu de regarder leurs propres blessures et les torts de leur conjoint, ils goûtent la paix à construire et l’amour qui jaillit du pardon. 

Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur

Dans la salle d’attente du médecin, dans les embouteillages, nous pouvons nous laisser envahir par le don de sagesse. Au lieu de nous jeter sur notre portable, fermons les yeux un instant et ouvrons nos cœurs à la présence et à l’amour de Dieu pour nous. Plutôt que de pester parce qu’il nous faut attendre encore une demi-heure, décidons de vivre cette attente en présence de l’Esprit saint. « Seigneur, je veux vivre ce temps avec toi, je décide de m’ouvrir à ta présence », selon les mots du frère Pierre-Yves Noyer. Il en est de même, remarque ce prêtre de la communauté de la Croix glorieuse à Toulouse, « quand nous goûtons l’amour de Dieu à travers une personne. Si notre cœur est ouvert, un seul mot de notre interlocuteur peut être utilisé par Dieu pour s’adresser à nous. »

Dans le doute

À la messe, alors que nous sommes agacés par la lecture hachée d’une lecture ou distraits lors de la Consécration, invoquons l’Esprit de sagesse afin que la Parole de Dieu pénètre dans notre cœur et agisse. 

Dans la maladie, le don de sagesse est donné « afin que nous apprenions à contempler, au-delà de la souffrance, l’amour de Dieu », indique Paul-Marie Boutin, prêtre du diocèse de Bayonne. L’Esprit saint aide le malade à offrir sa souffrance, « non pas du bout des lèvres mais dans un mouvement plus grand », poursuit-il. 

Enfin, la petite Thérèse a laissé l’Esprit de sagesse agir en elle. Alors que, lors d’une longue nuit de la foi, elle ressentait le néant, ses écrits montrent néanmoins qu’elle goûtait à la présence permanente de Dieu. Pour le frère Pierre-Yves Noyer, « Thérèse de Lisieux a fait l’expérience brûlante de l’amour de Dieu. Pour pallier l’aridité de sa prière, elle s’appuie sur sa foi et sa capacité d’aimer. Grâce au don de sagesse reçu, sainte Thérèse demeure en relation constante avec le Seigneur ». 

Alors, à l’invitation de saint François de Sales, recevons « la sagesse, (qui) n’est autre chose que l’amour qui savoure, goûte et expérimente combien Dieu est doux et suave ».

 

Le don d’intelligence

Ce don est-il proportionnel à notre capacité intellectuelle ? Est-il réservé aux forts en thème ? Non, l’Esprit saint ne réserve pas ses dons aux premiers de classe, mais Il donne à ceux qui le demandent la lumière pour comprendre les mystères de Dieu.

Quand Jésus s’adresse aux disciples d’Emmaüs, « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! », ne fait-il pas référence à ce don de l’Esprit qui leur ferait défaut ? De fait, après que le Christ les a quittés, ils se disent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » Le don d’intelligence reçu à ce moment par les pèlerins d’Emmaüs leur permet en effet de saisir de l’intérieur le sens de la Parole de Dieu. 

Le don d’intelligence à la messe

Parfois, il nous arrive d’être interloqués parce qu’un point de l’homélie nous semble inexact. Le père Jean Arfeux, vicaire à Toulouse, considère que cette lucidité relève de l’Esprit d’intelligence.

Ce peut être aussi un mot de l’homélie qui connaît un retentissement particulier en nous. Un séminariste raconte cette anecdote. « Je n’ai entendu qu’un seul mot du prêtre : ‘il faut tourner la page’. Alors que je m’interrogeais sur ma vocation, j’ai compris que j’étais appelé à changer de vie ».

Concernant la Parole de Dieu, ce don vient aussi ouvrir notre cœur afin que nous la recevions selon notre situation ou nos interrogations. « N’hésitons donc pas à demander ce don d’intelligence afin que notre âme s’ouvre à ce que Dieu veut nous dire », conseille l’abbé. 

N’avons-nous pas été touchés par un texte de la Parole de Dieu, alors que nous l’entendions pour la énième fois ? Clémentine, mère de famille, le reconnaît. Frappée par ce passage du Livre des Nombres (Nb 11, 4-15): « En ces jours-là, dans le désert, les fils d’Israël se remirent à pleurer : ‘Ah ! Qui donc nous donnera de la viande à manger ? Nous nous rappelons encore le poisson que nous mangions pour rien en Égypte (…). Maintenant nous ne voyons jamais rien que de la manne’ ! » Alors que le peuple hébreux est nourri chaque jour par Dieu, il gémit. Clémentine a pris cet avertissement pour elle, alors qu’un de ses ados lui faisait remarquer qu’elle se plaignait souvent.

Et tout est plus clair

Nous ne comprenons pas le mystère de la Trinité ? Nous aimerions mieux vivre l’Eucharistie ou le sacrement du pardon ? Demandons l’Esprit d’intelligence ! Pour autant, ce n’est pas magique. Pour le pape François, « cela ne signifie pas qu’un chrétien puisse comprendre toute chose et avoir une pleine connaissance des desseins de Dieu: tout cela reste en attente de se manifester quand nous nous trouverons face à Dieu. Mais, l’intelligence nous fait comprendre les choses comme Dieu les comprend, avec l’intelligence de Dieu ».

 

Le don de science

S’agit-il ici de physique ou de chimie ? L’Esprit saint nous aiderait-il à découvrir ce qu’il se passe sur Mars ? Plus sérieusement, le don de science vient nous « conduire à saisir, à travers la création, la grandeur et l’amour de Dieu et sa relation profonde avec chaque créature », corrige le pape François. Travaux pratiques.

“Mon Dieu tu es grand tu es beau !” Ce tube des années 90 résumerait-il à lui seul le don de science ? Si nous ne résistons pas à nous exclamer devant un coucher de soleil ou une chaîne de montagnes enneigées, peut-être n’y reconnaissons-nous pas systématiquement l’œuvre de Dieu. Pourtant, le don de science nous apporte précisément cette capacité à prendre conscience de la création, des créatures et du créateur en tant que tels. Pour Pierre-Yves Noyer, frère de la communauté de la Croix Glorieuse à Toulouse, « ce don nous fait prendre conscience de la différence entre le Créateur et la créature. Il se crée de ce fait une sorte de distance entre les deux êtres, qui rejaillit en gratitude ». 

Une expérience à vivre

Ce religieux témoigne avoir reçu ce don lors d’une promenade dans une vallée perdue. S’émerveillant des montagnes et de la flore luxuriante du printemps, il a reçu en plein cœur une lumière et pris conscience que Dieu était présent partout et à cet instant précis. 

Il est aussi possible d’éprouver cette science en d’autres circonstances. Pour le Saint-Père, « c’est la sensation que nous éprouvons également lorsque nous admirons une œuvre d’art ou toute autre merveille qui est le fruit du génie et de la créativité de l’homme ».

L’Esprit de science n’a pas de limite. Il s’applique notamment à la reconnaissance de la présence de Dieu dans le rire des enfants ou dans un profond échange entre pairs. 

Un don qui engage

Grâce à l’Esprit de science, Thibaut, manager, reconnaît les talents de ses collaborateurs comme un don de Dieu. Il s’engage par conséquent à respecter leurs talents et à les faire fructifier. 

De plus, l’Homme, ayant perçu de Dieu qu’il est le sommet de la création, retrouve sa juste place par rapport aux animaux. Il lui revient en outre d’assumer pleinement son rôle de gardien de la création, en l’utilisant et l’entretenant avec respect. 

Enfin, un juste équilibre s’établit entre les hommes, les rendant complémentaires les uns des autres. Le don de science évite « la tentation de nous arrêter aux créatures, comme si celles-ci pouvaient offrir la réponse à toutes nos attentes », précise le pape François.

En somme, reçu dans la prière, le don de science vient rééquilibrer ce qui ne l’est pas.

 

Le don de force

Et si le don de force venait rééquilibrer notre vie ? Dans les contrariétés du quotidien comme dans les épreuves, ce don de l’Esprit saint vient au secours de notre faiblesse.

Le don de force, voilà un don à demander pour la vie quotidienne. « Lorsque nous affrontons la vie ordinaire, lorsque surgissent des difficultés, souvenons-nous-en : « Je puis tout en celui qui me rend fort »», soutenait le pape François lors d’une catéchèse en 2014.  Et de fait, le don de force nous soutient pour dire oui à quelque chose qui nous contrarie ou gêne notre tranquillité. 

La vie quotidienne offre de multiples occasions de s’appuyer sur le don de force. En effet, il n’est pas toujours facile d’accomplir son devoir d’état ! Difficile pour une maman de s’extraire de son lit douillet pour consoler son enfant pour la quatrième fois. Déchirant aussi de laisser en plan un dossier pour rentrer à la maison et se rendre disponible à sa famille. Crucifiant enfin d’interrompre sa vidéo sur son portable pour aller mettre le couvert.

L’eucharistie, le sacrement du pardon, la prière, l’exercice de la charité modèlent le cœur de chacun pour exercer son devoir d’état. « L’Esprit saint diffuse aussi sa force de l’intérieur », indique le père Pascal Fagniez, vicaire près de Toulouse. Chaque chrétien, en effet, a reçu ce don de force le jour de son baptême. À chacun de l’invoquer quand il perçoit sa faiblesse. 

Un don pour rester pur

Le don de force est aussi indispensable pour dire non. Grâce à lui, Claire de Castelbajac n’a-t-elle pas résisté à l’ambiance délétère de son école d’art à Rome ? Arrivée à l’âge de 18 ans dans la ville éternelle, « elle se laisse griser par une soi-disant liberté et l’univers mondain et brillant dans lequel elle évolue », affirme sœur Emmanuelle, postulatrice de sa cause de béatification. 

Joyeuse, jolie, elle ne passe pas inaperçue. « Tous les garçons me courent après ! Bon sang ! Je ne suis pas en minijupe… et même, j’asperge de froideur et méchanceté ceux qu’il faut éviter. Mais ce dont j’ai peur, à présent, c’est de moi. Je ne suis guère encouragée par des gens bien ; alors, quelquefois, en voyant ceux qui m’entourent, je me dis que ça ne doit pas être désagréable de faire comme eux (ils vivent plus ou moins tous avec un ‘partenaire’) … Alors je prie, je prie, pour avoir le courage, je pourrais même dire quelquefois l’héroïsme de résister », écrit Claire à ses parents.

 Un don pour une juste attitude

Trouver la bonne parole, avoir une attitude ajustée sont aussi une façon de laisser le don de force se diffuser en nous. Philippe et Charlotte, parents de quatre enfants, dont deux atteints de schizophrénie, ont souvent appelé l’Esprit saint à la rescousse, du temps où leurs enfants étaient encore à la maison. Dans L’espérance est un chemin escarpé, ils témoignent du secours de l’Esprit saint pour garder patience et charité dans chaque situation douloureuse qu’ils vivaient. 

Aujourd’hui encore, quand leurs enfants appellent pour la dixième fois dans la même journée ou réclament avec insistance un document qui ne peut arriver dans l’instant, Philippe et Charlotte, grâce au don de force, trouvent la parole qui encourage et un cœur qui écoute.

Le don de force pour oser dire ou agir

Enfin, un tel don nous est indispensable pour oser dire quelque chose à quelqu’un ou pour proposer une idée géniale. Souvent nous fuyons et pensons que ce n’est pas si important. Le don de force nous évite la paralysie du « à quoi bon ? » ou « on a toujours fait comme ça ». Quand il nous faut avouer à notre conjoint que nous avons perdu notre alliance, quand un ami nous sollicite pour aller marcher alors que nous avons d’autres projets, n’avons-nous pas besoin du don de force ? 

Le don de conseil

Si nous avons sans doute l’habitude de demander conseil à un proche avant de prendre une décision qui engage notre entourage, pensons-nous à invoquer l’Esprit saint pour son don de conseil dans les grands et petits choix de notre vie ?

Le don de conseil nous donne de choisir concrètement le bien à faire. Dans notre liberté, il ne s’agit pas seulement de discerner entre un bien et mal ; il nous faut souvent peser le pour et le contre entre deux biens. Par ce don, Dieu lui-même « illumine notre cœur de manière à nous faire comprendre la juste manière de parler et de se comporter et le chemin à suivre », précise le pape François. Alors pourquoi se priver d’un tel conseiller ? 

Le don de conseil à puiser dans la prière 

Quand François et Charlotte ont dû choisir le futur collège de leur enfant, ils ont demandé l’aide de l’Esprit saint. Comme le recommandait saint François de Sales, ils ont  longuement pesé dans la prière chaque possibilité́ et observé ce que cela suscitait en eux : joie, paix ou anxiété. « Dans l’intimité avec Dieu et dans l’écoute de sa Parole, nous mettons peu à peu de côté notre logique personnelle, dictée le plus souvent par nos fermetures, par nos préjugés et par nos ambitions, et nous apprenons à demander au Seigneur : que désires-tu ? Quelle est ta volonté ? » interroge le Saint-Père. 

L’Esprit de conseil dans les choix radicaux

Eric menait une passionnante carrière dans la finance à Paris et était promis à un brillant avenir. Peu disponible pour sa famille, il hésitait à renoncer à son emploi et à sa sécurité financière. L’Esprit de conseil lui a conféré la liberté rendant « sa conscience capable de faire un choix concret en communion avec Dieu et de choisir un bien plus grand », raconte Jean Arfeux, prêtre toulousain.

Quant à mère Teresa, elle a reçu un don de conseil décisif. Appelée par le Seigneur à s’occuper des pauvres de la rue, elle est bouleversée mais vite rassurée. « Ne crains rien. Je serai toujours avec toi. Prie toujours avec ferveur et toutes les difficultés s’évanouiront », lui dit-Il.

Le don de conseil dans les petites décisions quotidiennes

Et si nous l’invoquions avant de constituer nos menus, afin qu’ils correspondent, dans la mesure du possible, aux besoins et aux goûts de chacun ? 

D’autre part, il ne nous est pas forcément facile de trouver les bons mots ou le moment opportun pour consoler ou conseiller un proche. L’Esprit saint répond à notre appel et, par son don de conseil, nous incline à faire le bien selon la volonté de Dieu.

Enfin, quand nous voulons nous débarrasser d’une mauvaise habitude, pourquoi ne pas invoquer le Saint-Esprit afin qu’il nous conseille sur les moyens à adopter pour surmonter le mal et pratiquer le bien ?

 

Le don de piété

Le don de piété nous permet d’être en lien profond avec Dieu. « Le don de piété aide les baptisés à reconnaître Dieu comme père »,  indique Pascal Fagniez, prêtre de la communauté de l’Emmanuel. Nous avons souvent une idée précise de Dieu créateur et sauveur, mais il nous est plus difficile d’imaginer cet être tellement grand – voire lointain – comme notre père. Et pourtant, c’est ce que nous accorde l’Esprit de piété : une attitude filiale qui fait de chacun des baptisés un enfant de Dieu. 

« Comme pour un enfant envers ses parents, une attitude de respect du chrétien envers Dieu se construit », poursuit le père Pascal, vicaire en région toulousaine. Une relation de confiance et de tendresse s’établit entre les enfants et leur Père. En découlent « une proximité filiale avec Dieu, une capacité de le prier avec amour et simplicité », précise le pape François. « Ce lien de filiation donne un sens à toute notre vie et nous maintient solides, en communion avec Lui, également dans les moments les plus difficiles ». 

Rappelons-nous la magnifique prière d’abandon de saint Augustin, « Mon Père je m’abandonne à vous ». Dans un élan d’amour et de reconnaissance, le saint reconnaît cette relation filiale : « car Vous êtes mon Père ». 

Paternité, mode d’emploi

Afin d’entrer dans cette relation père-fils avec Dieu, invoquons l’Esprit de piété. « Ne cherchons pas à accueillir cette relation par notre volonté », recommande le prêtre toulousain. C’est un don gratuit à recevoir. Prenons notre Bible et lisons les passages dans lesquels Dieu se révèle comme Père : la transfiguration de Jésus, son baptême. « Celui-ci est mon fils bien aimé en qui j’ai mis tout mon amour ». 

N’hésitons pas non plus à faire mémoire des figures paternelles qui nous ont marquées : un parent, une marraine, un grand-père, un prêtre ou un éducateur. Pour le père Fagniez, « nous avons, d’une manière ou d’une autre, fait l’expérience de quelqu’un qui s’est penché sur nous, nous a élevés ». Cette relecture nous dispose à la gratitude, à la louange.

Avec nos frères et sœurs

Puisque nous sommes enfants d’un même Père, notre relation aux autres s’en trouve enrichie. Comme le don de piété nous fait grandir dans l’amour de Dieu, il nous fait croître dans la communion avec nos frères. Nous sommes alors capables de nous « réjouir avec qui est dans la joie, de pleurer avec qui pleure, d’être proche de qui est seul ou angoissé, de corriger qui est dans l’erreur, de consoler qui est affligé, d’accueillir et de secourir qui est dans le besoin », ajoute le pape François. L’Esprit de piété nous apporte la douceur dont le monde a tant besoin.

 

Le don de crainte

La crainte ne signifie pas la peur de Dieu. Le don de crainte nous permet de ressentir pour le Seigneur et ses créatures un profond respect, en adhérant à sa volonté et au chemin qu’il nous propose pour notre vie. 

Un petit enfant ne veut pas faire de peine à ses parents. Il s’en remet à eux, avec confiance. Devenu adulte, le chrétien recherche cette même attitude d’abandon vis à vis du Seigneur. « La crainte de Dieu est le don de l’Esprit qui nous rappelle combien nous sommes petits face à Dieu et à son amour et que notre bien réside dans l’abandon, avec humilité, avec respect et confiance, entre ses mains », précise le pape François. Il n’est pourtant pas facile de s’abandonner, comme Charles de Foucauld le faisait. L’Esprit de crainte vient justement nous permettre de reconnaître la bonté et l’amour infini de Dieu et de nous y fier. 

Petit à petit, en laissant l’Esprit saint ouvrir notre cœur, nous percevons que tout vient de Dieu et que tout ce que nous faisons, nous l’accomplissons par lui et avec lui. Ainsi, nous sommes imprégnés du pardon de Dieu, de sa miséricorde, de sa tendresse, de sa bonté. La louange monte alors de nos cœurs. 

Par conséquent, « nous sommes portés à suivre le Seigneur avec humilité, docilité et obéissance », poursuit le Saint-Père. Le don de crainte fait alors de nous des chrétiens audacieux et énergiques pour le monde. Convaincus de l’amour de Dieu, rien ne peut les arrêter. 

La crainte de ne pas assez aimer

Conscients de cet amour inconditionnel du Seigneur, nous craignons parfois de ne pas y être attentifs. Par exemple, lors de la consécration, nous reconnaissons souvent n’être pas assez présents. « Le don de crainte nous aide à ne pas faire de la messe un moment banal, à cause de notre distraction », indique le père Pascal Fagniez, vicaire à Toulouse. Comme prêtre, ce dernier confie invoquer souvent l’Esprit saint afin d’accueillir le Corps du Christ comme Fils éternel de Dieu, sans jamais se lasser ou être indifférent. « L’Esprit de crainte se manifeste par une remise en cause de ma routine », poursuit-il. 

De même quand nous entrons dans une église, le lavage des mains au gel hydro-alcoolique ne nous fait-il pas oublier de faire notre signe de croix et une génuflexion ? Le don de crainte nous permet d’être attentif à la présence de Dieu et de ne pas vouloir l’offenser.

Un infini respect pour toutes les créatures

Quand nous sommes attentifs à la beauté de la création, quand nous en prenons soin, nous laissons l’Esprit de crainte agir en nous. Nous reconnaissons que Dieu est au-dessus de tout ce que nous contemplons et utilisons. Il ne nous est donc pas envisageable d’y manquer de respect.

Il en est de même pour les personnes qui nous sont confiées : enfants, malades, conjoints, collaborateurs, personnes âgées… Pour le père Pascal, « l’Esprit de crainte nous confère un infini respect de ces personnes et renforce notre volonté de ne pas empiéter sur leur dignité, leur conscience, leur liberté ».