26. sept., 2021

Comment le Seigneur veut la première place dans nos vies

L’Évangile de ce 26e dimanche du temps ordinaire est rude. C’est une véritable claque que le Seigneur inflige à ses fidèles, avec ses exigences absolues. Pour le père Gaëtan de Bodard, il s’agit d’une invitation à donner le meilleur de nous-mêmes : les grâces du Seigneur sont toujours à la hauteur de sa demande.

Cela pique un peu ce matin, non ? Certains se demandent peut-être s’ils ont bien fait de venir à la messe. Alors, c’est vrai, au tout premier abord, nous aurions envie de dire que c’est un peu fort de café ! Nous faisons l’effort de nous lever au lieu de paresser au lit ; ce dimanche matin, nous avons un peu speedé pour être à l’heure à la messe, alors que le dimanche est le seul jour de la semaine où nous pouvons souffler un peu et voilà que, successivement, nous entendons que le Seigneur accorde Sa grâce et Ses dons à qui Il veut et pas seulement aux volontaires (Nb 11, 25-29). À se demander si, finalement, il n’aurait pas mieux valu rester sous la couette ou profiter plus longtemps du petit déjeuner en famille puisque, dans l’absolu, nous aurions pu quand même bénéficier des grâces du Seigneur. Ensuite — et ça c’est quand même la grande gifle de ce dimanche, à faire passer les claques d’Obélix pour une douce caresse ! — nous avons pris en pleine figure cette exigence absolue du Seigneur. Je cite en vrac : « Si tu scandalises ton prochain, tu mérites de mourir noyé. Si tu ne veux pas brûler en enfer, coupe en toi ce qui te porte au péché : ta main, ton, pied, ton œil ! » (Mc, 9). Et, Dieu merci — si j’ose dire… — Jésus n’a pas parlé des péchés de bouche : exagérations, mensonges, médisances, calomnies, vulgarité, gros mots, insultes, jurons. Ils nous auraient obligé à nous trancher la langue…

Ne soyez pas estomaqués par Son exigence, par le niveau si élevé qu’Il demande. Les grâces sont à la hauteur de la demande…

Merci d’être des disciples !
Bon, je profite que vous soyez un peu groggy, sous le choc, pour dégonfler la baudruche et vous redonner un peu d’air… et de cœur au ventre. Vous avez fait le choix du Christ, vous avez décidé d’être de Ses disciples, de vivre de Sa loi, de vous charger de Son joug. Que vous dire sinon merci ? Merci pour votre courage, pour votre engagement, pour votre ténacité. Ce n’est pas facile d’être catholiques aujourd’hui, de se présenter comme catholiques, de vivre en catholiques, plus encore dans notre société qui ne reconnaît plus le Christ, pour qui Son message de paix et d’amour est absolument inaudible… et je ne parle pas de l’image de l’Église véhiculée par les médias. Non, clairement, aujourd’hui, pour être disciples du Seigneur Jésus, il faut en vouloir et il faut être accroché. Alors, à nouveau merci et bravo !

« Je te demande le meilleur de toi-même »
Cela étant dit, le Seigneur, dans Ses paroles, dans Son enseignement, se montre particulièrement exigeant. Il ne fait ni dans le racolage, ni dans la démagogie. Ce matin, à travers les paroles de la liturgie, Il nous regarde dans les yeux, avec bienveillance et fermeté tout en même temps, et Il nous dit :

« Tu veux Me suivre, Tu veux être des Miens. Bienvenue : mets-toi à Ma suite. Je puis te promettre que si tu es fidèle, tu ne le regretteras pas. En revanche, Je te préviens tout de suite que Je vais te demander le meilleur de toi-même. Je te demande de choisir le Bien — définitivement ! — et de renoncer au Mal. Sous toutes ces formes : le Mal évident, le Mal flagrant, mais aussi celui qui se camoufle, le Mal insidieux, dissimulé, sournois. Je te demande d’être ambassadeur du Bien, par ton sens du service, ton amour du prochain que tu feras passer avant toi. Tu seras un instrument entre Mes mains : tu seras à la fois Mon serviteur, Mon intendant, Mon ambassadeur. En fait, pour résumer, Je demande la première place dans ta vie. Je veux transparaître à travers tes gestes, tes paroles, ton attitude, ton agir. Rien de moins… Certains jours, ce sera dur. Certains jours, tu voudras tout balancer, tout laisser tomber. Ces jours-là, il te faudra t’appuyer sur Ma grâce, sur Ma force à Moi et non la tienne, sur Ma toute-puissance, sur Mon pardon que Je t’accorderai lorsque tu tomberas et voudras te relever. Je suis ta force. La charte est simple : Je t’invite à être saint comme Moi-Même Je suis saint ! Voilà le deal que Je te propose. »

Des grâces à la hauteur
Frères et sœurs bien-aimés, je crois que c’est ainsi qu’il faut entendre, qu’il faut recevoir les paroles de Jésus à Ses disciples… dont nous voulons faire partie. Alors, oui, c’est du lourd ! Plus encore pour nous qui avons du mal à nous engager vraiment, nous, la génération du papillonnage et du zapping. Le Seigneur accorde Sa grâce à qui Il veut — aux soixante-dix réunis par Moïse mais aussi à Eldad et Medad qui étaient restés dans le camp (Nb, 11). En revanche, je suis bien certain, intimement persuadé — et c’est pour cela que comme prêtre, je Lui ai donné ma vie, ma jeunesse, mon célibat, les projets de carrière militaire que j’avais au fond du cœur quand Il est venu frapper à la porte de celui-ci — oui, je suis sûr qu’Il accorde très largement Ses grâces à ceux qui, résolument, décident de Le suivre. Ne soyez pas estomaqués par Son exigence, par le niveau si élevé qu’Il demande. Les grâces sont à la hauteur de la demande et, pour reprendre les paroles de Jésus Lui-Même : « C’est une mesure bien pleine, tassée, secouée, débordante, qui sera versée dans le pan de votre vêtement » (Lc 6, 36). Je vous laisse sur ces paroles d’encouragement. Alors haut les cœurs et n’oubliez pas de jeter régulièrement un petit coup d’œil vers le Ciel pour y puiser les forces nécessaires !

 Abbé Gaëtan de Bodard