12. oct., 2021

Abus sexuels : le temps du dépouillement et de la réforme est venu

"Chaque fois que le Seigneur a voulu répondre au délabrement de son Église […] il n’a pas commencé par donner un plan de reconstruction, un organigramme ou un rétro planning, il a suscité au sein du peuple de Dieu la sainteté", avance le père Simon d’Artigue, prêtre à Toulouse, dans son homélie dimanche 10 octobre. "Il a appelé François, Dominique, Vincent de Paul, Térésa de Calcutta et ils ont répondu, pour Le suivre et, chacun à sa manière, ils ont participé à la réforme de l’Église".

J’ai honte
Je voudrais demander pardon
Faire pénitence
Je voudrais pleurer
Hurler
Me taire
Et pourtant devant vous mes frères je dois parler…
De ce scandale ou de l’Évangile ?
De ce scandale et de l’Évangile ?
De l’ Évangile qui éclaire ce scandale

Car il y a 2.000 ans un jeune homme est venu vers Jésus, le cœur plein d’un immense désir, d’un désir magnifique, un désir qui était le moteur de toute sa vie: « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

Et c’est ce désir immense qui pousse depuis toujours des hommes et des femmes à s’approcher de Jésus, à s’approcher de son Église pour obtenir la vie éternelle, parce qu’ils savent, parce qu’ils sentent, parce qu’ils pressentent, même confusément, que seul Jésus, dans son Église est capable de transmettre ce trésor de la vie éternelle, car lui seul le possède. On ne peut pas éteindre ce désir dans le cœur de l’homme sans perdre ce qu’il y a en lui de plus précieux.

C’est ce désir qui a poussé de jeunes enfants vers l’Église de Jésus Christ parce qu’ils savaient que c’est auprès de Jésus qu’ils obtiendraient la vie éternelle, une richesse à nulle autre pareille, un chemin de vie et au lieu de cela 330.000 d’entre eux ont rencontré la mort. Les mains consacrées de ceux qui étaient chargés de distribuer le pain de vie, mes frères prêtres, des prêtres comme moi, au lieu de donner le pain de vie ont donné un pain de mort, un pain qui a pourrit, qui a détruit des vies. « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? »

C’est la première étape, Celle du désir, du désir trahi
Alors j’ai honte, une honte profonde et je ne sais pas comment demander pardon, comment avancer et je vous vois là ce matin, me demandant encore pourquoi vous êtes là, comment vous ne vous êtes pas enfuis, comment vous pouvez aujourd’hui encore vous approcher de l’Église sans dégout?

Certainement parce que vous êtes attachés à Jésus Christ, fermement attachés à Jésus Christ, certainement parce qu’il a posé sur vous ce regard incroyable « Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. » Certainement parce que vous savez que Jésus vous aime et qu’au fond c’est cet amour qui sauve, c’est cet amour qui compte.

Si tu veux la vie éternelle, il ne suffit pas de te draper dans ta juste observance des commandements, dans ta conformité, il faut une radicalité.

Mais il y a une deuxième étape « Va vends ce que tu as » cette deuxième étape pour le jeune homme riche qui l’a refusé, cette deuxième étape pour notre Église aujourd’hui: le dépouillement et la réforme.

Et nous pourrions avoir la même tentation, la même réaction que le jeune homme « il devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens. » Nous pourrions nous aussi vouloir tourner la page en retournant à la vie d’avant, d’avant le rapport de la Ciase, sans rien changer, en fermant les yeux, en se disant que c’est un mauvais moment à passer, qu’il faut faire le dos rond ou plus subtilement en discutant ce rapport, en minorant les chiffres, en comparant avec le reste de la société, en cherchant des excuses, en accusant le concile, mai 68, le délitement moral, en se disant que depuis les années 90 ça va quand même mieux. Chercher des excuses, chercher des coupables pour que surtout rien ne change ou bien écouter la voix de Jésus : si tu veux la vie éternelle, il ne suffit pas de te draper dans ta juste observance des commandements, dans ta conformité, il faut une radicalité « va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres » il faut des actes, pas seulement des paroles. Et ces actes ne viendront pas de nos seuls évêques, ce serait trop facile d’attendre passivement que la réforme vienne d’en haut. Bien sûr que c’est à eux que le Seigneur a confié de « paitre le troupeau » mais c’est à nous tous fidèles laïcs, prêtres et évêques, à nous tous baptisés qu’il revient de réformer notre Église. Nous avons une feuille de route qui nous a été donné par le rapport de la Ciase, 45 préconisations qu’il s’agit de lire, d’accueillir puis discerner comment les mettre en œuvre. Il en est qui concerne le saint Père, d’autres le droit de l’Église, d’autre la formation des séminaristes et nous pourrions nous dire que ce n’est pas de notre ressort; il en est aussi qui peuvent être mise en œuvre au niveau de notre paroisse, certaines qui ne dépendent que de nous.

Et c’est la troisième étape « viens, suis-moi. » La suite du Christ comme première réponse. Chaque fois que le Seigneur a voulu répondre au délabrement de son Église – et Dieu sait que les hommes (et les prêtres en particulier) s’ingénient à ruiner l’œuvre de Dieu – il n’a pas commencé par donner un plan de reconstruction, un organigramme ou un rétro planning, il a suscité au sein du peuple de Dieu la sainteté : il a appelé François, Dominique, Vincent de Paul, Térésa de Calcutta et ils ont répondu, pour Le suivre et, chacun à sa manière, ils ont participé à la réforme de l’Église, comme Moïse ils ont vu la misère du peuple de Dieu et ils y ont répondu.

Mardi matin chacun des mots de Jean-Marc Sauvé quand il présentait son rapport m’a fait l’effet d’un uppercut, j’ai fini honteux, dévasté, trahi, abattu me demandant comment continuer à servir cette Église, mon Église, celle pour laquelle j’ai donné ma vie? C’est impossible, à vue humaine c’est impossible « Pour les hommes, c’est impossible, dit Jésus mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »

Bien sûr que nos évêques peuvent nous décevoir,
Bien sûr que vos prêtres peuvent vous décevoir
Bien sur votre curé vous a déçu et il vous décevra encore.
Mais ce n’est pas en eux que vous avez mis votre confiance, c’est en Dieu,
C’est Lui qui est notre consolation,
C’est Lui qui est notre force,
C’est Lui qui fait de nous des saints,
C’est Lui qui fait fleurir le désert
C’est Lui qui ranime les ossements desséchés
C’est Lui qui fend la mer rouge en deux parts
C’est Lui qui apaise la tempête
C’est Lui qui de la mort fait jaillir la vie
« Car tout est possible à Dieu. »

Père Simon d’Artigue