13. oct., 2021

Comment passer d’une prière utilitaire à une relation d’amitié avec le Christ

À quelques jours de la fête de sainte Thérèse d'Avila, le 15 octobre, Aleteia propose de se mettre à l'école de la grande mystique espagnole pour apprendre à mieux prier. Aujourd'hui, trois conseils de sainte Thérèse pour passer d’une prière utilitaire à une relation d’amitié avec le Christ. Celle qui change tout. 

Qui n’a pas été déçu un jour de voir que rien ne se passe malgré de longues prières ? Qui n’a pas demandé à Dieu de trouver un travail, une maison ou l’âme sœur sans aucun résultat ? A quoi bon alors tous ces efforts si rien ne se réalise ? Force est de constater que la prière n’est pas un distributeur automatique. Si, pour sainte Thérèse d’Avila, la demande à sa place dans la relation avec Dieu, la prière est d’abord une histoire d’amitié avec le Christ. Prier, ce n’est pas négocier ou échanger quelques mots dans une conversation mondaine. Prier, c’est choisir le Christ comme compagnon de vie. C’est une histoire d’amitié qui se fait avec le cœur. Mais comment vivre au quotidien ce que finalement chaque personne désire au plus profond d’elle-même : aimer et être aimé ? Voici trois conseils de sainte Thérèse d’Avila.

1 - TOMBER AMOUREUX DU CHRIST
Bien sûr, avoir un coup de foudre ne se commande pas. Mais si vous lisez ces lignes, c’est probablement parce que le désir de rencontrer le Christ est déjà bien ancré dans votre cœur. Et c’est justement le premier pas vers le chemin d’amitié avec Lui. Une fois que le coup de foudre a eu lieu, il faut veiller et protéger le lien d’amitié qui naît. « Nous devons nous entraîner progressivement. Aimer de plus en plus ardemment sa sainte humanité » (Vie 12), explique Thérèse d’Avila pour qui l’oraison, c’est-à-dire la prière silencieuse, permet de passer d’une approche utilitaire à une approche gratuite : « Elle n’est, à mon avis, qu’un échange intime d’amitié où l’on s’entretient souvent seul à seul avec ce Dieu dont on se sait aimé » (Vie 12).

Pour la chanteuse Marlène Goulard, engagée en tant que laïque dans l’ordre séculier des carmes depuis trois ans, prier c’est avant tout aimer et ne pas se préoccuper du reste : « On peut être touché par quelque chose sans être conscient que c’est l’amour du Christ qui nous porte », confie-t-elle à Aleteia.

2 - AVOIR SON CORPS EN PRIÈRE
Comme l’explique le Frère Dominique Sterckx dans son récent ouvrage L’oraison, l’intérieur de l’homme trouve son expression dans les attitudes du corps. D’autre part, le comportement du corps évoque une attitude intérieure correspondante. Ainsi, au début de la prière, il est très important de prêter attention aux postures de son corps. Avoir son corps en prière, c’est-à-dire avoir une attitude simple, humble et respectueuse envers l’ami que l’on va rencontrer. Une attitude qui l’accueille, qui l’attend, qui s’appuie sur Lui. Pour Marlène Goulard, trouver une posture détendue mais sans risque de s’endormir, est très important : « Je suis toujours assise dans un fauteuil, les mains ouvertes. C’est une sorte d’activité passive. D’ailleurs, j’aime bien commencer par chanter l’Esprit saint. Le chant élève l’âme. On s’ouvre tout de suite à une autre dimension, celle qui touche à la présence de Dieu », poursuit-elle.

3 - PRENDRE LE TEMPS DE REGARDER LE CHRIST
La rencontre d’amitié avec le Christ commence par un long regard. Le regard du priant sur le Christ et le regard du Christ sur le priant. « Un regard dans un regard », comme le décrit Frère Dominique Sterckx, où « il n’y a pas de place pour une quelconque ambiguïté, ou pour une quelconque utilitarité ». Cette relation doit être complètement ouverte. Car sinon, comment aimer l’Autre et se laisser aimer ? Marlène Goulard a l’habitude de prier devant une croix stylisée et une icône en verre du Sacré cœur de Jésus qu’elle aime contempler : « J’y vois la beauté, la lumière et l’amour de Jésus pour moi. Le fait de la contempler ouvre déjà cet espace en moi », explique-t-elle.

Il reste à faire ce pas vers la prière qui est un chemin d’amitié. « Avec l’aide de Dieu, dans un an, peut-être dans la moitié, vous atteindrez votre but, je vous l’assure. Regardez, quel petit effort comparé à un gain si énorme. Vous aurez ainsi une base solide établie en vous-mêmes. Si le Seigneur veut ériger un grand édifice en vous, il vous trouvera préparé à ses côtés », assure sainte Thérèse d’Avila. (DD 29, 5-8).

À l’école de prière de Thérèse d’Avila, retrouver la joie

Qui, dans sa vie spirituelle, n’a pas été envahi un jour par le doute, par une grande déception et finalement une envie très tentante de tout envoyer balader ? Qui n’a pas été profondément triste à cause du silence de Dieu alors qu’un petit signe de sa part changerait tout ? Si la foi est un exercice, même un combat, comment le mener à bien, alors que parfois, il nous déprime ? Comment vaincre ses propres démons qui semblent si convaincants et retrouver la joie et la bonne énergie pour avancer dans la vie ? Trois conseils de sainte Thérèse d’Avila :

1 - SE LAISSER PORTER PAR L’ESPRIT SAINT
Béatrice, 69 ans, professeure de lettres, mère de deux enfants et grand-mère de six petits-enfants, laïque engagée dans l’Ordre des carmesséculier, pratique l’oraison (prière silencieuse) depuis plus de 40 ans. Elle a connu dans sa vie spirituelle des moments de tristesse, de peur ou de doute. Mais elle a toujours persévéré grâce à ce conseil donné un jour par un jésuite : « À 25 ans, dans une école de prière, on m’a invité à découvrir l’adoration de 4 heures par jour… Me sentant complètement dépassée par un tel engagement, un jésuite m’a alors dit de lâcher prise, de vivre juste le moment présent car c’est l’Esprit Saint qui priera en moi », confie-t-elle à Aleteia.

Depuis cette retraite, Béatrice consacre une demi-heure par jour à l’oraison. « Quand mes enfants étaient petits, la première difficulté était de trouver le meilleur moment dans la journée. Bien sûr, il y a ceux qui sont du matin, d’autres plutôt du soir… Quant à moi, entre mon bébé, mes études et le rythme de mon mari, 21h30 était le moment le plus tranquille de la journée pour prier. Il me fallait toujours un support concret comme ancrage de mon temps d’oraison  : un passage de la Bible, un texte de méditation d’un saint, un psaume. Ensuite, un seul mot ou un seul verset lu suffisait pour me mettre dans la prière », explique-t-elle.

2- SE LAISSER GUÉRIR PAR DIEU
Selon sainte Thérèse d’Avila, Dieu peut conduire les âmes à lui à travers de nombreuses routes, mais la prière est le « chemin sûr ». Et quitter ce chemin signifie se perdre (Vie 19, 6). Béatrice a eu des moments arides longtemps, la tentation de laisser tomber la prière était là. Puis un jour, elle a vécu un déclic lumineux lors d’une retraite : « J’ai pris conscience ce jour-là que le Seigneur est amour, qu’il m’aime et qu’il est présent. Une grande grâce qui m’a appris à vivre mieux ensuite les temps de prière » confie-t-elle émue. « Bien sûr, on n’a pas tous les jours des grâces sensibles, il y a des moments durs, mais une chose est sûre : même pendant les temps de sécheresse spirituelle, la prière guérit et la parole de Dieu aide à prendre conscience d’un point précis à guérir », insiste-elle encore.

Mais quel est alors le lien entre l’oraison et les grâces qu’on reçoit, même si on est dans le doute ? Pourquoi ceux qui pratiquent l’oraison parlent des lumières fulgurantes et imprévues ? Pour Dieu, « tous les temps sont bons pour accorder ses grâces à quiconque le sert sincèrement » répond Thérèse d’Avila. (Fondations 4, 5). C’est l’expérience spirituelle de Béatrice : « Je crois que l’un des fruits de la vie de prière régulière est de rendre le cœur attentif et éveillé. Lorsqu’on reçoit pareilles lumières, on saisit immédiatement que le Seigneur est là, présent en notre intérieur. Il est celui qui illumine gracieusement une blessure, une relation, un événement ». La gratitude envers Dieu, qui est un élément fondamental d’une vie d’oraison, « manifeste qu’on accueille l’amour de Dieu : un amour concret, précis, sauveur », souligne encore Béatrice qui essaye de transmettre aujourd’hui à ses petits-enfants la joie immense d’être aimé par Dieu et de l’aimer. En appliquant cette parole de la mystique espagnole : pour prier « l’essentiel n’est pas de penser beaucoup mais d’aimer beaucoup » (Demeures 4, 1), le seul moteur pour « vaincre le pessimisme et engendrer les bonnes initiatives. » (Demeures 7, 4).

Marzena Devoud