5. juin, 2022

Comment recevoir (et exercer) les charismes de l’Esprit saint ?

Son action est particulièrement spectaculaire à la Pentecôte. A tel point qu'elle fait peur parfois. Mais que sont au juste ces dons de l'Esprit saint que reçoivent certaines personnes, souvent proches du Renouveau charismatique ?

Non, il ne s’agit ni d’une force ésotérique ni de magie. Si elle peut faire peur à côté d’une prière classique ou d’une simple méditation, la pratique du chant en langues qui suscite beaucoup de questions est en réalité l’un des charismes les plus fréquents de l’Esprit saint. Cette louange, qui ressemble un peu au chant grégorien, jaillit soudain au sein d’une assemblée priante. Elle étonne parfois. Pourtant, « ce charisme, dans la mesure où il implique notre abandon à l’action de l’Esprit, est souvent le terreau d’autres charismes plus rares », explique Xavier Accart dans son ouvrage L’art de la prière. Perdus de vue ou considérés comme réservés aux grands saints, ils apparaissent en pleine lumière à nouveau dans la constitution Lumen gentiumrédigée en 1964 par le concile Vatican II, trois ans avant que le Renouveau charismatique n’en démocratise la pratique, dont la communauté de l’Emmanuel qui fête ses cinquante ans cette année. Mais quels sont au juste ces charismes de l’Esprit saint ?

A quoi servent les charismes de l’Esprit saint ?
Il arrive que l’Esprit saint communique à celui qui prie des dons spirituels appelés « charismes ». Mais, comme le précise bien saint Paul, « à chacun, la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1 Co 12, 7). On l’a bien compris : les charismes ne visent pas d’abord la sanctification personnelle, mais l’évangélisation des autres, et l’édification de l’Église. Ils ne s’exercent donc pas individuellement, chez soi, mais auprès des autres, lors des témoignages et d’autres actes et paroles qui annoncent la Bonne Nouvelle. C’est dans ce contexte que le priant peut expérimenter la présence de l’Esprit saint et de ses nombreux dons spirituels.

En quoi consistent-ils ?
Il est difficile de lister les charismes de l’Esprit saint de façon exhaustive. Ils sont très nombreux et variés. Saint Paul esquisse ainsi leur richesse : « À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. » (1 Co 12, 8,10).

Qu’ils soient extraordinaires ou ordinaires, les charismes sont donc des compétences à mettre au service de Dieu et de l’Église en particulier. Chaque circonstance de la vie quotidienne peut être l’occasion de les exercer. L’Esprit saint utilise les dons de chacun, parfois sans que la personne s’en rende compte. Mais attention, « cela ne signifie pas que l’Esprit saint prend « possession » de cette personne. Elle reste elle-même, bien présente en tout ce qu’elle fait avec tout son être, corps, âme et esprit, afin de s’abandonner à quelqu’un qui est plus grand qu’elle », explique Agnès de Lamarzelle, consacrée de la Communauté de l’Emmanuel qui prépare les jeunes à l’effusion de l’Esprit saint.

"Dans un discours aux évêques belges du 18 septembre 1982, Jean Paul II donne quelques exemples très concrets des dons à travers lesquels l’Esprit Saint agit pour construire son Église "

« Dans toute communauté, il y a ceux qui sont capables de donner des idées et ceux qui sont capables de les approfondir par la réflexion solitaire et ensuite partagée. Il y a ceux qui sont des organisateurs nés et ceux qui sont de précieux et parfaits exécutants. Il y a ceux qui possèdent une expérience de vie chrétienne et une sagesse remarquable pour participer à la préparation des sacrements et ceux qui sont capables de contribuer à l’animation du culte liturgique. Il y a ceux qui font ou pourraient faire merveille au plan de l’éveil religieux des petits et ceux qui ont le don de rencontrer spirituellement et d’entraîner les adolescents. Il y a ceux qui ont la grâce de conduire des groupes de prière et ceux qui sauront mettre en route des loisirs d’inspiration chrétienne. Il y a ceux qui ont la capacité de penser et de faire avancer des problèmes de société et d’y déposer un levain évangélique et ceux qui sont des diffuseurs efficaces… »

Comment les recevoir ?
Comme l’explique Xavier Accart, les charismes sont souvent « donnés à la suite d’une effusion de l’Esprit. Celle-ci implique d’elle-même un renoncement à soi-même et un abandon à Dieu. » Mais d’autres dispositions intérieures sont nécessaires, comme « le désir d’œuvrer pour le bien commun, la compassion pour les autres, un acte de foi que Dieu veut agir dans le concret de nos vies, l’habitude d’être attentifs à ce que Dieu nous durant la prière… », souligne-t-il. Puisque les charismes sont au service du bien commun, la disposition essentielle consiste à avoir l’esprit de communion et à renoncer à tout esprit de division volontaire. Comme le souligne Agnès de Lamarzelle « l’Esprit saint agit avec discrétion. Pour l’entendre, il faut se mettre entièrement à son écoute. »

Dieu agit quand Il le veut, comme Il le veut, par l’intermédiaire de qui Il veut. Il fait de nous ses instruments. Il est essentiel de cultiver la simplicité et l’humilité. C’est d’ailleurs une des dimensions de la demande de l’effusion de l’Esprit : « Nous nous offrons au Seigneur pour qu’Il agisse à travers nous comme Il le désire », conclut ainsi Xavier Accart.

Marzena Devoud