26. juin, 2022

Comment être prêtre, prophète et roi dans la vie de tous les jours ?

C’est dans les actes de la vie quotidienne que les chrétiens révèlent leur dignité de prêtres, prophètes et rois. Le terrain d’exercice de ces trois missions données au baptême, ne se réduit pas à la sphère religieuse.

Par son baptême, le chrétien devient prêtre, prophète et roi. Comment se traduisent ces trois qualités dans l’existence de tous les jours ? Par quels actes concrets le disciple de Jésus agit-il en vertu de ses trois mandats que lui confère la consécration baptismale ? Examinons cela point par point.

Prêtre comme un ami
Le prêtre est celui qui offre un sacrifice à Dieu, à la fois pour honorer Sa gloire, Le remercier et se Le rendre favorable. Dans la vie concrète, cet office se traduit pour le chrétien par la conscience que ce qu’il entreprend, que ce soit au niveau professionnel, familial, éducatif ou caritatif, il le fait pour la gloire de Dieu. Tous les gestes qu’il pose, en tant que prêtre, sont offerts à Dieu. Finalement, c’est toute son existence qui est référée au Créateur. Cette offrande spirituelle change complètement la signification de sa vie qui devient dès lors une existence quasi-liturgique.

"Depuis que le Verbe s’est fait chair, nos agissements sont comme une continuation de l’Incarnation de la Parole divine — à condition que nous agissions conformément à la charité."

Au fond, en qualité de prêtre, le chrétien vit avec Dieu comme un ami vit avec un ami en cheminant avec Lui tout au long des jours. L’offrande de son existence ordinaire consolide sa communion avec Dieu, réalisant de la sorte la finalité que saint Augustin assigne au sacrifice : renforcer la communion avec le destinataire de notre don. De surcroît, se sanctifier par des actes concrets revient à sanctifier le monde et sanctifier le monde, c’est l’élever jusqu’à Dieu et le lui présenter en sacrifice d’agréable odeur.

Prophète, en parole et en actes
Le prophète n’est pas celui qui prédit l’avenir, mais celui qui annonce la Parole de Dieu. Or, cette Parole peut être proclamée à la fois par des paroles mais aussi par des actes. Depuis que le Verbe s’est fait chair, nos agissements sont comme une continuation de l’Incarnation de la Parole divine — à condition que nous agissions conformément à la charité. C’est ainsi que le chrétien peut être prophète dans son travail sans ouvrir une seule fois la bouche à cause de contraintes professionnelles !

"Il n’existe pas de coupure, chez le chrétien, entre élan religieux et vie de tous les jours."

Tous les actes de Jésus consignés dans les Evangiles étaient révélations du Père et du Royaume. Pareillement, le comportement de son disciple annonce la bonne nouvelle du Christ lorsqu’il se met au service de ses frères ou de la collectivité, en laissant deviner que ce n’est plus lui qui vit mais que c’est le Christ qui vit en lui. À ce titre, il est prophète de l’Évangile. Ce qui ne doit pas le dispenser d’annoncer explicitement Jésus quand on lui demande quel est le moteur de son existence !

Roi, comme un serviteur
Le chrétien devient roi dans sa vie quotidienne lorsqu’il prend conscience que ce dont il dispose : intelligence, corps, biens personnels, famille, profession, enfants, talents, réseaux de relations, sont des dons de Dieu dont il doit se faire le bon intendant. Dieu a établi l’homme maître de certains biens ou responsables de certaines personnes. Or, la royauté du chrétien s’exerce ici sur le mode du service. En effet, en régime chrétien, régner, c’est servir. C’est ainsi que le titre de roi concerne tous les actes concrets de service que le disciple de Jésus est appelé à poser chaque jour.

Les trois titres de prêtre, prophète et roi, loin de ne concerner que la sphère des pratiques religieuses et dévotionnelles de nos existences, se déploient au contraire dans les situations les plus banales de nos journées. Aucune qualité n’est requise pour exercer ces trois privilèges que nous confère notre baptême. Dès lors, il n’existe pas de coupure, chez le chrétien, entre élan religieux et vie de tous les jours.

Jean-Michel Castaing