2. sept., 2021

LA QUÊTE DU BONHEUR

Il était une fois deux petits garçons qui étaient nés le même jour. A leur sortie de la maternité, l’un était rentré chez ses parents, dans une belle maison très confortable, l’autre avait été confié à une famille d’accueil, sa maman n’étant pas en mesure de l’élever.

Le premier enfant, entouré de sa famille, était de santé fragile et passait la majeure partie de son temps à l’hôpital où son état se dégradait de plus en plus au point qu’il devint tétraplégique. Malgré son handicap, il avait toujours le sourire, ne cessant de s’émerveiller devant toutes les belles choses qui l’entouraient.

Le second, en bonne santé, passait son temps à dessiner. C’était une façon pour lui d’exprimer son mal être. Son thème de prédilection était la mer et les bateaux car il rêvait de voyages, au bout desquels il espérait trouver le bonheur. Il pensait qu’il était né sous une mauvaise étoile puisque sa mère l’avait abandonné et se disait qu’il n’aurait jamais droit au bonheur. Passant la plupart du temps à se lamenter sur tout ce qui lui manquait, il devenait de plus en plus aigri et triste !

Alors que les deux jeunes garçons avaient une dizaine d’années, quelques jours avant Noël, l’école où allait régulièrement le garçon en bonne santé, demanda à ses élèves de dessiner pour les enfants malades dans les hôpitaux. Celui-ci fit un magnifique dessin comme il en avait l’habitude et ajouta, comme on le lui avait demandé, son nom et sa date de naissance. Le hasard fit que son dessin fut adressé à son « jumeau » qui s’émerveilla devant le talent de l’artiste, s’estimant heureux d’avoir des yeux pour voir tant de belles choses ! Il se mit à rêver, lui aussi, de voyages et de bateaux.

Les années passèrent, les jeunes garçons devinrent adultes, l’un passant son temps à visiter des expositions de peinture quand il n’était pas à l’hôpital, l’autre, regrettant de faire un métier qu’il n’avait pas choisi et se lamentant sur son sort. Cependant, il n’avait pas perdu son habitude de dessiner et de peindre en amateur, exposant même ses œuvres de temps en temps comme ce fut le cas, cette année-là, quelques jours avant Noël.

Le jeune homme handicapé, à l’affût de toutes les expositions de peinture se fit une joie de se rendre à celle-ci, d’autant qu’il avait reconnu sur l’affiche, le nom du dessinateur de ce premier dessin qu’il avait toujours gardé précieusement et c’était pour lui l’occasion de mettre enfin un visage sur le nom de cet artiste né le même jour que lui.

En entrant dans la galerie d’art, il fut saisi de voir tous ces tableaux représentant tout ce qui le faisait rêver depuis si longtemps, à croire que l’un et l’autre avait le même rêve, la même quête du bonheur.

Il demanda à faire la connaissance de celui qu’il considérait comme son double et lui montra le dessin qu’il avait toujours gardé. L’artiste se sentait doublement gêné par cette rencontre, d’abord parce qu’il n’était pas très fier de ce premier dessin qui pour lui ne valait pas grand-chose, ensuite parce qu’il ne supportait pas de voir ce jeune homme du même âge que lui, dans cet état et lorsque celui-ci lui demanda une faveur, il faillit prendre la fuite en courant. Cependant, il se souvint que Noël était dans quelques jours et décida d’accéder à sa requête qui était de le voir peindre dans son atelier.

Le dessinateur, conduisit donc le jeune homme à son domicile mais il n’avait pas réalisé qu’il lui faudrait le porter jusqu’à l’étage. Il fit donc un effort presque surnaturel pour vaincre sa peur du handicap et le prit dans ses bras. Il fut d’abord surpris par la légèreté et la fragilité de ce corps malade, puis soudain il se sentit fort, il eut envie de lui communiquer cette force physique en l’installant confortablement, puis, devant le sourire et le regard rayonnant du jeune homme, il se sentit envahi d’un sentiment jusque là inconnu. Il commença alors à faire son portrait en dessinant un visage souriant, entouré d’une auréole de lumière qui recouvrait ses membres atrophiés. Lorsqu’il eut terminé son œuvre, leurs regards se rejoignirent sur la toile, les transportant l’un et l’autre au bout de leur rêve. L’un n’avait plus rien à envier à l’autre, ils étaient complémentaires et c’est ensemble qu’ils étaient arrivés au bout de leur quête du bonheur !

Françoise