Aujourd'hui l'Actu

4. oct., 2022

Sortant du cadre habituel de la méditation spirituelle habituellement prononcée avant l’Angélus dominical, le pape François a lancé un appel s’adressant directement au président russe Vladimir Poutine et au président ukrainien Volodymyr Zelensky.

Le pape François s’est alarmé dimanche du risque d’affrontement nucléaire en Europe, deux jours après l’annexion officielle de quatre régions ukrainiennes par la Fédération de Russie. « L’évolution de la guerre en Ukraine est devenue si grave, si dévastatrice et si menaçante qu’elle suscite une grande inquiétude », a martelé François lors d’une prise de parole au format inhabituel, avant la prière de l’Angélus dominical. « Cette terrible et inconcevable blessure de l’humanité, au lieu de se cicatriser, continue de saigner de plus en plus, risquant de s’étendre », a-t-il ajouté.

Souvent critiqué pour avoir évité de mentionner directement la responsabilité de la Russie, le pape s’est cette fois-ci directement adressé à Vladimir Poutine : « Mon appel s’adresse avant tout au président de la Fédération de Russie, le suppliant d’arrêter, également par amour pour son peuple, cette spirale de violence et de mort », a-t-il lancé. Après avoir reçu le 1er octobre une proche conseillère du président ukrainien, le pontife s’est aussi adressé à Voldymyr Zelensky : « Profondément attristé par l’immense souffrance du peuple ukrainien suite à l’agression qu’il a subie, je lance un appel tout aussi confiant au président de l’Ukraine à être ouvert à des propositions sérieuses de paix ».

« Affligé par les rivières de sang et de larmes »
Le pape s’est dit « profondément affligé par les rivières de sang et de larmes versées ces derniers mois. Je suis attristé par les milliers de victimes, en particulier chez les enfants, et par les nombreuses destructions, qui ont laissé un grand nombre de personnes et de familles sans abri et menacent de vastes territoires de faim et de froid », s’est-il attristé, à l’approche d’un hiver qui s’annonce particulièrement éprouvant pour la population ukrainienne, confrontée à de graves pénuries.

« Certaines actions ne peuvent jamais être justifiées ! Il est angoissant que le monde apprenne la géographie de l’Ukraine à travers des noms comme Boutcha, Irpin, Marioupol, Izioum, Zaporijia et d’autres localités, qui sont devenus des lieux de souffrance et de peur indescriptibles », s’est insurgé François. Le cardinal Konrad Krajewski, préfet du nouveau dicastère pour le Service de la charité, s’est rendu à plusieurs reprises en Ukraine et a directement témoigné au pape des atrocités vécues par la population. Il s’est notamment recueilli devant des charniers à Boutcha, en avril dernier, et à Izioum, en septembre.

L’absurdité de la menace atomique
Le pape a par ailleurs dénoncé comme « absurde » le fait que l’humanité soit de nouveau « confrontée à la menace atomique ». « Au nom de Dieu et au nom du sens d’humanité qui habite chaque cœur, je renouvelle mon appel à un cessez-le-feu immédiat. Que les armes se taisent et que l’on recherche les conditions pour ouvrir des négociations en mesure de mener à des solutions non pas imposées par la force, mais concertées, justes et stables », a exhorté le pape François.

Le pontife a appelé à un dialogue fondé « sur le respect de la valeur sacro-sainte de la vie humaine, ainsi que sur la souveraineté et l’intégrité territoriale de chaque pays ». Il a également mentionné le respect des « droits des minorités ». « Je regrette profondément la grave situation qui s’est créée ces derniers jours, avec de nouvelles actions contraires aux principes du droit international », a déclaré le pape, 48 heures après l’annexion de quatre régions ukrainiennes par la Russie. « Elle augmente le risque d’escalade nucléaire, au point de faire craindre des conséquences incontrôlables et catastrophiques au niveau mondial », a déclaré le pape François.

« À tous les protagonistes de la vie internationale et aux responsables politiques des nations, je demande avec insistance de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour mettre fin à la guerre en cours, sans se laisser entraîner dans de dangereuses escalades, et pour promouvoir et soutenir des initiatives de dialogue », a demandé le pontife argentin. Avant de prier l’intercession de la Vierge Marie, l’évêque de Rome a appelé les diplomates à la créativité. « Après sept mois d’hostilités, il faut recourir à tous les moyens diplomatiques, même ceux qui n’ont éventuellement pas été utilisés jusqu’à présent, pour mettre un terme à cette terrible tragédie », a-t-il exhorté.

Une nouvelle étape dans la guerre
Le 29 septembre, le président russe Vladimir Poutine a annoncé officiellement, lors d’une cérémonie organisée au Kremlin, le rattachement des régions de Louhansk, Donetsk, Kherson et Zaporijia à la Fédération de Russie, après des référendums locaux organisés sous la pression des armes, comme ce fut le cas pour la Crimée en 2014. Parlant d’un combat « pour la grande Russie historique », il a assuré vouloir défendre la souveraineté russe sur ces régions « par tous les moyens ».

Son discours laisse craindre l’utilisation de l’arme nucléaire en réponse à la contre-offensive de l’armée ukrainienne, qui a obtenu d’importants succès ces dernières semaines. En réponse aux annonces de Moscou, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a formalisé, le même jour, une demande d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Depuis le début de l’offensive russe sur l’Ukraine, le 24 février dernier, le pape François a multiplié les appels à la paix, effectuant plus de 80 interventions sur le sujet. Il a néanmoins été fortement critiqué pour avoir généralement évité de mentionner directement la responsabilité de la Russie.

I.Media -

29. sept., 2022

Après s'être éloigné un certain temps du grand écran, l’humoriste et acteur Gad Elmaleh revient au cinéma le 16 novembre avec un film très personnel, "Reste un peu". Une comédie aux élans autobiographiques fondée sur sa propre vie et son cheminement spirituel. On rit, bien sûr, mais on s’interroge aussi. Et ça fait toute la différence.

L’insaisissable Gad Elmaleh a-t-il enfin accepté de lever le voile sur sa foi ? Oui, mais à sa manière et selon ses conditions, à savoir une comédie aux élans autobiographiques, en salles le 16 novembre. « Reste un peu » est son deuxième film en tant que réalisateur après Coco (2008). On le voit débarquer soudainement en France chez ses parents – qui jouent leurs propres rôles – après trois années aux États-Unis. Branle-bas de combat chez ces derniers qui lui réservent un accueil digne du fils prodigue. Bien que tout à sa joie de les revoir, c’est pourtant pour une tout autre raison que Gad est revenu : son baptême.

Un sacrement dont il n’a pas osé parler à sa famille, juive séfarade, qui vivrait ça comme un échec, un coup porté à leur histoire et une profonde déception. Ce flou volontairement entretenu – parce que vécu – donne lieu à de savoureux quiproquos comme cette scène où Gad, logé chez ses parents, regarde le soir dans son lit une procession mariale… et ferme brutalement l’écran de son ordinateur en entendant sa mère rentrer dans sa chambre. Et cette dernière de lui rappeler qu’il est grand et qu’il fait bien ce qu’il veut. Mais elle ne va pourtant pas tarder à découvrir la vraie raison du retour de son fils en rangeant ses affaires et en découvrant, dans sa valise, une statue de la Vierge Marie.

À ces scènes humoristiques en succèdent d’autres, où l’on découvre son parcours de catéchumène à la paroisse Sainte-Cécile de Boulogne, les discussions qu’il a pu avoir avec l’une de ses accompagnatrices, une religieuse de la communauté des Béatitudes, ainsi que le père Barthélémy, curé de Sainte-Cécile, qui joue d’ailleurs son « vrai » rôle dans le film. Il y a aussi cette touchante rencontre avec une jeune étudiante prénommée Agnès qui l’aborde afin de le remercier pour le bonheur qu’il procure aux gens et l’assurer de sa prière.

Mais le plus dur demeure ce tiraillement, du début à la fin du film, chez Gad Elmaleh, entre la foi juive de son héritage familial et sa mystérieuse attirance pour la Vierge Marie depuis son plus jeune âge lorsqu’il a franchi, malgré l’interdiction de ses parents, les portes de l’église de Casablanca où il a grandi, et qu’il est tombé nez à nez avec une statue de la mère de Jésus. Une scène que décrit très bien sa sœur, qui joue également son propre rôle dans le film.

Alors, quelle est la part de vérité et de fiction ? Gad Elmaleh finit-il par se faire baptiser ? Ses parents l’accepteront-ils ? Depuis quelques années déjà, l’humoriste envoie de discrets signaux en se rendant au sanctuaire de Paray-le-Monial, en rencontrant le cardinal Sarah ou encore, plus récemment, en suivant des cours de théologie au collège des Bernardins. Alors, converti et baptisé, Gad ?

Ce ne sont, finalement, peut-être pas là les « bonnes » questions. « Reste un peu », ces mots prononcés dès le début du film par les parents de Gad Elmaleh, retrace un itinéraire tout personnel, celui de l’humoriste, qui ne manque pas, par définition, d’humour. Mais qui cache plus encore une certaine profondeur quant aux questionnements qui habitent celles et ceux qui cheminent. Pour les croyants, la fin du film est aussi une invitation à poursuivre ce chemin de la foi, qu’il s’agisse pour certains d’un retour aux fondamentaux et, pour d’autres, d’une nécessaire mise en mouvement.

Agnès Pinard Legry 

26. sept., 2022

Dans l’Église, regrette le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille, beaucoup est fait pour les pauvres, mais peu avec eux. Et si le facteur d’unité de la société, quand chacun se replie sur ses peurs ou ses illusions, venait de ceux que l’on ne remarque plus ?

En ouvrant les portes de l’église en ce petit matin humide, je salue les quatre compagnons d’infortune qui s’abritent pour la nuit sous les porches protecteurs. Chaque fois l’échange est le même : ils ont bien dormi et ils vont bien ! Et il se termine, ce dialogue banal, par un « Bon courage ! » qui me laisse pantois. Au point que je le leur retourne aussitôt ! Bon courage : en les regardant s’éveiller et se tirer de leurs duvets, je les trouve sacrément philanthropes de m’adresser ces deux mots… Ils s’installent sur un banc public, face au clocher et partagent leurs cigarettes et du café. Ils ne sont pas piqués par le petit froid matinal. Ils ne sont pas incommodés par les vêtements qui collent. En tout cas, ils n’en disent mot. Et pourtant ils parlent, ils parlent ensemble, comme s’ils reprenaient une conversation que seul le sommeil interrompt. Des mots, des silences, des taffes, des regards qui se perdent un peu mais se rejoignent quand même… Tout autour d’eux, on s’active comme dans toutes les villes du monde lorsque sonne l’heure du travail et de la reprise. Ils restent sur le banc. Je pense que, d’une manière qui m’échappe et que je comprends aussi, ils nous souhaitent bon courage avec une vraie sincérité…

Chacun se réfugie dans son univers
Le soir, deux femmes viennent partager un projet : et si on donnait la parole à ceux qui ne l’ont pas ? Inviter des « précaires », des pauvres, à réfléchir ensemble sur l’Église, la foi, la société, et leur donner de partager le fruit de leurs réflexions à l’échelle d’un diocèse, d’une paroisse, d’un pays… Finalement, dans l’Église, beaucoup est fait pour les pauvres. Mais avec eux ? Faire la charité est un signe de bonne humanité. Mais l’Évangile ne nous appelle-t-il pas à beaucoup plus ? À « être avec » et pas seulement « être pour »? En fait, le facteur d’unité dans un monde aussi divisé, segmenté, éclaté, ne serait-il pas le plus petit, le pauvre, l’humble ? Nous nous aveuglons peut-être à penser qu’un peuple se rassemble en ses chefs. L’illusion peut nous tromper : la peur, la lassitude peuvent simuler le consentement. Mais la force et la malice corrompent le cœur du chef et, finalement, provoquent le néant. Chacun se réfugie alors encore plus dans son univers propre, inquiet et soucieux de ne pas y être importuné.

"Notre société est devenue hautement sensible, hautement réactive sur le plan individuel. Mais qu’en est-il de nos comportements collectifs" ?

Un exemple ? Un message posté sur les réseaux, relayé des centaines de milliers de fois et concernant l’université de Lille suscite une vague d’émotion et de colères de nombreux étudiants. La raison ? Il y est écrit que les cours, cet hiver, seront délivrés en « distanciel » pour cause de l’envolée du prix des énergies et donc du chauffage. Les communiqués laconiques de l’administration pour expliquer qu’une telle annonce n’a jamais été faite n’y changent rien : la rumeur continue de courir, provoquant colères et indignations. Il y a quelques années déjà un responsable politique confiait : « Désormais les préavis de grève sont déposés non plus contre un projet de loi, mais contre le simple fait qu’on puisse penser à une éventualité de loi, et qu’on en parle dans le cadre de discussions informelles. »

Le salut avec ceux qui ne comptent pas
Notre société est devenue hautement sensible, hautement réactive sur le plan individuel : chacun défend son pré carré. Mais qu’en est-il de nos comportements collectifs ? Nous nous indignons, nous énervons, devant nos écrans. Mais nous sommes seuls. Avec une exaspération qui progresse à mesure que se dévoile à nos yeux et nos consciences notre impuissance.

En fait, nous sommes comme des brebis égarées, inquiètes de la pâture quotidienne. Et voici qu’au milieu de nos va-et-vient il y a ces hommes qui ne passent pas, assis sur leurs bancs et qui nous souhaitent « bon courage ». Et si le salut de tous venait de ceux que l’on ne remarque plus ? De ceux qui ne comptent pas ? Mais qui pourtant sont placés en plein cœur de nos places et de nos turpitudes. Non qu’ils soient particulièrement vertueux ou exemplaires de quelque manière. Mais parce que, dans leur mode de vie, ils ne renoncent pas à être des humains, à se réjouir du matin qui pointe, de la cigarette partagée et de la chaleur que procure le compagnonnage parfois houleux qu’apportent ceux qui marchent avec nous, sans forcément que nous les ayons choisis, sur le chemin de la vie. Parce qu’ils illustrent pour le croyant que ceux qui jouent à être des héros se retrouvent vite tartuffes et que le monde n’est pas sauvé par un chef de guerre mais par un maître qui se fait serviteur et qui épouse joyeusement ce que nous avons de plus pauvre pour en faire le signe qui annonce l’Éternité.

Benoist de Sinety 

21. sept., 2022

Les incohérences de ce monde et leurs stupidités ne manquent pas, elles nous font souffrir aussi. Comment les affronter ? Le père Pierre Vivarès, curé de la paroisse Saint-Paul à Paris, nous donne l’exemple de Padre Pio qui a porté dans sa chair les violences du monde et les souffrances du Christ.

Ici, une députée s’étonne, entre mépris et ignorance, de recevoir une invitation pour la messe annuelle des parlementaires. Mais elle se permet dans la même phrase, comme parlementaire, de dire à l’Église ce qu’elle doit faire ou ne pas faire. S’il n’y avait pas de séparation, elle serait convoquée à cette célébration. L’Église n’a pas à être jugée par une parlementaire sur la manière d’user de son temps. C’est cela, la séparation des Églises et de l’État : des invitations bienveillantes et non des injonctions méprisantes.

Là, un député twitte qu’il a giflé sa femme et se met en retrait de ses fonctions au sein de son mouvement. Mais attention : il rédige son tweet en langage inclusif, pour bien montrer qu’il refuse toute forme de sexisme et de discrimination. Les mots ne guériront pas les gestes et ne les préviendront pas sans que chacun prenne des décisions spirituelles radicales.

La paresse et la mort
Alors que la terre entière salue le travail d’une femme pour sa patrie mené jusque bien après l’âge légal de la retraite, même en Angleterre, une députée, une autre, revendique un droit à la paresse pour les salariés, droit à la paresse qui est ici bien mal nommé : il s’agit d’un droit à être le pique-assiette de la société, financé par le labeur des autres et en particulier de ceux qui n’ont pas les moyens d’être paresseux. Le travail est une valeur de droite, à condamner donc. J’en déduis que la paresse est une valeur de gauche. S’il faut protéger les aides nécessaires sans tenir de discours discriminants pour ceux qui en ont vraiment besoin, l’on obtient l’effet inverse avec ce genre de sortie ridicule.

Le pouvoir, en manque de réformes faciles à faire passer, lance l’idée de l’euthanasie afin de permettre le suicide pour tous. Après le mariage pour tous, les enfants pour toutes sans s’encombrer des mâles, nous avons maintenant la mort pour tous, et cela bien que tous les départements français n’aient pas encore d’unités de soins palliatifs, malgré une loi promulguée. Au cours de ces mêmes jours, on se refuse d’acheter du gaz aux Russes qui font une sale guerre et torturent allégrement ; en revanche, on négocie tranquillement le gaz en provenance d’Azerbaïdjan malgré les images documentées de torture des soldats arméniens, Arménie qu’on laisse mourir depuis trois ans dans l’indifférence générale, comme le Yémen.

Affronter ce qui va mal
Du côté de l’Église, les évêques allemands ont mal voté. Ils ont bloqué un texte lors d’un vote à l’Assemblée synodale qui nécessitait l’accord des deux tiers des évêques. Qu’à cela ne tienne ! On revote le lendemain, cette fois-ci à main levée, afin de voir qui sont les irréductibles conservateurs dans l’Assemblée pour mieux les jeter à la vindicte médiatique. Cette fois-ci le texte passe, la violence de la méthode le disputant à la liberté de ces évêques.

"Le 23 septembre, nous célébrerons la fête de saint Padre Pio de Pietrelcina. Une vie de persécution et de souffrance, de la part de l’Église et du démon, une vie cachée dans un petit village des Pouilles, parfois enfermé dans sa cellule, et qui a cependant attiré des millions de personnes".

Chaque jour, quelles que soient nos positions et avis sur la société et sur l’Église, nous pourrons nous énerver et souffrir de ce que nous voyons. Notre monde va mal, à tous les niveaux et je doute que cela s’améliore prochainement, entre crise économique et crise climatique, entre tensions dans l’Église et tensions internationales. Il existe cependant une manière chrétienne d’affronter ce qui va mal et nous fait ou nous fera souffrir. Le 23 septembre, nous célébrerons la fête de saint Padre Pio de Pietrelcina. Une vie de persécution et de souffrance, de la part de l’Église et du démon, une vie cachée dans un petit village des Pouilles, parfois enfermé dans sa cellule, et qui a cependant attiré des millions de personnes. Il a porté dans sa chair quelque chose des souffrances du Christ. Il a porté dans sa vie quelque chose des violences et des incohérences de notre monde pendant les guerres mondiales et le fascisme italien, de l’Église aussi, comme institution qui l’a persécuté.

Souffrir avec qui ?
Nous pourrons toujours nous lamenter sur les incohérences de ce monde (et les nôtres aussi). Nous pourrons toujours dénoncer l’injustice et la violence, le mensonge et le mépris. Nous pourrons toujours souffrir en voyant ce qui ne va pas et la souffrance de ce monde. Mais est-ce que je souffre pour moi ou est-ce que je souffre avec le Christ ? Nous avons voulu bannir la souffrance de nos vies et nous avons certainement raison. D’ailleurs, une des œuvres du Padre Pio était la construction d’un hôpital donc le nom était « la Maison pour le soulagement de la souffrance ». La souffrance en soi n’a pas de valeur et le dolorisme n’a pas sa place dans la spiritualité chrétienne. Cependant, penser qu’on ne souffrira jamais est une dangereuse illusion. La question est de savoir comment souffrir, dans son âme ou dans son corps. La foi a une réponse que le monde n’a pas et Jésus Christ est la réponse.

Dans ce monde qui va trop vite, qui parle trop vite souvent pour ne rien dire, qui méprise trop vite pour tenir ses positions dogmatiques, qui use d’une violence froide, Padre Pio nous rappelle d’aller nous agenouiller souvent au pied de la Croix pour partager quelque chose du salut avec le Christ. « J’achève dans ma chair ce qui manque aux souffrances du Christ pour son corps qui est l’Église. » (Col 1, 24).

Pierre Vivarès

19. sept., 2022

Quand l’État soutient ouvertement le combat pour l’euthanasie, quel signe donne-t-il aux Français ? La priorité, demande le père Benoist de Sinety, curé de la paroisse Saint-Eubert de Lille, n’est-ce pas plutôt d’orienter ses forces vers les soins palliatifs plutôt que vers la mort donnée 

Une remise de grand-croix, un soir donné, sous les dorures de l’Élysée… rien de très original qu’un tel tableau. Depuis toujours les présidents comme avant eux les rois ou les empereurs, aiment à rassembler en leurs palais et à prendre dans leurs bras de bons citoyens pour leur dire la reconnaissance de la Nation. C’est l’occasion de discours, de compliments échangés, de bousculades empressées ou chacun cherche à serrer la main du chef de l’État et à complimenter l’heureux récipiendaire. De ces mots prononcés, l’Histoire n’en retient rien car il ne s’agit somme toute que de paroles privées cherchant à mettre en valeur la carrière ou la vie de tel ou tel, rappeler telle anecdote amusante ou héroïque, souligner les vertus et les qualités…

Mais voilà que soudain, par un concours de circonstances que l’on s’explique mal, la remise d’une décoration à une artiste vétéran, autrefois danseuse de revue et chanteuse populaire, puis amie des présidents, connue pour ses engagements et défenseuse infatigable de bien des nobles causes, cette remise de décoration donc, devient un moment de promulgation d’une nouvelle ordonnance. « Votre combat nous oblige » : de quel combat s’agit-il ? l’euthanasie.

Violence du procédé
On ne peut qu’être surpris devant la violence du procédé et sa légèreté en même temps. Si le combat avait porté sur l’aménagement des berges d’une rivière de l’arrière-pays berrichon, ou sur une cause plus noble comme l’amélioration de l’accueil par exemple des familles d’enfants malades dans les hôpitaux, ce serment présidentiel aurait été de bon augure. Mais sur un sujet aussi majeur, et qui nous concerne tous directement, mortels que nous sommes, il est un peu affligeant d’entendre ces mots-là, dit ainsi, entre deux coupes de champagne et des selfies.

On peut juger de la valeur d’un combat sans pour autant y adhérer au nom de tous. On ne peut mélanger ainsi les paroles d’une cérémonie privée avec une déclaration de politique générale. À trop vouloir séduire, on finit par dire même parfois le contraire de ce que l’on pense, si l’on en croit les protestations réitérées maintes fois, affirmant qu’une telle loi ne serait pas mise sur le tapis avant des concertations et des réflexions nombreuses et ouvertes.

"La question posée par l’euthanasie ne peut être réglée ni d’un revers de manche ni d’un baiser amical : on ne peut en sortir ni par l’invective ni par la sensiblerie."

La question posée par l’euthanasie ne peut être réglée ni d’un revers de manche ni d’un baiser amical : on ne peut en sortir ni par l’invective ni par la sensiblerie. Elle a pour corolaire la question de ce que l’on veut proposer comme chemin à une société. Depuis plusieurs années, l’État se présente et œuvre volontiers pour préserver notre pouvoir d’achat, notre niveau de vie, notre capacité à rouler en voiture et à nous chauffer cet hiver. Qui s’en plaindrait ?

Même les chipoteurs trouvent plus agréable de faire le plein avec un litre à 1,50 euros qu’à 2,10 euros. Même les moins enthousiastes seront heureux de pouvoir mettre le chauffage cet hiver sans risquer la banqueroute. Mais alors, pourquoi ne pas continuer dans ce sens : pourquoi l’État ne pourrait-il pas être celui qui défend nos vies ? Non pas simplement contre un virus ou un ennemi extérieur mais en cherchant à développer un type de médecine et d’accompagnement vers la fin de vie qui s’oriente davantage vers les soins palliatifs que vers la mort donnée.

Afin que la douleur ne soit pas une fatalité
Certes il est infiniment plus coûteux de garantir à tous les citoyens qu’il pourra bénéficier de soins palliatifs le moment venu, plutôt que de l’autoriser à se tuer ou à se faire tuer. Mais comment se fait-il qu’il soit impossible de trouver de l’argent pour cela alors qu’on en trouve depuis deux ans pour tout ce qui semble important ? Je sais bien qu’un certain nombre de nos contemporains, et je ne prétends pas faire exception, tremblent lorsqu’ils envisagent la mort dans la souffrance. Qui peut affirmer ici qu’il n’en n’a pas peur ? Mais précisément, c’est bien pour cela qu’il faut soutenir la science et la recherche, et développer les services adéquats afin de rendre ces derniers instants aptes à devenir un temps ou les dernières paroles échangées, les derniers gestes puissent se vivre dans la paix et la tendresse.

Que certains choisissent de recourir à l’euthanasie (ou quel que soit le nom élégant qu’on veuille lui donner) reste leur affaire. Qui suis-je pour les juger ? Il y a des souffrances et des solitudes qui peuvent être insupportables, même pour les plus vaillants. Mais, de grâce, qu’ils ne prétendent pas imposer à tous ce qu’ils ne peuvent vivre eux-mêmes. Qu’ils se battent pour qu’un autre sort attendent ceux qui, après eux, connaîtront ces angoisses qu’ils traversent aujourd’hui. Afin que leur douleur ne soit pas une fatalité pour les générations à venir. Et que l’État ne devienne pas le réceptacle ému des souffrances les plus médiatiques en cherchant à chaque fois à y répondre dans une déclaration immature. Mais qu’il se préoccupe du Bien commun, qui justifie son existence, en cherchant d’abord à soulager ceux qui souffrent non en leur ôtant la vie mais en œuvrant, quoi qu’il en coûte, pour en alléger les douleurs.

Benoist de Sinety