Aujourd'hui l'Actu

14. avr., 2021

Pam et Gary Willis, couple américain vivant en Californie, se préparaient à commencer une nouvelle vie tranquille, au moment où le plus jeune de leurs cinq enfants, désormais adultes, quittait le nid familial. Mais leurs plans ont été bousculés lorsque Pam a appris en 2019 via les réseaux sociaux l’histoire déchirante d’une fratrie de sept frères et sœurs orphelins : le plus grand étant âgé de 12 ans et le plus jeune seulement d’un an, tous à la recherche d’une famille d’accueil. « Je ne peux pas l’expliquer – j’ai tout de suite senti que j’étais appelée à devenir leur nouvelle maman », a confié Pam au magazine Today Parents.

Bouleversée, Pam envoie dans la foulée toute l’histoire de ces orphelins à Gary, son mari. Plus tard dans la soirée, elle lui demande s’il a eu le temps de la lire. Gary, un ancien militaire de la Marine, lui répond simplement : « Nous devons les adopter ». Pour le couple, la décision est évidente : toutes les chambres d’enfants de la maison sont vides, prêtes à accueillir de nouveaux occupants. Pam et Gary contactent les services d’adoption. Ils mettent tout de suite en avant le nouveau foyer et l’amour qui y attendent ces jeunes orphelins, marqués visiblement par une enfance difficile liée à la toxicomanie de leurs parents. « C’était ce que Dieu voulait que nous fassions », a déclaré Pam dans un post Instagram.

C’est trois ans plus tard que la famille s’agrandit avec Adelino, 15 ans, Ruby, 13 ans, Aleecia, 9 ans, Anthony, 8 ans, Aubriella, 7 ans, Leo, 5 ans et Xander, 4 ans. Malgré la pandémie du Covid-19, les Willis rassemblent tous les enfants en août 2020 pour célébrer l’arrivée de la nouvelle fratrie. Mathiew, 32 ans, Andrew, 30 ans, Alexa, 27 ans, Sophia, 23 ans et Sam, 20 ans, sont là pour accueillir leurs nouveaux frères et sœurs. Ensuite, pour pouvoir continuer à vivre des moments ensemble malgré la pandémie, ils se donnent rendez-vous sur Zoom notamment pour assister ensemble à la messe dominicale. 

Pour Pam et Gary, qui se connaissent depuis leur adolescence, la vie a emprunté un chemin inattendu mais joyeux. « Nos jeunes enfants nous ont donné une seconde chance d’être parents », a encore confié Pam sur son compte Instagram.

13. avr., 2021

Ce n’est pas facile de vivre à chaque instant en véritable enfant de Dieu. C’est pourquoi nous avons grand besoin que le Saint-Esprit mette en notre âme le don de force, qui nous attire à Dieu comme l’aimant attire la limaille de fer. Si nous pouvions être, simplement, cette petite limaille de fer comme les saints, tout deviendrait pour nous tellement plus simple !

Cette comparaison ne veut pas dire que la sainteté est un mouvement irrésistible dans lequel les saints seraient emportés malgré eux. Si l’aimant exerce toujours sa puissance d’attraction – autrement dit, si la force de Dieu ne fait jamais défaut – nous pouvons choisir d’être ou de ne pas être la petite limaille de fer. On n’est jamais saint – ni pécheur – malgré soi. Mais ce qu’indique l’exemple de l’aimant et de la limaille de fer, c’est que la force de Dieu est un dynamisme, un mouvement qui nous entraîne vers Celui pour qui nous sommes faits et qui, pour cette raison, nous fait surmonter les obstacles. Ce n’est pas « vaincre pour vaincre » (pour me dépasser ou prouver que je suis le meilleur) mais : « vaincre pour Dieu. »

Le don de force est toujours en nous

Il est important de rappeler aux enfants, régulièrement et de manière directe ou indirecte, que le don de force est en chacun de nous. Au paresseux qui ne sait pas comment il va trouver le courage d’être fidèle à sa résolution de sauter rapidement du lit chaque matin. Au dépressif qui baisse les bras devant le moindre obstacle. Au complexé qui ne cesse de répéter « qu’il est nul ». Au pusillanime qui passe de l’enthousiasme à l’abattement dans la même journée. Au fougueux qui se disperse en mille occupations qui le séduisent. Au volontaire qui serre les dents pour ne pas montrer ses peurs. A l’orgueilleux qui veut s’en sortir par lui-même. On pourrait continuer la liste : nous avons tous besoin du don de force. Et il nous est donné à tous. C’est pourquoi nous pouvons avoir confiance en nous : parce que ce « en nous » est habité par la force de Dieu.

Autre comparaison, pour aider les enfants à comprendre ce qu’est le don de force : je pars pour un voyage en voiture; je connais le but, j’ai des cartes pour m’indiquer la route à suivre, je suis bien décidé à partir; mais je n’arriverai jamais au terme de ma route si la voiture n’a pas un moteur en bon état. Le don de force, c’est ce moteur qui me permet d’avancer dans l’amour de Dieu. A moi d’entretenir ce moteur ou de le laisser rouiller dans un coin. Comme le don de conseil, le don de force « ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ».

Dieu nous donne la force quand nous en avons besoin

« Dieu qui fait les croix fait aussi les épaules et nul n’est plus expert en proportions » : Dieu nous donne la force qui nous est nécessaire quand et comme nous en avons besoin. C’est pourquoi nous n’avons pas à nous tourmenter à l’avance des éventuelles épreuves qui pourraient nous frapper, nous ou ceux que nous aimons, à commencer par nos enfants. Ce que Pascal exprime ainsi, dans le Mystère de Jésus : « C’est me tenter plus que t’éprouver, que de penser si tu ferais bien telle ou telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive ». Autrement dit : « Ne te tracasse pas à l’avance de ce qui pourrait t’arriver : quand ça arrivera, je serai avec toi. » Quand Jésus nous dit : « A chaque jour suffit sa peine » et quand nous demandons au Père « notre pain de ce jour », cela vaut aussi pour la force : nous n’avons pas besoin d’en avoir des réserves. Dieu sait ce qu’il nous faut à chaque instant. Il connaît mieux que nous la hauteur des obstacles sur notre route et le poids de la croix sur nos épaules.

Quand on explique ça à un enfant (et surtout à un adolescent) de tempérament inquiet, il répond parfois : « Si Dieu donne toujours sa force, pourquoi certains semblent-ils écrasés ? Pourquoi telle ou telle personne s’est-elle effondrée ? » Deux éléments de réponse : d’abord la force de Dieu n’agit pas automatiquement. Elle est un don, que le bénéficiaire peut refuser (par orgueil, par manque d’espérance). Ensuite, Dieu permet parfois que quelqu’un « craque » pour ouvrir son cœur, pour qu’il se découvre pauvre et petit.

Méfions-nous des apparences : celui qui nous semble faible est peut-être conduit par la force de Dieu, et vice-versa. N’oublions pas : Jésus, en qui le don de Force s’accomplit pleinement, est pourtant tombé sous le poids de la Croix. Il a eu soif. Et Il est mort. Comment pourrions-nous, alors, nous étonner de nos chutes et de nos échecs apparents ?

Christine Ponsard

12. avr., 2021

La vie est parfois rude. Elle peut même être si difficile que c’en est presque insoutenable. Partout dans le monde, des hommes et des femmes se lèvent le matin sans savoir où trouver le courage d’affronter la journée qui les attend, soit parce qu’ils souffrent de dépression, soit parce qu’ils doivent assumer un lourd handicap, une maladie grave, d’écrasantes difficultés matérielles, des conflits familiaux (sans parler des pays où des milliers de personnes subissent guerres, famines ou persécutions). Et même lorsqu’on n’est pas accablé de souffrance, chacun doit porter sa part de soucis, de déceptions et de chagrins. Nul n’y échappe.

Le malheur fait plus facilement recette que le bonheur. Les catastrophes sont à la une des journaux, tandis que des milliers de belles histoires passent inaperçues. Plus les nouvelles sont tristes, plus vite elles se répandent, avec force détails tragiques. On pourrait en donner de nombreux exemples, à commencer par les divorces qui alimentent bien davantage les conversations que les mariages heureux. Cela vient parfois d’un voyeurisme malsain qui semble se complaire dans le malheur d’autrui, mais aussi d’un juste désir de compatir à la souffrance des autres, de ne pas rester enfermé dans sa petite bulle égoïste. Quoi qu’il en soit, on risque de ne plus voir que les ombres de la vie, aux dépens de la lumière. Pourtant, même la journée la plus noire a sa frange d’or. Encore faut-il y être attentif.

Accueillir les joies de chaque jour, c’est faire preuve de réalisme

Trop souvent, nous passons à côté des joies qui nous sont offertes, soit parce qu’elles ne correspondent pas à ce que nous attendions, à ce que nous imaginions ; soit parce qu’elles nous semblent dérisoires ; soit, au contraire, parce qu’elles nous font peur, comme si elles étaient trop belles pour être vraies. Soit, enfin, parce que nous sommes empêtrés dans des regrets et des remords stériles ou rongés par l’inquiétude, ce qui nous empêche d’être attentifs à ce qui nous est offert ici et maintenant. Le Malin cherche toujours à nous détourner de la joie, parce qu’elle est un avant-goût du Royaume de Dieu.

La joie n’est pas le propre des optimistes, de ceux qui portent des lunettes roses pour embellir la grisaille du quotidien, des doux rêveurs qui évacuent de leur champ de vision ce qui va mal. Optimisme, pessimisme, là n’est pas la question. Accueillir les joies de chaque jour, c’est tout simplement faire preuve de réalisme. C’est voir la vie telle qu’elle est, discerner le bon grain au milieu de l’ivraie et la lumière qui brille au milieu des ténèbres. C’est, plus profondément, voir la vie dans sa dimension d’éternité. Ce n’est pas faire preuve d’optimisme, mais d’Espérance. Jésus a vaincu le mal : les joies sont les signes de cette victoire qui, déjà, nous est acquise.

Comment être attentifs aux joies qui nous sont offertes ?

 

Tout d’abord, il faut rendre grâce au Seigneur. Quand nous commençons à remercier Dieu – pas de manière vague, mais pour quelque chose de concret, de précis -, c’est comme si nous dévidions un écheveau de louange. Chaque merci en appelle un autre : merci pour le sourire de cet ami croisé dans la rue, pour le colis attendu depuis longtemps, le paysage paisible traversé en voiture, la gentillesse des voisins, le moment de paix goûté en passant par l’église, etc. Souvent, les petites joies en réveillent de plus grandes, de ces merveilles auxquelles nous sommes habitués et dont nous profitons comme des enfants gâtés : la vie qui nous a été donnée, notre corps avec ses possibilités extraordinaires, notre intelligence et tous nos dons, le baptême, la grâce de Dieu… et Dieu Lui-même.

La joie s’accueille avec un cœur d’enfant. Elle fait partie de ces trésors « cachés aux sages et aux savants et révélés aux tout-petits » (Mt 11, 25). Les petits, ces pauvres de cœur dont parle Jésus, ne méprisent pas les petites joies, ni celles qui ne correspondent pas à leurs projets. Comme ils savent que, de toute façon, ils ne méritent rien, ils ne s’étonnent ni ne s’effraient d’être comblés de joie. Ils font confiance, tout simplement, et ne gâchent pas les joies d’aujourd’hui avec les regrets d’hier et les soucis de demain. Plus encore, ils se réjouissent des joies d’autrui, sans l’ombre d’une jalousie. Heureux sont-ils, ces pauvres de cour, car la joie du Royaume est à eux. Dès maintenant.

Christine Ponsard

6. avr., 2021

Son aînée l’a prévenue à 18 ans, en lui rendant sa Bible : « Maman, je n’ai plus besoin de tout ça, c’est terminé ». Quelques années plus tard, sa cadette a radicalement coupé les ponts avec l’Église et ses amies guides, sans donner aucune raison. « Un coup de poignard, résume cette maman blonde de 56 ans. Et je dois vivre avec. » « Qu’avons-nous mal fait ? », s’inquiètent les parents dont les enfants élevés dans la foi prennent leurs distances avec une pratique qui les « saoule ». Comment croire que Dieu ne représente plus rien à leurs yeux, quand il est tout pour eux ? La culpabilité et les larmes ne les épargnent pas, comme le confie Louise, 82 ans, d’une voix tremblante : « J’ai le cœur brisé. Mes quatre fils ont cessé de pratiquer. Mes petits-enfants n’entendent jamais parler de Dieu. »

Par ailleurs, les enfants qui ont rejeté le Seigneur empruntent des chemins de traverse qui inquiètent leurs parents. Certains s’enfoncent dans le matérialisme et la quête du « toujours plus ». Aujourd’hui, les deux filles trentenaires de Marie-José « vivent en ménage, n’envisagent pas de mariage religieux ». L’opposé de ce qu’elle espérait pour elles. « Comment font-elles pour trouver sens à leur vie ? Je souffre, car je sais que là n’est pas le bonheur », s’afflige-t-elle.

Cette situation rejaillit sur les moments passés ensemble. Faute de pouvoir partager leur foi, les parents se sentent régulièrement en porte-à-faux avec leurs propres enfants. « Si je parle du Christ, ils s’enferment et me tiennent à distance ; si je ne dis rien, je suis tellement malheureuse de ne pas savoir partager le seul trésor qui pourrait les aider », soupire Isabelle. Les parents en viennent à redouter que leurs enfants s’éloignent d’eux. « À Noël, ils s’arrangent pour aller dans leur belle-famille et évitent ainsi la messe de minuit avec nous », remarque Michel, un retraité de 64 ans.

Discuter de la foi, oui, mais éviter les scénarios répétitifs

Autant d’histoires que de personnes différentes ! Certains ne vont plus à la messe le dimanche, sans renier pour autant leur foi dans le Seigneur. D’autres s’interrogent sur son existence, mais n’éprouvent aucune hostilité à l’égard de l’Église ; faire baptiser et catéchiser leurs enfants ne les dérange pas. Et puis il y a ceux qui affichent une aversion violente envers Dieu, la pratique, et l’institution.

Aborder le sujet en famille n’a rien d’évident. Paradoxalement, il est peut-être plus simple d’ouvrir son cœur et de parler de sa relation avec le Christ à des étrangers, plutôt qu’à ses proches. Sous son toit risque de se répéter un scénario dont chaque partie connaît d’avance la réplique « adverse ». Un critère : sont-ils réellement demandeurs, prêts à recevoir, ou cette remarque est-elle pure provocation de leur part ? Dans ce cas, mieux vaut couper court par une pirouette ou un soupçon d’humour, plutôt que de s’engager dans une rhétorique stérile. Une invocation à l’Esprit saint aide à retenir une répartie cinglante et à trouver les mots justes pour se positionner, voire demander un respect mutuel. Quoi qu’il en soit, les parents veilleront à « s’interdire de bondir ! », comme le recommande Marie-Madeleine Martinie, auteur de Communiquer en famille (Le Sarment-Fayard). Même s’ils ressentent stupéfaction ou indignation, elle engage à proscrire toute marque de désapprobation. Et à adopter une démarche d’écoute bienveillante et d’accueil.

Car il existe objectivement des difficultés à croire, d’ordre intellectuel. Et d’autres existentielles, souvent implicites. Ces jeunes adultes-là répètent les objections véhiculées par la société : le mal dans le monde, le mariage des prêtres, l’Église « homophobe » … tout y passe. Derrière ces critiques se cachent souvent des raisons qui ont trait au sens de la vie. La pierre d’achoppement est souvent celle de la morale sexuelle prônée par l’Église. À leurs yeux, elle les empêche de vivre comme ils le veulent. De là à la rejeter, le pas est vite franchi.

D’autres motifs les mènent à remettre en cause leur croyance : décès qu’ils n’acceptent pas, prière qu’ils croient non-exaucée, souffrance dont ils tiennent Dieu pour responsable, contre-témoignages de catholiques… la liste est longue. Réagir à ces objections implique une vraie réflexion, voire quelques recherches. Pas de panique si vous ne pouvez pas répondre du tac au tac : « Tu poses là une vraie question. D’autres y ont déjà pensé. Je vais me documenter et nous en reparlerons ». Attention, ces adultes ne se satisferont pas d’un « l’Église dit que ». D’où l’importance de développer une réflexion au nom de la loi naturelle et de la recherche du bonheur. Dans ce domaine, la philosophie réaliste – thomiste ou aristotélicienne – apporte une aide précieuse.

La première des priorités : accueillir

Quand parler de religion et des convictions qui en découlent n’est plus possible « il est dur de ne rien dire ! sourit Claire. Mais j’ai commis des maladresses en manquant des occasions de me taire. Plus on vieillit, plus on s’en rend compte. La fatigue et la peur sont de très mauvaises conseillères ». Si le ton monte, certains parents se heurtent à des piques et remarques amères sur l’Église, parfois des critiques ouvertes à leur égard. Ils empruntent un véritable chemin d’humilité et de dépouillement. Dans ces conditions, il importe d’entretenir le lien et à manifester son amour : gestes, attentions, compassion… Souvent, un rejet violent de l’Église cache une blessure. Même les parents ne connaissent pas tout des drames cachés. Cette maman eut récemment l’occasion de faire preuve de toute sa tendresse maternelle à l’égard de sa fille trentenaire. À la suite d’une dépression, elle lui a avoué s’être fait avorter voilà dix ans. « La terre s’est ouverte sous mes pas ! Comment a-t-elle pu souffrir autant toute seule ? »

« Amour et vérité » : difficile de maintenir ces deux principes ! Marie-Paule Mordefroid, licenciée en psychologie, rappelle l’importance de distinguer la personne et ses actes : manifester son amour inconditionnel pour son fils ou sa fille n’empêche pas d’être en désaccord avec certains de ses choix. « Par le passé, un enfant dans le péché était répudié, ce qui le réduisait à son acte. De nos jours, le risque va vers l’extrême inverse : par peur de perdre la relation avec leur fils ou leur fille, les parents ne s’autorisent plus de jugement sur les actes. » Comment accueillir ses propres enfants dont les choix de vie vont à l’encontre de ses valeurs profondes ?

Aux concubins de longue date, par exemple, faut-il préparer une chambre commune ou des chambres distinctes ? « Dans ce domaine, on tâtonne ! », s’exclame le père François Potez. « Selon les traditions familiales et les personnalités, je conseille aux parents de se montrer très stricts ou très souples. Il n’y a pas de règle absolue, sinon celle de la miséricorde. Qui ne va pas sans la justice. » Plutôt que de prendre une décision hâtive, la veille de les recevoir, il suggère aux parents d’établir un dialogue.

Il existe une hiérarchie dans la charité qui consiste en premier lieu à protéger ceux qui se construisent. Les neveux et nièces, surtout vers l’âge de 10-14 ans, ont besoin de repères forts. Traiter à la même enseigne concubins, fiancés ou couples mariés revient à leur présenter une situation de relativisme absolu. Lorsque la situation s’est présentée, Michel, père de quatre enfants trentenaires, a préféré le formuler clairement au couple qui vivait en ménage, avant de proposer une chambre commune. « Nous leur avons montré que cela n’allait pas de soi. » Et en a profité pour témoigner du bonheur de s’engager dans le mariage. Les jeunes adultes l’ont remercié de son accueil. Concubinage, remariage… Bien sûr, les parents prendront en compte la stabilité du couple ; quand un bébé s’annonce, il manifeste leur volonté de durer.

« Ce n’est pas parce qu’un enfant s’est écarté de l’Église qu’il n’a plus de valeurs », insiste Marie-Paule Mordefroid, qui encourage à « valoriser leurs valeurs ». Michel approuve : « Mon cadet, peut-être le plus catégorique dans son refus de l’Église, a décidé de ne pas faire baptiser sa fille. Mais il est par ailleurs très altruiste et s’investit dans la Croix-Rouge ». De la même façon, le père Claude Courtois invite à distinguer foi et pratique : « Je connais un jeune couple qui se présentait comme non-croyant. Tous les deux ont été élevés par des parents chrétiens. Pour leur troisième enfant, ils ont refusé l’avortement thérapeutique conseillé par un médecin et choisi d’accueillir leur bébé. Évitons d’étiqueter les gens ». Dieu seul sonde les cœurs.

Se reconnaître imparfaits, sans désespérer

Gare à l’overdose, lorsque la vie de foi devient formelle ou que tout l’emploi du temps tourne autour de la chorale, du conseil pastoral et des réunions paroissiales. « Placez Dieu au cœur de votre vie, sans négliger pour autant les autres cercles concentriques !», recommande le père Ludovic Lécuru, auteur de Transmettre la foi en famille ! (éd. de l’Emmanuel). N’ignorez pas délibérément les activités profanes, penchez-vous sur d’autres centres d’intérêts, particulièrement ceux de vos enfants. Dans le même esprit, mieux vaut éviter d’offrir une icône ou un chapelet pour fêter l’anniversaire d’un petit-enfant. « Le Seigneur est bien plus convaincant que tous ces stratagèmes !», ajoute-t-il.

Si les personnes qui rejettent l’Église ont tôt fait de relever les manquements des chrétiens, n’entrez pas dans ce jeu du perfectionnisme. « Lorsque nous pensons devoir être des exemples, nous avons tendance à nous placer sous un éclairage favorable et à masquer nos ombres. Or, pour transmettre la foi, il faut être d’une honnêteté absolue », assure le bénédictin Odilo Lechner dans son ouvrage Grands-parents, transmettez votre foi(Salvator). Pour les parents, cela signifie savoir reconnaître leurs torts, demander pardon pour d’éventuelles maladresses. Dire tout simplement qu’ils ne sont pas encore arrivés à la sainteté comme ils y aspirent. Combien de chemin reste-t-il à chacun sur la voie de la cohérence et de l’humilité, pour taire les critiques au sujet du curé, de la messe, des voisins ? Michel souligne cette nécessité permanente de se convertir soi-même : « Malgré notre volonté de lire, de penser, de prier, nous vivons comme les autres : préoccupés du lendemain, de la voiture, des petits tracas quotidiens ». Cependant, n’attendons pas d’être « parfaits » pour dire ce qui est juste et ce qui rend l’homme heureux – nous risquerions de nous taire longtemps ! Et la grâce du Seigneur s’engouffre aussi dans nos faiblesses.

 

Aimer, mais aussi témoigner avec délicatesse

Frère Roger de Taizé poussait à « ne parler de Dieu que quand on nous le demande, mais à vivre de telle sorte qu’on nous le demande ». Loin d’une morale étriquée et inquiète, vivre en chrétien aimant et joyeux rend le témoignage de foi crédible. Ainsi, des parents dont les trois fils âgés de 17 à 21 ans rejetaient la pratique religieuse ont prêté une attention toute particulière à revenir de la messe heureux, amoureux. Ce « bonheur du dimanche » s’est distillé petit à petit. Après deux ans de persévérance, les garçons sont revenus à l’église. Par la paix, la joie, la bonté dont ils rayonnent, les parents manifestent l’amour de Dieu. « Incarnons notre foi, poursuit le père Lécuru. Le témoignage passe par la parole et par l’exemple. »

Aux parents de discerner le moment de se taire et le moment de parler. À ses quatre enfants mariés, Michel n’hésite pas à émettre quelques signaux, tel ce proverbe ou verset biblique déposé dans chaque assiette à Pâques. Avec les petits-enfants, témoigner de sa foi s’avère plus facile. Lorsqu’il les accueille en vacances, il récite avec eux la prière du soir, raconte des « histoires de Jésus » qu’ils réclament avant d’aller se coucher. Il répond à leurs questions, sur la mort et l’au-delà notamment, quand leurs parents y répondent évasivement. Cette évangélisation n’est possible qu’à une condition : obtenir l’accord des parents. Que les grands-parents ne prennent pas leur place et, bien sûr, qu’ils ne dévalorisent pas leurs choix. Ainsi, Yvette a proposé à sa fille qui élève seule son enfant de l’emmener à l’éveil à la foi. « Elle a accepté. Si elle avait refusé, j’aurais respecté son choix. Quitte à revenir à la charge plus tard ! » De la même façon, lorsque la petite a demandé le baptême à l’âge de 6 ans, elle a expliqué à sa fille : « Ce serait bien de lui répondre, mais c’est toi qui vois ».

S’accrocher à la prière, agir par la confiance et la conversion

« Mon drame, c’est que malgré ma transmission, ils n’ont pas rencontré le Seigneur, se désole Patrick, divorcé, père de deux enfants et catéchiste depuis trente ans. Il me semble que mes enfants n’ont retenu de la foi que ses rituels. » Mais Dieu se révèle comme il l’entend. Au temps voulu, il a bien su toucher Marie Madeleine la pécheresse, Paul le persécuteur ou encore le rebelle Augustin. Mille façons de se manifester, et une certitude : il choisit la manière la plus adéquate pour la personne ! Et la laisse libre de répondre.

Les parents ne peuvent interférer dans cet acte d’amour personnel avec le Christ. Juste prier sans relâche, à l’image de Louise dont la prière monte en permanence : « La nuit, le jour, je supplie Notre-Dame. Je prie leurs anges gardiens pour qu’ils les visitent, les accompagnent. Je les jette dans le cœur de Dieu ». D’autres prient pour que leurs enfants rencontrent des croyants. « J’aimerais être témoin mais je ne le peux. Cela ne m’appartient plus, reconnaît Marie-José. Je prie pour qu’une personne étrangère croyante devienne leur amie. » « Le Seigneur donne toujours un soutien dans l’épreuve, il ne nous laisse pas avancer seuls », se console Claire, qui se ressource auprès d’un groupe de prière des mères et s’épaule avec sa belle-sœur.

« Partager sa souffrance est une grâce et l’allège d’autant », confirme avec douceur l’octogénaire Louise, qui prie le chapelet chaque semaine, en compagnie de quelques retraités de son village. Comme l’a réalisé Claire, c’est sa propre relation à Dieu qui doit grandir, par l’adoration, la messe, les sacrements. « Vivre dans l’intimité du Seigneur aide à supporter cette grande épreuve, confie Louise. Elle me fait aussi percevoir la souffrance du Christ qui voit son amour refusé par beaucoup. » Et conduit à poser sur ses enfants le regard de Dieu, à entrer dans sa grande patience. Plus on reçoit la miséricorde de Dieu pour soi, moins on doute de sa clémence à l’égard de ses fils et ses filles. « Aux parents de garder la foi en l’Esprit saint, conclut Marie-Paule Mordefroid. Il habite leurs cœurs depuis leur baptême. Seul lui peut les guider de l’intérieur sans les contraindre. »

« Surtout, tenez le coup et gardez l’espérance ! encourage enfin le père Claude Courtois. Dieu voit mieux dans les cœurs que nous. Il n’abandonne pas vos enfants. Ils ne sont pas perdus : Jésus a su s’y prendre avec la Samaritaine, pour lui rendre la dignité et la foi. » Si Louise ne cache pas ses larmes, elle garde intacte sa confiance : « Les fils de tant de prières et de larmes ne peuvent périr. Rien n’est impossible à Dieu. Il ne peut refuser à une mère le salut de ses enfants. Il a donné son Fils pour ça ! » Même écho chez Marie-José : « J’ai l’impression d’avoir tout raté. Mais je fais confiance au Seigneur : j’ai posé les racines dans le sol et je lui demande d’arroser pour que mes fleurs s’épanouissent ». Car s’il appartient aux parents de semer, Dieu seul connaît le temps de la moisson.

Stéphanie Combe

2. avr., 2021

Où va-t-on se confiner ? Que fait-on pour Pâques ? Faut-il se réunir avec ses proches au risque de les contaminer ? En temps de pandémie, les libertés individuelles sont contraintes par l’enjeu sanitaire et les lois gouvernementales. Cependant, les contours flous de ces dernières – la « tolérance » annoncée pour ce week-end pascal en même temps qu’un dispositif renforcé des contrôles de police, le « motif impérieux » de l’attestation, soumis à de nombreuses interprétations personnelles… -, ouvrent la porte à la plus grande indécision.

Pour couronner le tout, quelle que soit la décision prise, un sentiment de culpabilité vient peser sur nos épaules. Car au tribunal de la pandémie, chacun a vite fait de s’autoproclamer juge (avec une spécialité en épidémiologie) et de déclarer son prochain… coupable. Coupable d’un comportement irresponsable, ou à l’inverse, coupable d’un excès de prudence, c’est selon. Tu es malade ? Tu es coupable d’avoir attrapé ce foutu virus malgré les règles sanitaires. Tu es cas contact ? Tu es coupable d’avoir côtoyé un malade sans les précautions d’usage. Tu es en bonne santé ? Tu es coupable de ne pas te faire tester car tu es peut-être asymptomatique. Tu rends visite à tes parents ou tes grands-parents ? Tu es coupable de mise en danger de la vie d’autrui. Tu ne rends pas visite à tes parents ou tes grands-parents ? Tu es coupable d’ingratitude. Tu respectes la limite des 10 km ? Tu es un trouillard sans cœur. Tu ne respectes pas la limite des 10 km ? Tu es un égoïste irresponsable. Tu veux aller au mariage de ton meilleur ami ? Tu sera en partie responsable de la tension dans les hôpitaux. Tu ne vas pas au mariage de ton meilleur ami ? Tu es un vieux con.

Et si, à la veille de ce week-end pascal, point d’orgue des discussions intrafamiliales entre « ceux qui viennent » et « ceux qui ne viennent pas », on s’exerçait à la bienveillance ? Si on essayait de comprendre l’autre, ses peurs ou ses motivations, au lieu de le taxer de peureux ou d’irresponsable ? Si on prenait le temps de décrypter, en conscience, les motifs qui nous poussent à prendre telle ou telle décision ? Bienveillance et discernement, deux leviers pour en finir avec ce sentiment de culpabilité permanente.

Cesser de juger son prochain

Qui n’a pas émis ou entendu cette désormais banale expression : « Ce n’est pas très Covid, tout ça ! » à propos du pot de départ à la retraite de Machin ou de la réunion de famille à l’occasion du baptême de Bidule ? Une phrase banale, certes, bien souvent prononcée sur le ton de l’humour, mais qui induit une once de jugement et un brin de culpabilité. Une petite phrase anodine mais qui subrepticement en vient à modifier les rapports sociaux : on fait désormais attention à ce que l’on dit et à qui on le confie, à ce que l’on poste sur les réseaux sociaux, de peur d’être jugé voire lynché. A l’inverse, ceux qui déclinent une invitation en période de couvre-feu ou au-delà de la limite des 10 km se font parfois traiter de vieux grincheux.

La première étape pour enrayer cette épidémie de culpabilité serait donc de cesser de juger son prochain et de faire preuve d’un peu d’empathie. Ecouter l’autre, se mettre à sa place, permet de mieux comprendre ses décisions.

Prier et discerner en conscience pour avoir l’âme en paix

Ces temps troublés entretiennent la mauvaise conscience, dans la mesure où il est difficile de respecter à la lettre la montagne d’injonctions qui nous échoit. La mauvaise conscience, c’est de savoir ce qui est bien de faire, mais de ne pas le choisir. Pour Marguerite Léna, philosophe et membre de la Communauté apostolique Saint-François-Xavier, cette mauvaise conscience, « c’est le signe du Diviseur, de Satan, qui s’arrange pour diviser notre âme ». Tout l’enjeu est donc de résister à la mauvaise conscience et d’être des témoins d’espérance. Une mission que nul ne peut accomplir s’il passe son temps le nez sur son nombril à se demander s’il a raison ou s’il a tort. En revanche, il est bon de se mettre devant le Seigneur, de prendre le temps de prier et de discerner ce qui, aujourd’hui, pour moi et pour ceux dont j’ai la charge, est le plus important.

A maintes reprises, la situation actuelle appelle à prendre des décisions en conscience. Qu’il s’agisse de maintenir son week-end de Pâques ou son mariage, de se faire vacciner ou tester, chacun est invité à discerner ce qui est bien, non pas pour son propre intérêt mais pour le bien commun. « Notre conscience est obligée par la recherche du bien, qui s’inscrit toujours dans le bien commun », souligne le père Samuel Berry, curé de saint Leu-la-Forêt (Val d’Oise). « Le critère ultime de l’action, ce n’est pas la loi – aucune loi ne peut remplacer notre conscience –, mais c’est la conscience ordonnée au bien commun ». En dernier recours, c’est bien notre conscience qui juge, « mais il faut pouvoir en rendre compte devant Dieu, pouvoir justifier des motifs qui nous font penser que c’est la bonne décision », précise le père Samuel Berry. Le simple motif que « cela m’arrange » ou que « cela me fait plaisir » ne constitue pas une décision en conscience. Il faut se demander si cela répond à un réel besoin, si c’est ce qui est bien de faire, et pour cela éclairer sa conscience aussi objectivement que possible. Une telle décision prise en conscience permet dans le même temps de trouver l’apaisement. Car si le choix a été mûri et posé pour des raisons que l’on juge bonnes, alors il n’y a plus de place pour la culpabilité.