Aujourd'hui l'Actu

21. sept., 2020

« Le mariage, quand ça va, ça va. Quand ça ne va pas, tu patientes. » Cette phrase donne une vision assez réaliste du quotidien du mariage qui est effectivement l’exercice d’une vertu essentielle : la patience. Vis-à-vis du conjoint, sans doute. Vis-à-vis des enfants, certainement. Mais plus subtilement, patience envers soi-même. Et même patience vis-à-vis de Dieu.

 Nous sommes des êtres remplis d’attentes, notamment dans nos relations d’amour. Nous attendons des autres, de Dieu. Il est bon d’établir la liste de nos attentes et d’examiner leur légitimité, leur réalisme. De plus, ces attentes supposent précisément d’attendre. Et voilà pourquoi un mariage sans exercices de patience n’existe pas.

Être patient et attendre, n’est pas toujours une bonne solution

Pourquoi est-ce si long que notre conjoint (ou Dieu) nous donne ce que nous attendons, nous désolons-nous, quand il l’aurait peut-être fait depuis longtemps si nous lui avions laissé l’espace ou la liberté nécessaire. Comme il est étonnant le temps que Dieu (ou notre conjoint) met pour nous exaucer, pensons-nous, alors qu’il est encore plus étonnant le temps que nous mettons à comprendre que nous serions déjà exaucés si nous avions fait telle démarche d’abandon ou de confiance, ou même que nous sommes déjà exaucés d’une manière que nous ne voyons pas.

 Pourquoi est-ce si long de nous corriger de tel défaut, nous plaignons-nous, alors que nous restons dans la toute-puissance de celui qui croit connaître tous les tenants et aboutissants de sa propre personnalité et que nous oublions l’humilité nécessaire pour approcher sa propre complexité. Si souvent, nous perdons patience parce que nous regardons la situation selon un seul angle de vue ou un seul raisonnement, sans penser qu’il pourrait être vu ou pensé tout autrement. Notre conjoint est assez souvent cet « autrement » que nous n’avons pas envisagé. Et réciproquement. Et Dieu encore bien plus.

Accepter d’être surpris

« Quand ça ne va pas, tu patientes. » Cela peut paraître une maxime fataliste manquant d’espérance. Ce serait vrai si elle parle d’une patience statique, celle de celui qui subit un retard par exemple. Mais ce n’est plus fataliste s’il s’agit de la patience dynamique de l’artiste qui reprend sa sculpture aussi longtemps qu’il faut, selon tous les angles, celle de l’éducateur qui sait qu’un homme ne se fait pas en un jour ou celle du conjoint conscient que sa patience n’est pas seulement attente, mais occasion féconde de transformation intérieure.

La patience ne consiste pas à ronger son frein, mais à ouvrir son cœur. Cela peut coûter, mais c’est le moyen d’être surpris, de découvrir l’inconnu en soi, en l’autre, en Dieu, de recevoir les changements que nous n’avions pas prévus, pas maîtrisés, et même pas tout à fait compris. Recevoir ce que nous n’attendions pas ou plus est un sommet de joie.

20. sept., 2020

Une publicité accroche mon regard avec cette injonction : « Soyez fier ! » Que veulent-ils donc me dire ? Ah ! Il s’agit d’une publicité pour une voiture : si je possède ladite voiture je serai fier, mais fier de quoi ? Ah ! C’est une jolie voiture, rouge, mais c’est aussi et surtout une voiture écologique : je serai donc fier de conduire une voiture propre, de sauver ainsi la planète et de devenir le héros des temps modernes.

Achetez propre !

À côté de la voiture pose une femme. En ces temps de prise de conscience forte que la femme n’est évidemment pas un objet, l’on continue toujours à faire poser des jolies femmes à côté des voitures, surtout les voitures puissantes et racées. Afin d’éviter ce reproche, ce n’est pas une pulpeuse bimbo qui est ici photographiée. Ce serait trop vulgaire et une ficelle trop connue. L’annonceur pourrait de plus s’attirer l’ire d’associations féministes. Non, la photo suggère qu’il s’agit d’une femme certes jolie mais surtout une femme intelligente, informée, éveillée, stricte, consciente.

Son regard porte aussi une sorte d’injonction morale, de reproche. Elle menace : « Toi qui es un homme, tu pourras être fier si tu prends conscience de l’urgence à acheter des voitures propres, et en particulier celle-ci. » Afin de soulager ma conscience, d’être fier comme celui qui pose un acte bon, de posséder une jolie voiture et de sauver la planète, il faut donc que je courre acheter cette voiture !

La machine à culpabiliser

Depuis plusieurs années je m’étonne des injonctions morales distillées par la publicité et cela dans tous les domaines. La machine à culpabiliser tourne à plein. Les premiers arguments de vente devraient certainement être la nécessité d’un produit, sa qualité ou son prix. Mais désormais le premier argument est de nous sauver : sauver notre santé avec tous les produits qui sont évidemment bio, sains, utiles à notre organisme, notre beauté, notre bien-être. Sauver notre planète avec des produits qui ne consomment que peu, qui sont écologiques, issus du développement durable, ancrés dans des circuits courts. Sauver nos emplois et l’industrie nationale avec des produits fabriqués en France ou en Europe.

Mais cela va plus loin encore : la vente d’un produit promeut un style de société, évidemment écologique, mais aussi inclusif pour les minorités, tolérant, ouvert. Un nouveau monde sain, propre, beau et tolérant voit le jour. En consommant nous sauvons le monde, la société, l’humain !

Le bon filon de la peur

Soyons lucides : une publicité sera toujours là pour faire vendre un produit et ainsi faire gagner de l’argent aux industries. Les entreprises ne dépensent pas des milliards pour un projet éthique. Le bon filon pour vendre est désormais la culpabilisation du consommateur et elle repose sur des angoisses diffuses. La peur de la mort qui nous pousse à prendre soin de notre santé. La peur de ruiner la terre qui nous pousse à consommer écologique. La peur d’être taxé d’intolérant si on ne réjouit pas de toute ouverture sociétale. Le greenwashing (engagement écologique) ou le purpose washing (engagement pour une cause) reposent sur ces peurs et les cultivent.

Même si nous sommes d’accord avec ces causes, faut-il jouer sur les peurs et les angoisses d’une société ?  La peur est-elle un moteur, la culpabilisation est-elle un moyen ? À la racine de toutes ces publicités, il y a la consommation et le problème écologique est lié à la surconsommation, rarement à la production. Mais il n’y aura jamais de publicité pour nous inviter à ne pas consommer, juste une communication politique, religieuse ou sapientiale. À la racine d’un projet sociétal, il y a l’éducation, pas la consommation. Mais il n’y aura jamais de publicité pour nous inviter à former notre conscience, juste une invitation politique, religieuse ou sapientiale.

Fier d’être libre

La publicité devient une gnose contemporaine qui prétend nous sauver : on vous informe, et vous qui savez quoi acheter, vous êtes sauvés par vos achats ! Nous sommes très loin du beati pauperes spiritu évangélique qui nous promet non pas la terre mais le Royaume (Mt 5, 3) ! Seul le Christ sauve et l’écologie intégrale que promeut Laudato Si’ n’est pas un salut qui repose sur la peur et la culpabilisation mais sur la conscience et la liberté. « Celui qui veut être fier qu’il mette sa fierté dans le Seigneur » (2 Co 10, 17).

ALETEIA

2. sept., 2020

"La douceur de Dieu « nous amène à poser une limite à notre tendance à nous faire valoir devant les autres, de décider pour les autres, de toujours parler, de vouloir avoir un contrôle absolu de ce qui arrive autour de nous »"

ALETEIA (Mgr Celestino Migliore, nonce apostolique en France)
16. août, 2020

"ÉVANGILE DU JOUR
(Mt 15, 21-28)

En ce temps-là,
partant de Génésareth,
Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant :
« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David !
Ma fille est tourmentée par un démon. »
Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander :
« Renvoie-la,
car elle nous poursuit de ses cris ! »
Jésus répondit :
« Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
Mais elle vint se prosterner devant lui en disant :
« Seigneur, viens à mon secours ! »
Il répondit :
« Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants
et de le jeter aux petits chiens. »
Elle reprit :
« Oui, Seigneur ;
mais justement, les petits chiens mangent les miettes
qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Jésus répondit :
« Femme, grande est ta foi,
que tout se passe pour toi comme tu le veux ! »
Et, à l’heure même, sa fille fut guérie."

Cette femme n’avait déjà peut-être pas assez souffert de la vie pénible qu’elle endurait du fait de la possession de sa fille ; la voici qui traverse encore plusieurs humiliations. Elle s’oblige à venir supplier un étranger de venir guérir sa fille, elle endure le regard méprisant des disciples et les paroles dures de Jésus. Elle aurait pu renoncer ou se révolter contre tant d’adversité mais non seulement elle persévère mais elle reste dans une attitude profonde d’humilité : « les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » C’est cette humilité jusqu’au bout qui conduit Jésus à accéder à sa demande. L’humilité n’est probablement pas la vertu la plus à la mode, elle est pourtant la voie d’accès la plus directe à Jésus. Quelle petite démarche d’humilité pourrais-je entreprendre aujourd’hui à l’image de cette Cananéenne ? Évangile commenté par le Père Alain de Boudemange
4. août, 2020

Alors que le projet de loi bioéthique a été adopté en deuxième lecture dans la nuit du 31 juillet au 1er août 2020, l’épiscopat français, par la voix de Mgr d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable de son groupe de travail bioéthique, dénonce un texte qui va à l’encontre du respect de la dignité humaine.

« Les députés sont-ils allés dans le sens de l’histoire ? Leur vote n’est-il pas guidé par une certaine myopie ? ». Dans un communiqué diffusé le 1er août 2020, soit moins de 24 heures après l’adoption du projet de loi de bioéthique à l’Assemblée nationale en deuxième lecture, Mgr Pierre d’Ornellas, archevêque de Rennes et responsable du groupe de travail bioéthique au sein de la Conférence des évêques de France (CEF), a pris la parole, s’interrogeant sur le bien-fondé de certaines décisions. Tout d’abord, il s’exclame au sujet d’une loi qui a été votée « au creux de cette nuit ! », dénonçant « un nouveau mode de filiation » qui voudrait effacer « totalement le père dès la conception ». Il rappelle d’ailleurs que « les députés n’ont pas […] à légiférer sur l’amour » mais « ont mission d’établir le droit à partir du respect de la dignité humaine et des valeurs éthiques qui en découlent, dont la protection du plus faible ».

« Peut-on parler d’équilibre ? »

Il questionne ensuite la notion d' »équilibre » invoquée notamment par Jean Castex, Premier ministre, au cours de l’examen du projet de loi, qui avait invité les députés à garder « l’équilibre » du texte. Une notion que visite autrement l’évêque de Rennes qui interroge : « Peut-on parler d’“équilibre” quand ce projet interdit de fait à des enfants d’avoir un père, et suscite en pratique une discrimination injuste entre eux ? Peut-on parler d’“équilibre” quand ce projet établit un égalitarisme entre toutes les femmes au regard de la PMA alors qu’elles ne sont pas dans une situation égale vis-à-vis de la procréation ? Peut-on parler d’“équilibre” quand ce projet conduit au risque de contourner le principe de gratuité par la nécessité d’acheter des gamètes humains ? […] Peut-on parler d’un “équilibre” quand, à cause du projet parental dont le rôle a été majoré, le pouvoir des plus forts – celui des adultes – impose des désirs aux plus faibles – les enfants qui pourtant sont des sujets de droits ? ».

Reprenant à son compte l’expression « aller dans le sens de l’histoire » utilisée par Jean-Louis Touraine, l’un des rapporteurs du texte, qui avançait cet argument pour le vote de la loi, le prélat invite justement à ne pas rater le sens de l’histoire. Il invoque l’argument écologique. Pour lui, « “tout est lié” dans le respect du vivant, qu’il appartienne à la nature ou qu’il soit humain ». Concédant que les situations particulières existent et que l’Église continuera à les accompagner « avec respect et sollicitude », il insiste sur le fait que la loi civile doit rechercher le « “bien commun” pour tous ».

D’autres évêques de France se sont exprimés, notamment sur les réseaux sociaux. Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, évoque dans un tweet un nécessaire « réveil des consciences » quand Mgr Emmanuel Gobilliard, évêque auxiliaire de Lyon, écrit que le fait « que tous ces projets soient contraires à la nature est assez évident ». De son côté, Mgr Pierre-Antoine Bozo, évêque de Limoges et membre du groupe Église et Bioéthique de la CEF, rappelle que « tout est lié », reprenant ainsi le leitmotiv de l’encyclique Laudato Si’. C’est bien « un même mouvement qui veut protéger la création et ce qu’elle renferme de plus précieux, l’homme », lance-t-il, arguant que puisque « la nature est une, on ne peut choisir Gaïa contre Gaëlle, les petits phoques contre les agonisants, les icebergs contre les trisomiques, les mangroves contre les migrants ». Pour l’évêque de Limoges, « pour être intégrale l’écologie doit intégrer l’anthropologie ».