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28. mai, 2022

Le pape François lance une prière mondiale pour la paix en Ukraine le 31 mai, dernier jour du mois traditionnellement dédié à Marie. Il se rendra dans la basilique Sainte-Marie-Majeure où il retrouvera notamment une famille ukrainienne pour prier un chapelet auquel les sanctuaires internationaux s’associeront.

Mardi 31 mai, à 18h00, pour le dernier jour du mois de mai – traditionnellement dédié à la Vierge Marie –, le pape François « souhaite offrir un signe d’espérance au monde, souffrant du conflit en Ukraine, et profondément blessé par la violence des nombreux théâtres de guerre », a annoncé le Conseil pontifical pour la promotion de la Nouvelle évangélisation, le 26 mai 2022. François se rendra dans la basilique Sainte-Marie-Majeure où il retrouvera notamment une famille ukrainienne pour prier un chapelet auquel les sanctuaires internationaux s’associeront.

Deux mois après la consécration par le Pape de la Russie et de l’Ukraine au Cœur immaculé de Marie, le 25 mars dernier, le pontife argentin a décidé de se rendre au pied de la statue de Marie Reine de la Paix, située dans la nef gauche de la basilique romaine de Sainte-Marie-Majeure, afin de prier pour les victimes des conflits.

Déposer sa prière aux pieds de Marie
C’est le pape Benoît XV qui avait commandé cette statue pour demander à la Vierge Marie la fin de la Première Guerre mondiale en 1918. Elle représente Marie avec le bras gauche levé, comme si elle ordonnait la fin des conflits, indique le Conseil pontifical. La tradition veut que les fidèles déposent aux pieds de cette statue leurs intentions de prière.

Lors de la cérémonie, le pape François déposera ainsi une gerbe de fleurs aux pieds de la statue avant d’adresser sa prière à la Vierge et de laisser son intention personnelle. « En signe de proximité avec les personnes les plus touchées par la dynamique de ces événements tragiques, une famille ukrainienne, des personnes liées aux victimes de la guerre et un groupe d’aumôniers militaires avec leurs corps respectifs ont été invités à prier les dizaines du chapelet », précise le communiqué.

Plusieurs familles ukrainiennes présentes
Des familles de la communauté ukrainienne de Rome seront également présentes dans la basilique. Contrairement au Chemin de Croix du Vendredi saint au Colisée, durant lequel deux femmes – ukrainienne et russe – avaient porté ensemble la croix lors de la dernière station, il n’est pas fait mention de la présence de personnes russes pour ce temps de prière.

Autour du pape de 85 ans seront aussi présents des jeunes ayant fait récemment leur première communion et leur confirmation, des scouts ou encore des membres du Corps de gendarmerie du Vatican et de la Garde suisse ainsi que trois paroisses de Rome portant le nom de la Vierge Marie Reine de la Paix.

Les sanctuaires internationaux ainsi que certains sanctuaires situés dans des pays touchés par les guerres prieront le chapelet en même temps que le pape François. Ils bénéficieront d’une retransmission en direct de la prière à Rome. Parmi les sanctuaires et cathédrales impliqués se trouvent le sanctuaire de la Mère de Dieu (Zarvanytsia) en Ukraine, la cathédrale Notre-Dame du Salut en Irak, la cathédrale de Notre-Dame de la Paix en Syrie et puis la cathédrale de Marie Reine d’Arabie au Bahreïn.

Les sanctuaires largement mobilisés
Les sanctuaires mariaux de Lourdes (France), de Knock (Irlande), de Guadalupe (Mexique), de Jasna Gora (Pologne) ou bien encore d’Antipolo (Philippines) se joindront à cette prière mondiale. Les fidèles du monde entier sont invités à s’unir au Pape pour cette prière pour la paix qui sera diffusée sur les chaînes officielles du Saint-Siège.

L’an passé, afin de clôturer le mois de mai et de conclure un « marathon de prière » pour mettre un terme à la pandémie, le pape François avait récité un chapelet en plein air dans les jardins du Vatican. En communion avec les catholiques du monde entier, et accompagné de 300 personnes, il avait prié devant une icône de la Vierge Marie qui défait les nœuds.

I.Media 

25. mai, 2022

Ce pourrait être l’un des plus grands scandales sanitaires de notre époque : le changement de sexe des enfants qui le demandent sans en mesurer les conséquences. Directrice de la formation et de la recherche d’Alliance Vita, Blanche Streb relaie le cri d’alarme lancé par des professionnels de l’enfance.

L’académie de médecine parle d’un phénomène d’allure épidémique. Un psychanalyste de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière qui reçoit en consultation des jeunes concernés par la question transidenditaire évoque un « raz de marée ». Ils sont en effet de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes à exprimer ce profond désarroi : avoir le sentiment d’appartenir à l’autre sexe que le sien, ou parfois à « aucun sexe ». Nombre d’entre eux entament des transitions sociales (en changeant de prénom, d’apparence et de comportement) et parfois des transitions médicales (par l’injection d’hormones, le recours à la chirurgie, et pour les plus jeunes, par l’administration de bloqueurs de puberté).

En France comme dans de nombreux pays, les chiffres et leur augmentation sont stupéfiants. Par exemple, le nombre de bénéficiaires de l’ALD (Affection Longue Durée) au titre d’un diagnostic de transidentité ou dysphorie de genre montre dix fois plus d’admissions en 2020 qu’en 2013. Les demandes d’accès à la chirurgie pour les interventions ou ablation des seins ou des parties génitales ont été multipliées par quatre entre 2012 et 2020. Un pédopsychiatre responsable d’un Centre d’accueil pour adolescent (CAA) à Paris l’atteste : « Il y a dix ans, on avait environ dix demandes par an, aujourd’hui c’est dix demandes par mois, uniquement pour la région Île-de-France ». Mais aujourd’hui, de nombreux jeunes qui regrettent sortent du bois. On les appelle « les détransitionneurs ». Ont-ils, avec le temps, finis par se « réconcilier » avec leur sexe ? En attendant, ils se sont trompés, ont été trompés. Et c’est souvent trop tard. Leur mal-être les a conduits sur l’autoroute de la transition, un voyage parfois sans retour tant certaines décisions sont irrémédiables.

"Beaucoup d’hommes trans parlent du fait qu’on ne peut pas pleurer avec une forte dose de testostérone dans le corps, et cela m’a aussi affectée."

C’est le cas d’Anna, qui témoigne dans les colonnes du Parisien (3/5/2022). Adolescente, mal dans sa peau, elle découvre sur Internet la transidentité et s’y retrouve. Ses parents la soutiennent. Après quelques rendez-vous médicaux qu’elle qualifie elle-même « d’expéditifs », elle commencera la testostérone à 14 ans, deviendra Sacha, et subira une mastectomie (ablation des seins) à 16 ans. À 19 ans, sa descente aux enfers commence. Elle n’apprivoise pas « ce nouveau sexe ». Elle regrette. Réalise qu’elle est bien une femme, mais désormais au torse plat et à la voix grave. Elle arrête les hormones. Ses règles sont revenues, elle espère alors que sa fertilité ne sera pas définitivement altérée. Aujourd’hui, elle déplore qu’ »à aucun moment les raisons profondes qui me poussaient à changer de sexe n’ont été abordées. On m’a mis sur des rails » et réalise que « la puberté, ce n’est pas la période idéale pour faire de tels choix ».

L’affaire Keira Bell
Son cas n’est pas isolé. Des associations de détransitionneurs émergent aux États-Unis, au Canada, en Belgique, Angleterre, Suède… Au Royaume Uni, l’affaire Keira Bell a défrayé la chronique et mis ce douloureux sujet sur le devant de la scène. Cette jeune femme, devenue homme trans, a porté plainte contre la clinique qui l’avait prise en charge. Elle soutient qu’elle n’avait pas la capacité de consentir, même si c’est elle qui avait réclamé d’accéder à cette transition médicale. « Plus ma transition avançait, plus je réalisais que je n’étais pas un homme et que je ne le serai jamais. En mûrissant, j’ai compris que la dysphorie de genre était un symptôme de ma misère générale, et non sa cause », explique-t-elle. L’affaire vient de se clore. Elle a perdu son procès, même si, en première instance, la Haute Cour de Londres avait donné un coup d’arrêt aux prescriptions de bloqueurs de puberté chez les enfants, estimant qu’avant 13 ans « il est hautement improbable qu’un enfant soit compétent pour consentir à l’administration d’inhibiteurs de puberté », et qu’avant 16 ans, ils ne peuvent prendre ce traitement que s’ils en comprennent les conséquences immédiates et à long terme.

"S’adressant aux parents, elle leur recommande la vigilance face aux questions de leurs enfants sur la transidentité ou leur mal-être (…"

Évidemment, la difficulté ne réside pas tant dans la qualité de l’information donnée et reçue, mais dans la capacité des enfants à comprendre et évaluer ces informations, à concevoir la portée de telles décisions qui feront d’eux des patients à vie. Comment, par exemple, mesurer la conséquence de la perte de fertilité alors même qu’on est encore loin de tout désir d’enfant ? Keira Bell partage son histoire sans fard. « Cinq ans après avoir entamé ma transition médicale pour devenir un homme, j’ai commencé le processus de détransition. Beaucoup d’hommes trans parlent du fait qu’on ne peut pas pleurer avec une forte dose de testostérone dans le corps, et cela m’a aussi affectée : je ne pouvais pas libérer mes émotions. L’un des premiers signes que je redevenais Keira a été que — heureusement, enfin — j’étais capable de pleurer. Et j’avais beaucoup de raisons de pleurer. »

Un cri d’alerte
Devant ces drames, des voix se lèvent. L’Académie de médecine appelle l’attention de la communauté médicale et demande qu’ »une grande prudence médicale soit de mise chez l’enfant et l’adolescent, compte tenu de la vulnérabilité, en particulier psychologique, de cette population et des nombreux effets indésirables, voire des complications graves, que peuvent provoquer certaines des thérapeutiques disponibles ». S’adressant aux parents, elle leur recommande la vigilance face aux questions de leurs enfants sur la transidentité ou leur mal-être, en soulignant le caractère addictif de la consultation excessive des réseaux sociaux qui est néfaste au développement psychologique des jeunes et responsable d’une part très importante de la croissance du sentiment d’incongruence de genre.

Un véritable cri d’alerte a été lancé dans une tribune de l’Express par plusieurs associations de professionnels de l’enfance ainsi que cinquante personnalités — médecins, intellectuels, psys, magistrats, sociologues, militantes féministes — d’horizons de pensées très différents, comme Élisabeth Badinter, Jean-Pierre Winter, Chantal Delsol, René Frydman ou encore Xavier Emmanuelli : « Il est urgent d’informer le plus grand nombre de citoyens, de tous métiers, de tous bords, de tous âges, sur ce qui pourrait bien apparaître demain comme un des plus grands scandales sanitaire et éthique, que nous aurions regardé arriver sans mot dire : la marchandisation du corps des enfants. »

Blanche Streb 

24. mai, 2022

Que penser de l’irruption des nouvelles technologies du numérique, après l’usage récent fait par le service public de “deepfakes” (détournement d’images) ? Pour le père Stalla-Bourdillon, directeur du Service pour les professionnels de l’information (SPI), ce phénomène est plus préoccupant que ce que nous pouvons penser.

Le mot anglais « fake » est maintenant entré dans le langage courant. Si nous ne prenons plus la peine de le traduire, c’est que nous avons dépassé la phase d’accoutumance au « fake ». Fake signifie faux, artificiel. Les « fakenews » ou « fausses nouvelles » participent de la désinformation tandis que les « deepfake » détournent des images, des vidéos, des voix et même du texte, afin de produire des scènes et des discours totalement faux. Est faux ce qui est sans base réelle. Un deepfake est une vraie production numérique, un vrai objet social mais sans fondement réel. De par sa nature, l’homme cherche le vrai, mais étrangement il produit du faux. Nous connaissions les faussaires et leurs parfaites reproductions, nous connaissions les contrefaçons d’objets de luxe notamment, nous découvrons à grande échelle avec les outils numériques une nouvelle espèce de faussaires. Aucun système juridique à ce stade ne s’est sérieusement penché sur les conséquences sociales de cette industrie. Il le faudra pourtant et sans tarder car nous allons vite découvrir les conséquences sociales du faux sur la vie psychique. Mais avant toute décision, le législateur doit comprendre ce qui est en train de se jouer.

Commençons par rappeler qu’un être humain est une créature qui se raconte elle-même. Elle se construit une identité narrative dans un récit à partir de ce qu’elle voit, de ce qu’elle entend et de ce qu’elle vit. L’homme répond d’une obligation de donner du sens à son existence. C’est pourquoi, en toute personne se tient une parole de sens qui la tient en vie. Cette parole qui rend compte du sens que chacun parvient à donner à sa vie, à ses épreuves et peut-être même d’un au-delà de la mort. S’il n’est pas créateur de sa propre vie, l’être humain est mû par la nécessité de s’accomplir. Il est doué d’une inclination naturelle à créer, à accomplir sa vie. Il est habité par un désir de créer du vivant, d’animer des créatures, fussent-elles seulement numériques. On voit poindre ici la tentation démiurgique d’être « comme des dieux », créant un monde artificiel. Ce bref rappel conduit à comprendre combien nos impressions, notre sensibilité conditionnent notre compréhension des choses.

Une résurrection des morts commerciale
L’apparence était parfaite lorsque le lundi 2 mai, les téléspectateurs ont vu la chanteuse Dalida comme ils ne l’avaient jamais vu. Pour l’œil humain, il n’était pas possible de distinguer le faux du vrai. L’image de synthèse donnait l’illusion d’une personne réellement là en train de discuter avec le présentateur Thierry Ardisson. Tant de détails emportaient l’adhésion et la conviction qu’elle était bien présente et plus vraie que nature. Nous sommes trompés par nos sens car la chanteuse Dalida est décédée en 1987. Il s’agissait bien d’une fausse interview. Ce qui est donné à voir à l’écran ne correspond à rien de réel.

Les transgressions numériques se poursuivent implacablement, ici avec la résurrection des morts le temps d’un programme télévisé. Cette technologie du faux colonise les médias traditionnels lorsque la télévision publique devient l’espace de promotion de cette stupéfiante tromperie voulue au motif du divertissement. « On se base sur ce que Dalida a vraiment dit. C’est elle qui raconte sa propre vie » explique le présentateur Thierry Ardisson dans une interview au Parisien. Le frère de la chanteuse, Orlando, explique dans le même sens que « les gens vont découvrir sa vraie vie, pas celle que d’autres ont écrite. Pas la légende ». L’argument de la vérité corrigeant l’erreur sert de prétexte à l’usage du procédé de résurrection numérique, auquel s’ajoute l’absence d’encadrement juridique. « Il n’y a pas de droit à l’image pour les morts » poursuit l’animateur, « la loi ne m’oblige pas à avoir l’accord des héritiers, mais je leur demande l’autorisation par respect, par éthique… ».

Demandons-nous pour quelles raisons cette technologique reste problématique ? Pourquoi est-il malsain de faire revenir les morts et de les faire parler ? Rendre vie aux morts est une impossibilité humaine. Le deepfake numérique fait passer de la fiction (ressemblance) à la mystification (réalisme). Faire parler un mort est devenu techniquement possible dans le format étroit de l’écran. La rencontre du mort sera possible demain dans l’espace artificiel du metavers. Nous entrons dans l’univers des illusions. Contrairement à ce que l’innocence du divertissement donnerait à croire, ce n’est pas un outil neutre. L’intelligence artificielle prend peu à peu le contrôle de ce que nous voyons, et ce avec notre consentement. L’usage du deepfake dans des productions qui ne manqueront pas de se multiplier demain, ressort avant tout d’une stratégie commerciale. Elle vise l’audience, le spectaculaire et la rentabilité. C’est une marchandise télévisuelle.

L’objectif commercial et éditorial fait l’impasse sur la transgression du procédé. C’est attentatoire à la dignité de la personne qu’on prétend honorer (en lui rendant la vie) puisqu’on lui subtilise sa liberté et son esprit. On ne garde que l’apparence corporelle et on lui simule un esprit contrôlé par un technicien. C’est une magnifique marionnette animée plus vraie que nature. Mais ce n’est en rien la personne elle-même. Il s’agit donc d’un détournement à son profit de l’identité d’une personne défunte, d’une captation de sa notoriété à des fins commerciales. Il ne s’agit rien moins que de faire « commerce des morts », sinon de leurs corps, ce qu’interdit la loi, du moins de leur image et de leur notoriété. Il demeure que nous sommes bien là dans le trafic d’image des morts.

Le respect dû au corps
Le droit à l’image est considéré comme un droit de la personnalité. La personne décédée a perdu de façon automatique les droits qui sont attachés à sa personne. Le Code civil énonce à l’article 16-1-1 que le « respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort ». La protection apportée à l’intégrité physique par les droits de la personnalité cesse-t-il donc vraiment totalement avec la mort de leur titulaire s’il est possible de « ressusciter » le mort ? Le principe même de l’image consiste à marquer les esprits, à impressionner et à déclencher des émotions. L’image suscite un commentaire, autrement dit tout image est convertie « en parole » par ceux qui la regardant et veulent rendre compte de ce qu’ils voient. L’image s’imprime dans la mémoire et le psychisme. Le mal est fait sans que l’on puisse en prendre la mesure, parce que nul ne peut dire vraiment ce qui restera dans les mémoires des téléspectateurs. Ajoutons enfin qu’il y aura demain de vraies archives et de fausses archives. Jusqu’à ce qu’on ne parvienne plus à les distinguer et surtout jusqu’à ce que le nombre de fausses dépassent le nombre d’authentiques.

"Un phénomène de submersion de faux est en train de se produire, telle une vague que l’on ne voit pas venir."

Ces nouvelles technologies de l’imagerie numérique algorithmique seront le tsunami du XXIe siècle. Nous sommes entrés dans l’ère du faux. La démocratisation des technologies permettra à chacun de s’initier au deepfake et à la production de son propre monde, tel qu’il souhaite le voir. Un phénomène de submersion de faux est en train de se produire, telle une vague que l’on ne voit pas venir. Qu’est-ce que le faux en terme numérique ? Ne s’agit-il pas là d’une pollution visuelle et mentale ? S’il existe bien une écologie de la nutrition, il doit y avoir aussi une écologie de la vision. Que consomme notre regard à longueur de journée ? Peut-on se prémunir de la toxicité de certaines images et vidéos ? Les applications sur smartphones permettent déjà à des millions de jeunes de vivre une addiction douce. Demain, les fakenews et fakevideos tromperont nos perceptions et modifieront nos croyances. Les deepfakes conditionnent nos représentations et décident de nos interprétations. Il n’est pas nécessaire que le contenu soit gore, trash ou violent, il suffit qu’il soit faux pour qu’il soit toxique. L’esprit humain est vitalement en quête de vérité. Il est conçu pour accéder à la vérité. L’industrie du deepfake revient à le plonger dans un océan de faux. Il devra se débattre pour ne pas être englouti.

L’industrie du « fake » est l’industrie du faux. La télévision grand public s’est emparée des nouvelles possibilités et tente de redresser son audience en baisse. Ce faisant, elle banalise les usages de technologies dangereuses qui ne demandent pas mieux que de se faire adopter par le grand public. Or, rien de tel que le divertissement, innocent et sans enjeu (des interviews de chanteurs et d’acteurs) pour accoutumer l’opinion, et lui faire admettre l’industrie du faux. L’effort nécessaire pour distinguer le faux du vrai détourne l’énergie psychique nécessaire pour passer du réel à la réalité. La réalité est une conception de l’esprit humain à partir d’un substrat réel le plus souvent physique et tangible. Nous l’appelons la création. Elle est depuis toujours un chemin d’intelligibilité de ce qu’est la nature de l’homme. C’est à partir de ce « monde » réel que nous élaborons une compréhension du monde et surtout une compréhension de ce que nous sommes. Cette compréhension nous est vitale. En plongeant l’esprit dans un océan de faux, il deviendra de plus en plus difficile d’établir un sens vrai à l’existence, quand tout notre effort mental s’épuisera à se dégager du virtuel pour accéder au réel.

Échapper au monde réel
Le divertissement consiste en un détournement et le plus souvent en une diversion du tragique de l’existence. Plus nos sociétés peinent à comprendre le sens, plus elles font du divertissement un drogue pour rejoindre un monde parallèle et détourner les esprits du malheur existentiel. Peut-on encore se poser la question de la signification de la présence humaine sur terre ? Peut-on encore prendre le temps de penser son existence dans un devenir ?

"Progressivement nous allons passer de plus en plus de temps à voir des images artificielles, à consommer des contenus fabriqués. Ils auront pour avantage ou grave danger de nous montrer un monde qui n’existe pas."

Comment résisterons-nous à l’irruption, ou plus exactement au déferlement de contenus audio-visuels trafiqués par les capacités numériques des programmeurs d’intelligences artificielles ? Et bien nous n’y résisterons tout simplement pas. Nous voyons que s’installe une falsification légitime jusque dans les grilles de programmes grand public. La puissance technique écrase toute possibilité de discernement éthique. L’usage de ces technologies ne porterait pas à conséquence puisque l’on vous informe que cela est un faux. Mais cette transparence nourrit la légitimation du procédé. Progressivement nous allons passer de plus en plus de temps à voir des images artificielles, à consommer des contenus fabriqués. Ils auront pour avantage ou grave danger de nous montrer un monde qui n’existe pas. Ils rendront plus difficile l’accès à la réalité, car faire exister ce qui n’existe pas laisse des traces dans le psychisme humain. Après tout, dira-t-on, ce ne sera pas nécessairement pernicieux, et de nouveaux moyens pédagogiques pourraient en sortir. Assurément, mais il demeure que la tâche première de l’homme est de contempler le réel créé pour accéder à l’intelligence du sens, et de concevoir ainsi un « verbe » portant le sens, et donc un « verbe de vie ». « Une écologie intégrale » explique le pape François dans Laudato si « implique de consacrer un peu de temps à retrouver l’harmonie sereine avec la création, à réfléchir sur notre style de vie et sur nos idéaux, à contempler le Créateur, qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure » (n. 225).

Ce monde factice que l’homme se fabrique au moyen du numérique le détache du monde réel qu’il reçoit pour apprendre à vivre. Il faudra donc soutenir le développement d’une raison critique afin de ne pas se faire imposer un « réel irréel » privé de la sagesse du Créateur et sans la saveur de son appel à la vie.

Laurent Stalla-Bourdillon 

23. mai, 2022

D’où vient cette critique un peu trop systématique de ceux qui nous gouvernent ? Pour le père Benoist de Sinety, curé de Saint-Eubert à Lille, cela pourrait bien être, à l’intime de nous-même, un refus d’entendre une autre voix que la nôtre dès lors qu’elle ne confirme pas nos goûts et nos tendances.

Ils seront donc 577 à siéger dans quelques semaines sur les bancs d’un Parlement que l’on charge de bien des péchés mais qui n’en demeure pas moins envié dans bien des contrées. Ils sont désormais 28 à avoir reçu un ministère, c’est-à-dire un service pour le bien commun. À peine annoncés, leurs noms sont scrutés, leurs vies disséquées, leurs propos analysés : qui sont-ils ? d’où viennent-ils ? que veulent-ils ? Les uns applaudissent bruyamment, les autres hurlent à la catastrophe annoncée. Et si le mieux était de se taire et de laisser chacun travailler ?

Être indépendant
Dans le remue-ménage et les résistances que beaucoup éprouvent dans notre pays à l’encontre du pouvoir politique, il y a bien des raisons. Crise de confiance, hyper communication qui génère le doute systémique, manque de « visions »… On en disserte abondamment sur les plateaux télés de toutes sortes. Mais n’y a-t-il pas aussi, au fond du fond, une profonde résistance en chacun de nous à l’idée même de pouvoir être gouverné ? Les temps actuels prônent l’autonomie de l’individu : chacun doit forger son destin, en être le maître, aller « au bout de ses rêves ». Et tout doit tendre vers cela : l’homme ne peut être heureux que s’il est indépendant ! Comment alors comprendre et accepter l’idée même d’autorité dès lors qu’elle vient limiter l’espace de mes désirs et prétend contrôler ma route ? Tout ordre devient diktat, toute contrainte devient asservissement. Et toute voix qui rappelle ou annonce la loi devient suspecte de despotisme.

Difficile de reconnaître la légitimité d’un homme, d’une femme, dont les limites nous apparaissent d’autant plus crûment qu’ils sont amplifiés — et de quelle manière — par le show général dans lequel nous sommes immergés. Et pourtant, quel que soit le modèle de gouvernance que nous prônons, il n’en demeure pas moins qu’au bout du compte cette question d’obéissance sera toujours le point d’achoppement. Voulons-nous ou non consentir ?

Dans l’intime de notre être
Ne nous y trompons pas, cette question ne concerne pas uniquement notre dimension sociale ou collective. Nous y sommes confrontés dans l’intime de notre être : sommes-nous prêts à entendre et écouter une voix autre que la nôtre dès lors qu’elle ne confirme pas nos goûts et nos tendances ? Le croyant sera tenté de répondre aussitôt « oui » en s’affirmant ainsi à l’écoute de la sagesse divine. Mais est-ce si sûr ? Est-il possible de prétendre écouter Dieu lorsque l’on se refuse à reconnaître la légitimité de ceux qui dans une société imparfaite cherchent à définir des cadres ? Certes, la légitimité humaine ne signifie pas l’absence d’erreurs et de fautes. Le pouvoir politique doit être soumis à la discussion, au débat, voire même à l’affrontement pacifique. N’en est-il pas ainsi aussi dans le secret de nos cœurs de notre relation à Dieu ? N’est-elle pas combat comme celui de Jacob ? Qui peut dire qu’il accepte tout sans rechigner, sans négocier, sans finasser ?

Le préoccupant aujourd’hui est que non seulement nous ne discutons plus, mais que nous rejetons souvent d’un bloc les hommes et leurs projets, leur refusant toute bonté, les enfermant dans des verdicts affectifs (« je ne l’aime pas »), alors qu’on ne nous demande pas d’abord d’aimer ni d’admirer mais de s’informer et de réfléchir au bien non pas particulier, mais commun que nous devons rechercher ensemble.

Ils sont là
On s’étonne d’un niveau d’engagement faible dans la vie politique, on se gausse de candidats un peu gauches ou franchement baroques qui sollicitent nos suffrages. Une raison n’est-elle pas que cette carrière est fort peu désirable pour toute personne sensée qui ne souhaite pas voir sa vie dévoilée crûment et son nom souillé dans les violences inouïes que nos réseaux sociaux charrient chaque jour ? Ceux qui vont être élus, ceux qui nous dirigeront ne seront ni parfaits en soi ni mauvais. Nous n’avons ni à les idolâtrer ni à les diaboliser. Ils sont là et c’est déjà pas mal. Sans renoncer, au contraire, à promouvoir la Justice et le Bien, sans faiblir dans le dialogue et la réflexion, acceptons qu’ils exercent leurs responsabilités et confions-les, pour ceux d’entre nous qui croient en son pouvoir, à la prière de tous ceux qui du Ciel accompagnent notre marche sur cette terre.

Benoist de Sinety

22. mai, 2022

Le père Christian Lancrey-Javal, curé de la paroisse Notre-Dame de Compassion à Paris, commente l’évangile du 6e dimanche de Pâques (Jn 14, 23-29). Jésus lui aussi a connu des "bouleversements" intérieurs, la tristesse et l’angoisse. Mais il reste avec nous et il nous envoie l’Esprit saint, le “Défenseur”.

Jésus a connu l’angoisse et la peur. L’évangile de saint Marc le décrit, à Gethsémani : « Il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse. Il leur dit : “Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez” » (Mc 14, 33). La peur et la tristesse sont deux sentiments distincts qui peuvent se mêler mais qu’il est important d’identifier et de distinguer pour y répondre de façon adaptée. Jésus a connu l’angoisse et il sait de quoi il parle lorsqu’il dit à ses disciples, comme on vient de l’entendre : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé » (Jn 14, 27). En fait, il le répète car il leur avait déjà dit : « Que votre cœur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi » (Jn 14, 1). Ce premier « bouleversé » ne disait pas le type d’émotion, sa coloration. Mais Jésus proposait la foi, la confiance en Dieu pour dépasser cet état émotionnel. Et voilà qu’il dit à présent quelle est la force qui donne la foi : l’Esprit saint.

Trois « bouleversements » de Jésus
L’évangile de saint Jean contient trois séquences successives, une sorte de triptyque dont la partie centrale se situe au chapitre 12 : Jésus annonce que « l’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. […] Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? — Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! Alors, du ciel vint une voix qui disait : “Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore” » (Jn 12, 23-27). Cette séquence est précédée par un premier bouleversement à la mort de Lazare. Quand Jésus vit pleurer Marie, la sœur de Lazare, « et que les juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé. Il frémit en son esprit et se troubla, et il demanda : “Où l’avez-vous déposé ?” Ils lui répondirent : “Seigneur, viens, et vois.” Alors Jésus se mit à pleurer » (Jn 11, 33-35). Quelle tristesse. Elle est suivie d’un troisième bouleversement, après le lavement des pieds, quand Jésus annonce la trahison de Judas, « il fut bouleversé en son esprit […] : “Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera” » (Jn 13, 21). Voyez ce triptyque, avec au centre l’angoisse de la confrontation à notre condition mortelle. À gauche si je puis dire, premier volet, la tristesse à la mort d’un proche, un ami, Lazare. Et à droite, troisième volet, le mélange de tristesse et d’angoisse devant la trahison d’un proche, « l’ami qui partageait mon pain » (Ps 40, 10). Judas se perd lui-même, le trahit et se condamne.

Les crises d’angoisse
La juste reconnaissance de nos émotions est la base de la connaissance de soi, nécessaire à la conversion et à la maîtrise de soi. Sans compter, le cas échéant, leur traitement adéquat, médicamenteux ou par la thérapie, lorsque ces émotions sont trop lourdes à porter. Les liens de la mort m’étreignaient, dit un psaume (Ps 17, 6). L’expression exacte est une « angoisse mortelle » (Est 4, 17). C’est un aspect de la crise d’angoisse, la sensation de mort imminente, qui peut aller jusqu’à la panique, sans que la raison puisse prendre le dessus.

"À quoi cela sert-il d’avoir la foi si c’est pour avoir aussi peur ?"

Les hôtesses et pilotes des avions sont habitués à faire face à de telles crises de panique, où entre une part de claustrophobie, de sentiment d’enfermement, qui peut survenir « au sol », dans la vie courante pour ceux qui se retrouvent étranglés financièrement, se sentent étouffés par les dettes et les traites, qui ne voient pas comment ils vont s’en sortir. Je me souviens d’un de mes amis, un directeur administratif et financier extrêmement brillant dans ses exposés ; il n’avait pas cette facilité à l’écrit, était plus à l’aise avec les chiffres, me demandait parfois de corriger ses mémos, mais il avait à l’oral un talent éblouissant. J’avais beaucoup d’admiration pour lui. Père de cinq enfants, catholique confirmé, il avait demandé à notre patron d’être le parrain du dernier. Je l’ai retrouvé après la première guerre du Golfe qui l’avait rendu fou : il avait perdu ses cheveux, passé ses nuits devant la télévision. Il avait ensuite perdu son travail. Il n’avait pas osé le dire à sa famille. Et il est mort d’une crise cardiaque, à cinquante ans, dans un bureau vide, désaffecté. Quelle tristesse.

« Qui viendra à mon secours ? »
Des années plus tard, prêtre, j’ai découvert dans l’histoire de l’Église et rencontré plus d’un cas de prêtres, de religieux, en proie et submergés par de telles attaques, de telles crises d’angoisse, comme si la foi était impuissante, dépassée. À quoi cela sert-il d’avoir la foi si c’est pour avoir aussi peur ? Je vous enverrai un Défenseur, dit Jésus. « Le Défenseur, l’Esprit saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 26). Est-ce qu’il nous enseignera comment résister à l’angoisse et à ces attaques ? Des attaques bien plus terribles que les tentations que Jésus a connues au désert : au désert, Jésus était seul, envoyé par l’Esprit ; pour la mission, il avait appelé les apôtres. Mais quiconque a charge d’âmes, père ou mère de famille, des enfants à nourrir, des traites à payer, des salariés, sait ce qu’est l’angoisse la plus matérielle. Et quand survient une rupture, une séparation, un abandon, une trahison, comment résister à la panique ? Qui viendra à mon secours ?

Nous avons l’entraînement quotidien de la prière, la confiance en Dieu seul qui ne nous abandonnera jamais. Si quelqu’un m’aime, dit Jésus, il gardera ma parole, il gardera confiance. « Mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure » (Jn 14, 23). Chaque soir, avec l’humilité de la fragilité et la force de la fidélité, nous pouvons reprendre la prière du soir de Pâques : Reste avec nous Seigneur Jésus, « car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme » (Lc 24, 29). Reste avec nous Seigneur Jésus : en réalité, donne-nous la force de rester avec toi, la force de la fidélité et l’humilité de la fragilité. Nous sommes des êtres fragiles, sans toi Seigneur nous ne pouvons pas vivre — pas vivre vraiment, en accord avec nous-même. Je t’aime Seigneur : je ne peux pas, je ne veux pas vivre sans toi. Que la Messe renouvelle nos forces et notre foi.

Christian Lancrey-Javal