10. oct., 2020

« L’amour de Dieu est visible au sein de la famille de Victorine »


Ils étaient près de 1.000 personnes, proches et anonymes, à assister aux obsèques de Victorine Dartois, jeune fille de 18 ans dont le corps a été retrouvé sans vie dans un ruisseau de Villefontaine (Isère) lundi 28 septembre, en l’église Saint-Jean-Baptiste de Bourgoin-Jallieu (Isère). La capacité de l’église étant restreinte à 300 en raison des consignes sanitaires, des écrans ont été installés sur le parvis pour permettre à ceux qui le désiraient de suivre la messe en direct. C’est son parrain, le père Tancrède Leroux, curé dans le Beaujolais, qui a présidé la cérémonie. « C’est un moment difficile, surtout après un drame comme celui-là, une mort aussi brutale », raconte-t-il à Aleteia au lendemain des funérailles.

Aleteia : Vous étiez le parrain de Victorine. Quelle image renvoyait-elle ?
Père Tancrède Leroux : Nous échangions souvent avec Victorine par téléphone, sur Facebook. Ma paroisse étant dans le Beaujolais je ne la voyais pas si souvent que cela mais j’ai marié ses parents, Sylvie et James, je suis proche de cette famille. C’est une jeune fille qui parlait facilement de Dieu, elle était joyeuse, entraînante. Ses amis et sa famille sont d’ailleurs unanimes : elle avait une joie de vivre communicative. Que ce soit au sein de la paroisse, de l’aumônerie ou des scouts, elle était rayonnante.

Quelle relation entretenait-elle avec Dieu ?
Une relation très simple. Elle parlait librement de sa foi en famille, avec son frère et ses sœurs, lors de la prière en famille, de bénédicités. Elle avait un chapelet aussi. Ses obsèques tombaient d’ailleurs le jour de Notre-Dame du Rosaire. Nous avons prié pour elle en nous adressant à la Vierge Marie et nous en remettant à sa douceur. La foi de Victorine est à l’image de celle de sa famille. Ils ont beaucoup d’espérance et témoignent d’une foi très profonde. C’est vraiment une belle famille et pour moi, ami prêtre, c’est édifiant. C’est beau de voir l’amour de Dieu transparaître autant au sein d’un foyer.

Quel soutien apporter aux proches ?
La famille de Victorine est restée très digne tout au long des funérailles. Plusieurs proches ont d’ailleurs été étonnés. Ils ont reçu énormément de lettres, de messages. Beaucoup de chaînes de prières, de chapelets, de neuvaines et de messes ont été dites pour elle. La difficulté, comme pour toutes les familles qui ont connu un tel arrachement, va être de reprendre la vie quotidienne sans Victorine. Dans le cas des parents et des proches de Victorine qui sont croyants, on sait que la personne est près de Dieu et que nous sommes en lien avec elle par la communion des saints. Nous savons qu’elle est là auprès de nous.

Quel sens donner à un tel événement ?
La première des choses est le choc. Ensuite il y a le silence. C’était d’ailleurs le sens de la marche blanche organisée pour Victorine le 4 octobre. Près de 6.000 personnes se sont rassemblées et la famille a reçu des millions de messages de soutien sur les réseaux sociaux. Face à l’injustice, au drame, il y a donc le recueillement, indépendamment d’ailleurs de la foi des personnes, de leur religion. C’est un cri vers Dieu qui peut se faire dans le silence, dans la foi… Il y a une réflexion qui se fait pas à pas. On ne peut donner aucun sens à ce drame. Le mal est injustifiable, le péché n’a aucun sens. C’est un moment très difficile que nous traversons car Dieu ne veut pas de mal.

On peut néanmoins faire une lecture de foi de cet arrachement. Lors de la marche blanche Rémy (le frère de Victorine, ndlr), a voulu qu’il y ait une croix. La lumière de la croix éclaire le drame humain. Le Christ a vécu ces drames en portant et a porté les péchés du monde sur la croix. On peut y unir la mort de Victorine. Le mal est injustifiable et le péché n’a pas de sens. Mais ultimement, on rencontre toujours le mystère qu’est la résurrection et qui donne un sens à tout cela. C’est le Christ qui porte tous les péchés du monde sur la croix, qui offre sa vie en sacrifice et qui témoigne que l’amour de Dieu est plus fort que la mort. Nous sommes dans une société qui a peur de la mort, qui a peur de la vie. Il faut espérer que des réflexions naissent à partir de ces drames et aident à redonner un sens plus humain à nos sociétés.