2. avr., 2021

Pourquoi est-il si difficile de prendre une décision au temps du Covid ?

Où va-t-on se confiner ? Que fait-on pour Pâques ? Faut-il se réunir avec ses proches au risque de les contaminer ? En temps de pandémie, les libertés individuelles sont contraintes par l’enjeu sanitaire et les lois gouvernementales. Cependant, les contours flous de ces dernières – la « tolérance » annoncée pour ce week-end pascal en même temps qu’un dispositif renforcé des contrôles de police, le « motif impérieux » de l’attestation, soumis à de nombreuses interprétations personnelles… -, ouvrent la porte à la plus grande indécision.

Pour couronner le tout, quelle que soit la décision prise, un sentiment de culpabilité vient peser sur nos épaules. Car au tribunal de la pandémie, chacun a vite fait de s’autoproclamer juge (avec une spécialité en épidémiologie) et de déclarer son prochain… coupable. Coupable d’un comportement irresponsable, ou à l’inverse, coupable d’un excès de prudence, c’est selon. Tu es malade ? Tu es coupable d’avoir attrapé ce foutu virus malgré les règles sanitaires. Tu es cas contact ? Tu es coupable d’avoir côtoyé un malade sans les précautions d’usage. Tu es en bonne santé ? Tu es coupable de ne pas te faire tester car tu es peut-être asymptomatique. Tu rends visite à tes parents ou tes grands-parents ? Tu es coupable de mise en danger de la vie d’autrui. Tu ne rends pas visite à tes parents ou tes grands-parents ? Tu es coupable d’ingratitude. Tu respectes la limite des 10 km ? Tu es un trouillard sans cœur. Tu ne respectes pas la limite des 10 km ? Tu es un égoïste irresponsable. Tu veux aller au mariage de ton meilleur ami ? Tu sera en partie responsable de la tension dans les hôpitaux. Tu ne vas pas au mariage de ton meilleur ami ? Tu es un vieux con.

Et si, à la veille de ce week-end pascal, point d’orgue des discussions intrafamiliales entre « ceux qui viennent » et « ceux qui ne viennent pas », on s’exerçait à la bienveillance ? Si on essayait de comprendre l’autre, ses peurs ou ses motivations, au lieu de le taxer de peureux ou d’irresponsable ? Si on prenait le temps de décrypter, en conscience, les motifs qui nous poussent à prendre telle ou telle décision ? Bienveillance et discernement, deux leviers pour en finir avec ce sentiment de culpabilité permanente.

Cesser de juger son prochain

Qui n’a pas émis ou entendu cette désormais banale expression : « Ce n’est pas très Covid, tout ça ! » à propos du pot de départ à la retraite de Machin ou de la réunion de famille à l’occasion du baptême de Bidule ? Une phrase banale, certes, bien souvent prononcée sur le ton de l’humour, mais qui induit une once de jugement et un brin de culpabilité. Une petite phrase anodine mais qui subrepticement en vient à modifier les rapports sociaux : on fait désormais attention à ce que l’on dit et à qui on le confie, à ce que l’on poste sur les réseaux sociaux, de peur d’être jugé voire lynché. A l’inverse, ceux qui déclinent une invitation en période de couvre-feu ou au-delà de la limite des 10 km se font parfois traiter de vieux grincheux.

La première étape pour enrayer cette épidémie de culpabilité serait donc de cesser de juger son prochain et de faire preuve d’un peu d’empathie. Ecouter l’autre, se mettre à sa place, permet de mieux comprendre ses décisions.

Prier et discerner en conscience pour avoir l’âme en paix

Ces temps troublés entretiennent la mauvaise conscience, dans la mesure où il est difficile de respecter à la lettre la montagne d’injonctions qui nous échoit. La mauvaise conscience, c’est de savoir ce qui est bien de faire, mais de ne pas le choisir. Pour Marguerite Léna, philosophe et membre de la Communauté apostolique Saint-François-Xavier, cette mauvaise conscience, « c’est le signe du Diviseur, de Satan, qui s’arrange pour diviser notre âme ». Tout l’enjeu est donc de résister à la mauvaise conscience et d’être des témoins d’espérance. Une mission que nul ne peut accomplir s’il passe son temps le nez sur son nombril à se demander s’il a raison ou s’il a tort. En revanche, il est bon de se mettre devant le Seigneur, de prendre le temps de prier et de discerner ce qui, aujourd’hui, pour moi et pour ceux dont j’ai la charge, est le plus important.

A maintes reprises, la situation actuelle appelle à prendre des décisions en conscience. Qu’il s’agisse de maintenir son week-end de Pâques ou son mariage, de se faire vacciner ou tester, chacun est invité à discerner ce qui est bien, non pas pour son propre intérêt mais pour le bien commun. « Notre conscience est obligée par la recherche du bien, qui s’inscrit toujours dans le bien commun », souligne le père Samuel Berry, curé de saint Leu-la-Forêt (Val d’Oise). « Le critère ultime de l’action, ce n’est pas la loi – aucune loi ne peut remplacer notre conscience –, mais c’est la conscience ordonnée au bien commun ». En dernier recours, c’est bien notre conscience qui juge, « mais il faut pouvoir en rendre compte devant Dieu, pouvoir justifier des motifs qui nous font penser que c’est la bonne décision », précise le père Samuel Berry. Le simple motif que « cela m’arrange » ou que « cela me fait plaisir » ne constitue pas une décision en conscience. Il faut se demander si cela répond à un réel besoin, si c’est ce qui est bien de faire, et pour cela éclairer sa conscience aussi objectivement que possible. Une telle décision prise en conscience permet dans le même temps de trouver l’apaisement. Car si le choix a été mûri et posé pour des raisons que l’on juge bonnes, alors il n’y a plus de place pour la culpabilité.