1. juil., 2021

Bioéthique, c’est le moment favorable…

« Kairos », terme grec qui signifie le « temps favorable ». Nous y voilà plongés, bien malgré nous, depuis l’adoption définitive par l’Assemblée nationale du projet de loi de bioéthique. Allons-nous passer l’été — et les mois qui suivront — à ressasser le vote de ce texte et les égarements les plus funestes en passe de se réaliser ? Mais non, foin du dégoût, du pessimisme, de l’acrimonie ! Tout cela ne sert à rien. Saisissons-nous au contraire de ce kairos, de ce temps favorable. Faisons un pas de côté et considérons l’opportunité exceptionnelle de ce moment qui nous est offert, à tous et à chacun : « Vois ! Je mets aujourd’hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur » (Dt 30, 15). L’adoption de ce projet de loi lance le défi de l’aventure immense du « monde d’après ».

Le défi de l’infertilité

Dans ce monde d’après, l’infertilité et la difficulté de concevoir naturellement un enfant seront sans doute de plus en plus présentes, aux causes multiples. Alors que la loi de bioéthique incite à pallier cette souffrance par le recours à la technique avec toutes les réserves et les injustices qu’elle suscite, l’homme est appelé à exercer son génie pour accepter de tourner son désir profond et généreux vers les plus petits et les plus faibles : ceux qui sont déjà là et qui attendent une famille adoptive alors qu’ils sont peut-être grands, en fratrie, malades ou handicapés, ceux qui attendent une famille d’accueil alors qu’ils sont placés, ceux qui espèrent un parrainage depuis la France ou l’étranger, qu’il s’agisse de les parrainer individuellement ou avec leur maman. Et que dire de l’attente de ces adultes eux-mêmes, petits et les faibles de notre société parce qu’ils sont étrangers, misérables, terriblement isolés ?

Renoncer à l’enfant-produit de la technologie pour donner et recevoir ailleurs est un choix difficile, exigeant, qui demande dans la plupart des cas de renoncer à avoir des petits à soi, à pouvoir établir une filiation juridique avec des enfants auxquels on voudrait transmettre un nom, une généalogie, une histoire… C’est un choix auquel beaucoup seront appelés et c’est le choix de la vie et du bonheur.

L’enjeu de la formation

Dans le monde d’après, les maladies n’auront pas disparu. Face à la fascination de la technique qui incite l’homme à demander à la médecine de manipuler toujours plus le vivant dans le fantasme fou d’une vie immortelle et éternellement jeune, il nous faut résister aux sirènes des expérimentations et prétendus progrès médicaux qui détruisent la vie au profit de la technoscience.

Dans le monde d’après, les notions de droit, de justice, de bien commun, les termes de père, de mère, de soins, etc… paraîtront usurpés, soumis au subjectivisme de ceux qui les utiliseront pour servir leurs intérêts. Face à la tentation de la désespérance de la privation de sens, nous sommes appelés à nous former en profondeur, à transmettre aux plus jeunes, à travailler sans relâche et avec courage dans tous les domaines cruciaux de la société (enseignement, enfance et jeunesse, science, médecine, droit, philosophie, etc.), ce qui impliquera sans doute, souvent, de renoncer à des rémunérations attirantes ou à des postes brillants accessibles seulement aux prix de compromis. 

Le temps de la consolation

Dans le monde d’après, notre société sera sans doute encore plus fracturée, et beaucoup souffriront de l’absence d’un père, d’une mère, d’une famille, d’une identité, d’une histoire. Face à la tentation du rejet, de l’incompréhension, de la fuite devant les situations difficiles, chacun de nous est appelé à tendre la main, à écouter, à refuser le jugement au profit de la compassion et de la consolation. Oui, partons avec cette conviction pour l’été. C’est la chance inestimable de vivre ce kairos…