15. juil., 2021

Vaccin et foi, ce curé ne veut pas tout mélanger

Alors que les annonces d’Emmanuel Macron lundi soir sont largement commentées ces dernières heures, au risque d'entraîner des divisions supplémentaires dans la société, notamment parmi les catholiques, le père Louis-Marie Guitton, prêtre du diocèse de Toulon a publié un texte pour appeler à la raison garder.

Le débat sur la vaccination touche toute la société française, et les catholiques ne sont pas en reste ! Comment chercher la paix et ne pas se diviser entre les pro-vaccins et les anti ? En tant que curé de paroisse, membre à part entière de la vie de la cité, et à l’écoute de ses paroissiens, le père Louis-Marie Guitton du diocèse de Toulon-Fréjus, et habitué des réseaux sociaux, a publié ce mardi 13 juillet un long texte sur sa page Facebook pour donner le fruit de sa réflexion et tenter d’apaiser sa communauté. Voici le texte qui souhaite avant tout “éviter les caricatures”, selon le père Guitton joint par Aleteia. Plutôt que “se bagarrer sur le vaccin, battons-nous pour ceux qui n’ont pas de visites à l’hôpital ».

“Je ne sais pas s’il est bon d’en rajouter dans le climat électrique de ces jours-ci. En revanche, il est nécessaire d’éviter de recourir à je ne sais quelles sortes d’arguments « de foi » pour asseoir sa position sur le vaccin.

Je n’ai pas de compétence particulière sur les vaccins. Pour ce qui concerne le bien commun, je m’en remets aux autorités légitimes qui en ont la charge. La foi et les opinions politiques n’ont pas grand-chose à voir là-dedans. Je n’envie pas ceux qui se trouvent dans la position de décider comment traverser cette crise et m’efforce de prier pour eux.

Il me semble que rien ne m’a été demandé qui aille contre ma conscience. Rien ne me permet de crier à la dictature ou au complot. Rien ne me permet de comparer ma situation à celle de mes frères qui subissent de vraies persécutions.

Peut-être que certains ont des réticences, on peut les comprendre. Les arguments avancés pour résoudre cette crise n’ont pas toujours été les plus rationnels. Mais faut-il pour autant disqualifier systématiquement ceux qui gouvernent?

Les jugements à l’emporte-pièce n’aident pas, ni dans un sens ni dans l’autre… Ceux qui ne font vaccinés ne sont ni des collabos ni des traîtres… Ceux qui hésitent ne sont ni des débiles mentaux ni des fachos.

Pour mener la lutte contre la maladie en France, la difficulté … ce sont les Français qui ont tous, comme chacun sait, leur opinion sur la question, comme sur ce qu’il aurait fallu faire pour gagner la Coupe d’Europe.

Votre opinion est respectable. Mais pour le bien commun, on s’en remet en général à celui qui a la grâce d’état pour décider. Je remarque aussi, si cela était nécessaire, que « nos » papes sont vaccinés.

Parmi mes préoccupations de prêtre, le vaccin ne vient pas en premier.

Que cesse par exemple l’arbitraire dans le droit de visite aux malades (même quand on est vacciné…). J’ai enterré plusieurs personnes très âgées, privées de visite pendant plusieurs mois et mortes dans un grand isolement. C’est assez indigne et durablement blessant. On frise même l’absurde lorsque la personne est à l’agonie… Que risque-t-elle en recevant alors une dernière visite?

Enfin, je ne sais pas trop ce qui se passera si nous devions exiger, nous, un pass sanitaire dans les églises. Je propose à tous les donneurs de leçons, dans un sens ou dans l’autre, de venir faire l’accueil à l’entrée.

Bérengère Dommaigné