7. nov., 2021

À Lourdes, le temps mémoriel et pénitentiel des évêques au son du glas

Après avoir reconnu la responsabilité institutionnelle de l’Église dans les abus sexuels commis en son sein, les évêques de France ainsi qu’une centaine de prêtres, laïcs et religieux ont vécu, samedi 6 novembre, un temps mémoriel et pénitentiel à Lourdes. Un temps grave, lourd et essentiel.
Sous un soleil froid d’automne, ce samedi 6 novembre au matin, les visages étaient graves dans le sanctuaire de Lourdes. Après avoir reconnu la veille la responsabilité institutionnelle de l’Église dans les abus sexuels commis dans l’Église ainsi que la dimension systémique de ces violences, les évêques de France ainsi qu’une centaine de prêtres, laïcs et religieux se sont rassemblés afin de vivre un temps mémoriel et pénitentiel.

Dans les yeux de l’enfant se mêlent la souffrance de la violence subie, le déni de sa parole et une grande solitude.

« Ici, ensemble, rassemblés pour recevoir le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), nous voulons marquer ce lieu de Lourdes pour un premier témoignage visuel qui fera mémoire de tant de violences, de drames et d’agressions », a déclaré Hugues de Woillemont, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF). Une photo, prise par une victime, montrant une sculpture de tête d’enfant pleurant a été dévoilée. Scellée au mur de l’hémicycle dans lequel se réunit l’épiscopat pour son Assemblée plénière, elle préfigure la construction d’un « lieu de mémoire », décidée en mars par les évêques, mais dont les modalités n’ont pas encore été définies. « Dans les yeux de l’enfant se mêlent la souffrance de la violence subie, le déni de sa parole et une grande solitude », a indiqué le président de la CEF, Mgr Éric de Moulins-Beaufort.

Au son du glas

Les évêques, qui n’étaient pas en habit à la demande express des victimes, ainsi que les personnes réunies ont ensuite traversé le Gave afin de se rendre sur le parvis de la basilique Notre-Dame du Rosaire pour une prière pénitentielle. Il ne s’agit pas d’une demande de pardon aux victimes mais d’implorer la pitié de Dieu pour la consolation des victimes et toute l’Église. Ce temps pénitentiel, rythmé par la sonnerie du glas de Lourdes, restera certainement comme l’un des moments les plus forts de l’Assemblée plénière.


ÔDieu que nous osons appeler « notre Père », pardonne-nous. Tu mets ton Église à nu, comme jadis Jérusalem, mise à nu à cause de ses crimes.

Nous pensions être préservés par la sainteté de ton Fils et le sacrifice qu’il a remis entre nos mains. Nous découvrons que nous sommes capables, nous tes ministres, nous que tu as appelés et choisis, de profaner ton don le plus ultime, de transformer en un système humain de dégradation, de mépris, de mort, le don jaillissant de ton Esprit.

Pardonne-nous de n’avoir pas compris combien le pouvoir que tu donnes exige de nous une clarté sans faille. Pardonne-nous d’avoir pris ta miséricorde pour une tolérance devant le mal.

Relève-nous, nous t’en prions. Refais nos cœurs. Inspire-nous comment aller vers celles et ceux que nous avons humiliés, négligés, blessés, abandonnés,

Relève les personnes qui souffrent, nous t’en supplions à genoux. Donne-nous de les écouter et de faire ce qu’elles nous demandent.

Ô Dieu que nous osons appeler « notre Père », pardonne-nous. Refais nos cœurs.

Inspire-nous comment aller vers celles et ceux meurtris et humiliés que nous avons négligés et abandonnés. Donne ta joie à celles et ceux à qui nous avons manqué, nous que tu as établis pour porter ta parole de grâce et qui avons failli.

Tu nous as appelés à enseigner, apprends-nous à écouter.

Tu nous as appelés à sanctifier, dépouille-nous de toute appropriation, que ta grâce nous maintienne en perpétuelle conversion ;

Tu nous as appelés à gouverner, purifie-nous de tout goût du pouvoir, libère-nous de toute peur, à commencer par celle de perdre.

Dieu de justice et de miséricorde, Dieu de vie et de paix, prends-nous en pitié, viens au secours de notre humanité.
Agnès Pinard Legry