8. déc., 2021

Mgr de Germay : « On n’est pas archevêque pour satisfaire une ambition personnelle »

Le 20 décembre prochain, cela fera un an que Mgr Olivier de Germay est installé comme archevêque de Lyon. Aleteia l'a rencontré pour dresser un bilan de cette première année, évoquer ce 8 décembre si cher aux Lyonnais et en savoir plus sur le regard qu’il porte sur l’Église en France, particulièrement secouée ces derniers mois.

Il y a un an, le 20 décembre 2020, Mgr Olivier de Germay devenait archevêque de Lyon, un diocèse qui sortait à peine d’une période troublée et aspirait à retrouver la sérénité. Aleteia lui a posé quelques questions pour faire un premier bilan sur son action, évoquer le 8 décembre à venir mais aussi connaître son analyse concernant la lourde actualité de l’Église. Mgr de Germay revient notamment sur la démission de Mgr Michel Aupetit, la manière dont il a reçu le rapport de la Ciase et les actions mises en place dans son diocèse face aux abus sexuels. « En reconnaissant ensemble la responsabilité de l’Église, nous adressons un message aux personnes qui souffrent aujourd’hui. Il faut qu’on les entende, qu’on les écoute et qu’on leur vienne en aide », confie-t-il. Entretien.

Vous allez vivre votre tout premier 8 décembre à Lyon, une date très fêtée par les Lyonnais… Quel va être votre programme ?
Aleteia : C’est vrai qu’il s’agit de ma première fois à Lyon, même si en Corse aussi le 8 décembre est également très fêté ! Je me laisse encore un peu porté, je présiderai la montée aux flambeaux puis la messe des jeunes à Fourvière. Je prends conscience de l’attente qui est très forte ici, de cet événement très important pour les Lyonnais. Tous ces gens qui viennent et qui ont une attente spirituelle. Je sais que le cardinal Barbarin a beaucoup fait pour rendre à cette fête, une âme et une racine chrétienne. Et ce que je trouve très beau, ce sont toutes ces églises qui seront ouvertes, tous ces bénévoles prêts à accueillir les passants, à les écouter ou à les guider dans la prière. Vraiment ce diocèse est dynamique et le 8 décembre est un bel exemple de cet élan missionnaire.

"Nous sommes passés par l’abaissement, l’humiliation et la douleur, mais je pense que cela nous mènera ensuite vers la purification et l’embellie".

Il y a l’élan missionnaire mais il y a aussi les crises que traverse l’Église de France… L’actualité est lourde ces derniers temps. Comment avez-vous reçu le rapport de la Ciase ?
Le rapport de la Ciase a été un choc. Ce rapport a mis en lumière une face sombre de l’Église et je ne m’attendais pas à une telle ampleur du phénomène. J’ai été très marqué par ce que nous avons vécu à Lourdes avec les évêques, ce qui restera comme une étape très importante, de l’ordre du mystère pascal. Nous sommes passés par l’abaissement, l’humiliation et la douleur, mais je pense que cela nous mènera ensuite vers la purification et l’embellie. Donc c’est aussi plein d’espérance. Il y a deux ou trois ans, nous n’aurions pas été aussi loin dans la reconnaissance de la responsabilité de l’institution, au sens où il y a eu une culture du silence, qui a fait système. On assume ensemble cette responsabilité qui est au-delà d’une responsabilité individuelle. Un catholique m’a écrit récemment : « Je n’y suis pour rien, je ne suis pas responsable ». J’ai eu envie de lui répondre : « Moi non plus ! ». Mais pourtant, en reconnaissant ensemble la responsabilité de l’Église, nous adressons un message aux personnes qui souffrent aujourd’hui. Il faut qu’on les entende, qu’on les écoute et qu’on leur vienne en aide.

Et quelles sont vos décisions dans le diocèse ?
Depuis la publication du rapport, nous avons reçu de nouveaux appels, des victimes qui ne s’étaient encore jamais exprimées. Nous avons une cellule d’accueil et d’écoute qui est au point et qui oriente ces personnes vers les bons interlocuteurs, pour certains vers l’instance nationale de reconnaissance et de réparation qui vient de se mettre en place. Par ailleurs, pour les cas où l’agresseur présumé est encore en vie, voire encore en fonction, nous adressons systématiquement un signalement à la justice. Et si celle-ci décide d’une mise en examen, alors nous retirons immédiatement au prêtre tout ministère.

Une autre actualité lourde, ces derniers jours, est le départ de Mgr Aupetit. Qu’en pensez-vous ?
Cela a été très soudain. J’ai été très surpris de cette rapidité, autant dans l’annonce de sa remise de charge que dans l’acceptation du Pape. J’ai également été très touché par sa réaction, très humble, ça montre vraiment qu’on n’est pas archevêque pour satisfaire une ambition personnelle ou pour réaliser un plan de carrière. Il faut être au service, quitte à avoir le courage de se retirer si on le juge nécessaire. Tout ce que je peux ajouter, c’est que je prie particulièrement pour lui.

Dans quelques jours, vous allez fêter vos un an à la tête du diocèse de Lyon, qu’avez-vous découvert de ce diocèse ?
Je suis vraiment dans l’action de grâce de ce que j’ai découvert. Je ne l’avais pas caché en arrivant il y a un an, j’avais des craintes mais « le Seigneur m’a porté comme sur les ailes d’un aigle », et je lui suis vraiment reconnaissant. J’ai été très bien accueilli, avec beaucoup de bienveillance, et je souhaite remercier tous les laïcs et tous les prêtres pour cet accueil. La charge est lourde, certes, mais je peux en réalité m’appuyer sur beaucoup de personnes, prêtres, religieux et laïcs, bénévoles, qui ont de très belles compétences et une volonté commune de travailler à l’unité.

"On s’interroge beaucoup aujourd’hui sur la situation du monde, sur les diverses crises… J’allais dire : la première crise, elle est spirituelle".

J’ai bien ressenti que j’étais attendu, que le diocèse avait souffert, mais j’ai surtout été marqué par la volonté de tous d’aller de l’avant, dans le respect des différences, vers l’unité et surtout de recentrer la mission sur le Christ. Car cela reste ma conviction profonde, rien n’est plus urgent aujourd’hui que d’annoncer le Christ. On s’interroge beaucoup aujourd’hui sur la situation du monde, sur les diverses crises… J’allais dire : la première crise, elle est spirituelle. Et la première chose dont le monde a besoin, c’est le Christ. Laissons-nous guider par l’Esprit saint, comme les premiers chrétiens, comme saint Paul, pour annoncer le Christ.

Bérengère de Portzamparc