7. janv., 2022

La chasteté commence par le regard

Pour saint Augustin, la chasteté passe avant tout par le regard. "Ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux".

Ecrite au IVe, la règle de Saint Augustin constitue la première règle monastique d’Occident. Destinée à chercher Dieu, elle est fondée sur trois piliers : la pauvreté, l’obéissance, et la chasteté. Loin des caricatures, sa définition de la chasteté peut trouver un écho en chacun de nous, que nous soyons mariés, consacrés ou célibataires. En effet, pour l’évêque d’Hippone, la chasteté passe avant tout par le regard. Il enjoint à cultiver un regard pur, garant d’un cœur pur.

Regard et cœur intrinsèquement liés
« Ne prétendez pas avoir le cœur pur, si vous avez les yeux impurs, car l’œil impur est le messager d’un cœur impur », écrit Saint Augustin. Il fait ainsi référence à l’Evangile de Luc : « Quand ton œil est limpide, ton corps tout entier est aussi dans la lumière ; mais quand ton œil est mauvais, ton corps aussi est dans les ténèbres » (Luc 11, 34). La disposition du regard et celle du cœur sont intrinsèquement liées. La chasteté ne se mesure pas seulement aux gestes, à ce qui est visible, mais aussi à ce qui habite le cœur de l’homme. « Même si les corps restent intacts de toute atteinte à la pudeur, c’en est fait de la vraie chasteté : celle du cœur », précise-t-il. D’où l’injonction à apprendre à discipliner et purifier le regard que nous portons sur notre prochain.

Un regard chaste est un regard qui voit en l’autre non pas un objet de désir, mais une personne dans toute sa dignité en tant que créature façonnée à l’image et à la ressemblance de Dieu. « Loin d’être asexué, le regard chaste supporte la distance et respecte l’altérité », souligne Xavier Lacroix dans son livre Le corps de chair (Cerf). « Il perçoit le corps comme personnel et expressif avant de le percevoir comme objet de désir. Chaste est le regard qui perçoit le corps à partir de son visage. La chasteté est liberté ou, plus précisément, liberté vis-à-vis du désir. »

Une intention du cœur
La chasteté n’est pas seulement une attitude, mais elle est aussi une intention du cœur, et une « œuvre de longue haleine », selon le Catéchisme de l’Eglise catholique. « Jamais on ne la considérera comme acquise une fois pour toutes. Elle suppose un effort repris à tous les âges de la vie. » Et de prévenir : « L’effort requis peut être plus intense à certaines époques, ainsi lorsque se forme la personnalité, pendant l’enfance et l’adolescence. »

La chasteté induit donc un apprentissage à la maîtrise de soi, de son regard, et mène à une vraie liberté, celle de se détacher de ses désirs. « Ou l’homme commande à ses passions et obtient la paix, ou il se laisse asservir par elles et devient malheureux » (CDC). Un regard chaste, loin d’être une contrainte, est une démarche de liberté, de libération.

Mathilde de Robien