RELIGION ET CIVILISATION

29. mai, 2022

La branche ukrainienne de l’Église orthodoxe russe vient de déclarer son indépendance ce vendredi 27 mai, rompant tous les liens avec Moscou.

La branche moscovite de l’Église orthodoxe ukrainienne a annoncé ce vendredi 27 mai rompre avec la Russie après que cette dernière a envahi l’Ukraine, déclarant ainsi « sa pleine indépendance » des autorités spirituelles russes, une initiative historique. « Nous ne sommes pas d’accord avec le patriarche moscovite Kirill […] en ce qui concerne la guerre en Ukraine », a expliqué dans un communiqué l’Église ukrainienne, à l’issue d’un concile consacré à « l’agression » russe contre son pays, durant lequel elle a prononcé « la pleine indépendance et l’autonomie de l’Église orthodoxe ukrainienne ».

« Le concile condamne la guerre, qui est une violation du commandement de Dieu ‘Tu ne tueras point’, et exprime ses condoléances à tous ceux qui souffrent à cause de la guerre », ajoute le communiqué. Selon l’Église d’Ukraine, ses relations avec sa direction moscovite était « compliquées ou inexistantes » depuis que la loi martiale a été déclarée en Ukraine.

Second schisme orthodoxe en Ukraine en quelques années
Cette initiative est le second schisme orthodoxe en Ukraine en quelques années. Une partie de l’Église ukrainienne avait déjà rompu avec Moscou en 2019 à cause du rôle du Kremlin dans le pays. La guerre décidée par Vladimir Poutine et le soutien de Kirill à la guerre avait placé l’Eglise ukrainienne encore rattachée à Moscou dans une situation de plus en plus intenable. Des centaines de ses prêtres avaient signé récemment une lettre ouverte appelant à faire juger Kirill par un tribunal religieux à cause de ses positions sur le conflit.

La rédaction d'Aleteia

28. mai, 2022

Kaleb Ortiz, un garçonnet de 3 ans, a été abattu le 20 mai alors qu’il se trouvait avec sa grand-mère à l’intérieur de l’église Notre-Dame de Guadalupe de Fresnillo, dans l’État de Zacatecas, l’une des villes les plus violentes du Mexique.

Une balle perdue qui a bouleversé le Mexique. Kaleb Ortez, 3 ans, accompagnait sa grand-mère à une messe en l’église Notre-Dame de Guadalupe de Fresnillo, dans l’État de Zacatecas, lorsqu’un affrontement armé a éclaté. Bien que la grand-mère ait tenté de protéger le garçonnet, ce dernier a reçu une balle perdue en pleine tête qui l’a tué sur le coup. Deux autres paroissiens ont été blessés ainsi que la personne poursuivie par les personnes armées qui, comme c’est souvent le cas dans ces événements, a pris la fuite immédiatement après l’attaque.

Le lendemain du drame, les habitants de Fresnillo se sont rendus sur place où ils ont déposé des cierges, récité des chapelets mais aussi pour réclamer justice et que les violences cessent dans leur ville et dans tout l’État, victime de « règlements de compte » incessants entre gangs du crime organisé et trafiquants de drogue qui « se disputent la place ».

"Toutes les limites de la violence et du respect humain ont été franchies."

Les évêques du pays ont également réagi en dénonçant cette attaque et ce meurtre. « Toutes les limites de la violence et du respect humain ont été franchies », ont-ils dénoncé. « Nous appelons chacun à déposer les armes. » Ils exhortent également les catholiques du pays à continuer à prier « afin que les autorités du pays trouvent les meilleurs chemins vers la paix et la sécurité dont nous avons tous besoin et que nous désirons, afin que les criminels se repentent et changent leur vie et que nous soyons tous des bâtisseurs de paix. »

Si le Mexique a enregistré un léger recul de 3,6% des homicides perpétrés sur son sol en 2021 par rapport aux records de 2019 et 2020, il reste néanmoins l’un des pays les plus dangereux au monde avec une moyenne de 91,25 meurtres par jour.

Jaime Septién - Agnès Pinard Legry

17. mai, 2022

Avec la guerre à ses portes, l’Union européenne est à un tournant. Capable d’être efficace, mais aussi de s’enferrer dans ses illusions, elle serait bien inspirée, conseille Véronique Fayet, de réécouter le pape François.

« Je rêve d’un nouvel humanisme européen. » On se souvient que le pape François, il y a six ans, avait fait aux eurodéputés le portrait d’une Europe « grand-mère », fatiguée et vieillie, qui avait déserté son idéal. Une Europe loin des peuples et plus soucieuse de garder son territoire que d’enclencher des processus d’inclusion et de transformation. La pandémie du Covid a montré que, lorsqu’elle le veut, l’Europe peut être réactive et se saisir d’un problème grave et urgent qui ne relève pas de sa compétence : la santé. Elle a montré aussi qu’elle était capable de s’engager financièrement et solidairement pour que tous les pays puissent affronter la crise économique avec le soutien européen.

Une nouvelle ère
Or le 24 février dernier, l’Europe a basculé dans une nouvelle ère. Le Vieux Continent entend à nouveau les bruits de bottes à sa porte — 1.500 km de Berlin, 800 km de Varsovie — et pour ces pays de l’Est, l’invasion de l’Ukraine par la Russie ravive le souvenir des traumatismes de la période soviétique. Pour tous, c’est un choc, une sidération : Poutine a osé ! Et la vieille Europe que l’on disait lente, bureaucratique, inefficace se réveille en sursaut. En quelques jours et à l’unanimité, des décisions fortes sont prises pour sanctionner la Russie par des mesures économiques très restrictives et soutenir l’Ukraine par des financements et la fourniture d’armes. L’Europe est redevenue en quelques jours une puissance au cœur du jeu mondial, une puissance diplomatique et militaire.

"Je rêve d’une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains a été sa dernière utopie."

Tant mieux ! Mais cette saine réaction provoquée par la crise sanitaire, puis par la guerre, ne doit pas faire illusion. L’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne n’est pas pour demain et repose la question de la Turquie qui attend depuis vingt ans. La révision des traités, procédure lourde, longue et complexe n’est pas une bonne idée. Souvenons-nous de Maastricht ! L’idée d’une « communauté politique » est sans doute plus intéressante si elle remet au cœur des débats la question démocratique. La Conférence pour l’avenir de l’Europe qui a donné la parole à un panel de citoyens apporte-t-elle des idées neuves ? Sera-t-elle suivie d’effets et prise au sérieux ?

Le rêve du pape François
Ce tournant européen imprévu est peut-être le moment favorable, le kairos, pour réécouter l’appel que le pape François lançait en 2016 à l’occasion de la remise du prix Charlemagne : « Je rêve d’un nouvel humanisme européen… Je rêve d’une Europe jeune, capable d’être encore mère… une Europe qui prend soin de l’enfant, qui secourt comme un frère le pauvre… Je rêve d’une Europe qui écoute et valorise les personnes malades et âgées, pour qu’elles ne soient pas réduites à des objets de rejet improductifs. Je rêve d’une Europe où être migrant ne soit pas un délit mais plutôt une invitation à un plus grand engagement dans la dignité de l’être humain tout entier. Je rêve d’une Europe où les jeunes respirent l’air pur de l’honnêteté, aiment la beauté de la culture et d’une vie simple, non polluée par les besoins infinis du consumérisme ; où se marier et avoir des enfants sont une responsabilité et une grande joie, non un problème du fait du manque d’un travail suffisamment stable. Je rêve d’une Europe des familles, avec des politiques vraiment effectives, centrées sur les visages plus que sur les chiffres, sur les naissances d’enfants plus que sur l’augmentation des biens. Je rêve d’une Europe qui promeut et défend les droits de chacun, sans oublier les devoirs envers tous. Je rêve d’une Europe dont on ne puisse pas dire que son engagement pour les droits humains a été sa dernière utopie. » Qui entendra le pape ?

Véronique Fayet

9. mai, 2022

Accepter d’être aidé pour être fort, là est le vrai chemin de la paix. Pour le père Benoist de Sinety, curé de Saint-Eubert de Lille, l’exemple du pape qui s’assume dans sa faiblesse est un message au monde.

Àn’en pas douter, les 8 et 9 mai vont être pour les uns et les autres une belle occasion de montrer les muscles. Les uns opteront pour un discours martial, les autres pour faire défiler toutes les technologies les plus macabres contenues dans des missiles glaçants. Les rumeurs de guerre enflent. Les dénonciations d’horreurs commises se précisent. Il y a donc 77 ans qu’a été sonné le premier 8 mai : deux fois le chiffre qui indique l’âge de raison et, dans la Bible, la plénitude.

Un vieillard qui a besoin
Au cœur de cette tempête de mort, il y a ce vieillard tout en blanc qui ne parvient pas à se relever de son siège à la fin de l’audience sur la Place Saint-Pierre. Il est sans doute celui dont la voix porte le plus dans le monde entier. Son nom est invoqué dans la prière quotidienne de plus d’un milliard d’hommes et de femmes, dans toutes les langues. Homme parmi les hommes, il est désormais faible parmi les faibles. Il souffre mais il se redresse. Et quand il ne le peut, il ose paraître sur un fauteuil roulant. Il ose manifester publiquement que, tout pape qu’il soit, il « a besoin ». Besoin d’un bras secourable et vigoureux pour le maintenir sur pieds. Besoin de l’intercession des autres comme il le dit dès le premier soir, au balcon d’un palais où il ne voulut jamais habiter pour ne pas s’y perdre.

Que le Pape ait besoin n’étonnera évidemment pas le croyant qui sait que pour vivre, il faut sans cesse que le souffle de vie fasse gonfler ses poumons. Mais c’est au monde entier que cette image est renvoyée. Dans un monde où chacun cherche l’autonomie sans vraiment se soucier des conséquences que cela entraîne pour autrui, un vieillard qui ne se redresse qu’en étant soulevé par les bras d’un autre peut nous indiquer le vrai chemin de paix.

Dans la faiblesse humaine
Et puis il y a ses mots, adressés à son frère, le patriarche russe Kirill et rapporté à un journal italien : « Les vingt premières minutes, un papier à la main, il m’a lu toutes les justifications de la guerre. J’ai écouté et j’ai dit : “Je ne comprends pas tout cela, Frère, nous ne sommes pas des clercs d’État, nous ne pouvons pas utiliser le langage de la politique, mais [devons utiliser] le langage de Jésus. Nous sommes les bergers du même peuple saint de Dieu. C’est pourquoi nous devons chercher des moyens de paix, arrêter le bruit des armes”. » Dans la faiblesse humaine, de ne pouvoir trouver en soi seul la ressource physique pour se mouvoir, de ne pouvoir, soi seul être capable arrêter la guerre et enrayer la rationalité délirante des puissants de ce monde ; dans cette faible humaine qui s’assume, peut enfin transparaître l’œuvre de la grâce. Comment les bras vigoureux pourraient-il trouver à s’employer si nul ne compte s’appuyer dessus ? Comment la générosité et le don pourraient-ils s’exprimer si nul les convoque ? En acceptant d’être faible, l’apôtre Paul nous révèle que la force nous sera donnée. Le croyons-nous ?

Que seront donc les 8 et 9 mai prochains ? Nul ne le sait à l’heure où ces lignes sont écrites. Mais ce qui est certain, c’est que si chaque baptisé grandit chaque jour dans la conscience qu’il a besoin pour vivre et grandir, que l’on lui vienne en aide, alors le monde en sera transformé. Profondément. Et pour longtemps.

Benoist de Sinety 

8. mai, 2022

Le christianisme a produit des femmes atypiques, souvent en rupture avec les codes sociaux de leur époque. Pourquoi ces femmes sont-elles des modèles ? Pour la philosophe Jeanne Larghero, le féminisme n’est pas une question de pouvoir, mais une affaire d’engagement.

Osons le dire : le christianisme est féministe, c’est dans ses gènes. Quoi, me direz-vous, féministe ? Et la parité dans l’Église, alors ? Combien de femmes prêtres ? Zéro. Donc… zéro femmes évêque ou pape. On voit où est le pouvoir. Raisonnons autrement : le pouvoir n’est pas là où on croit qu’il se trouve. Avouons au passage que le prétendu pouvoir des prêtres est une vue de l’esprit : je ne connais personne qui se soit empêché de mentir ou voler par peur que le curé de la paroisse ne l’envoie moisir dans des geôles catholiques. En revanche, la peur de l’inspecteur des impôts ou du redressement fiscal, j’en ai déjà entendu parler. Je ne connais personne que le pape ait personnellement menacé de l’exclure de l’Église catholique s’il continuait de sécher la messe. En revanche, des pauvres parents d’élèves paniquant à l’idée d’être convoqués par le directeur de leur petit chéri absentéiste, on en a connus. Ne surestimons donc pas exagérément le pouvoir des clercs sur la communauté des chrétiens…

"Suivre le Christ a conduit de nombreuses femmes, dès le début du christianisme, à rompre leurs attaches sociales, à tourner le dos à un destin d’épouse et mère."

Ces chrétiennes qui cassent les codes
Le génie du christianisme est, en réalité, d’avoir déplacé et même subverti l’exercice du pouvoir, et notamment grâce aux femmes. Là où les sociétés romaines et grecques reléguaient les femmes à leur fonction domestique ou matrimoniale, le christianisme a ouvert la voie à de nouveaux destins. Une femme ne doit plus nécessairement appartenir à la case épouse et mère, prêtresse, ou prostituée. Suivre le Christ a conduit de nombreuses femmes, dès le début du christianisme, à rompre leurs attaches sociales, à tourner le dos à un destin d’épouse et mère : ce furent les saintes Blandine, Agathe, Félicité et Perpétue, dont les noms sont entrés dans l’histoire au point qu’on les cite partout dans le monde au cours des liturgies dominicales.

"L’Église n’a eu de cesse de susciter et rendre possible ces trajectoires atypiques, et de les proposer comme modèles : non pas des modèles figés, mais des portraits de ce que l’amour du Christ peut insuffler de grand dans une vie."

Ce furent toutes celles qui, au nom de Jésus, cassèrent les codes de l’idéal féminin de leur milieu ou de leur époque. Une Jeanne d’Arc qui abandonna jupons et chignon pour prendre les armes, une Madeleine Delbrel qui plongea au cœur du monde ouvrier, une Jeanne de Chantal qui fonda une congrégation après avoir élevé une nombreuse famille, une Louise de Marillac qui quitta ses salons dorés pour se mettre au service des pauvres, une Germaine de Pibrac dans son étable, une Élisabeth de Hongrie dans son palais, toutes ces femmes célébrées et reconnues par l’Église sont des modèles de liberté d’esprit, d’indépendance de caractère, de force d’âme.

Des trajectoires atypiques
On reproche souvent à l’Église de « vendre » un modèle d’idéal féminin fait de soumission aux carcans masculins, un modèle bourgeois fait exclusivement d’abnégation maternelle et de passivité conjugale. Quelle erreur ! l’histoire sainte en est un démenti éclatant. L’Église n’a eu de cesse de susciter et rendre possible ces trajectoires atypiques, et de les proposer comme modèles : non pas des modèles figés, mais des portraits de ce que l’amour du Christ peut insuffler de grand dans une vie.

Nos filles peinent à trouver des modèles de femmes puissantes et libres, et pensent avoir fait le tour de la question une fois qu’elles ont vanté les biographies d’Olympe de Gouge, Marie Curie, Simone Veil et Joséphine Baker, d’où leur regard ultra-pessimiste sur la condition des femmes à travers l’histoire. Nous aurions tout intérêt à leur rappeler les Françoise Romaine, Émilie de Rodat, Bakita, Thérèse d’Avila, Madeleine-Sophie Barat, Philippine Duchesne, Catherine de Sienne, Rose de Lima, Jeanne Beretta-Molla, Marguerite-Marie Alacoque, Geneviève, et tant d’autres dans tous les pays du monde, aux parcours si variés, et en qui l’Église reconnaît de grandes dames.

Lisons et relisons à nos petites filles cette histoire qui est la nôtre, qui est la leur. Le féminisme n’est pas simplement une question de pouvoir, mais une affaire d’engagement, de capacité à engager sa vie dans une grande aventure. Tant que le christianisme durera, des femmes engagées et libres se lèveront : longue vie au féminisme !