RELIGION

20. oct., 2021

Tous les mardis, le philosophe et théologien Jean Duchesne décode les grands événements du monde et de l’Église. Il revient cette semaine sur la controverse autour du secret de la confession, en rappelant une évidence : le sacrement de la miséricorde n’accorde pas l’impunité au pécheur, car l’aveu ne suffit pas. L’absolution requiert la contrition et le devoir de réparer, autrement dit, que le mal fait ne reste pas nié.

Parmi les surabondants commentaires et échos aux réactions à la suite du rapport de la CIASE, une polémique s’est développée autour du secret de la confession. L’ignorance qui s’est manifestée à cette occasion est impressionnante. Et comme elle est contagieuse, mieux vaut ne pas l’ignorer en la négligeant — sans se faire trop d’illusions sur l’efficacité vaccinale des mises au point et clarifications.

Ce qui fait scandale est l’idée que l’aveu du péché vaut d’en être exonéré aux yeux de Dieu et offre par-dessus le marché l’impunité aux yeux des hommes et de la société, puisque le prêtre ne prend connaissance de la faute que pour l’effacer et n’a ensuite le droit d’en parler à personne. S’il en était ainsi, pour s’innocenter d’un mal commis, il suffirait d’aller en faire part discrètement à un professionnel de la déculpabilisation, qui n’ira sûrement pas raconter ensuite que subsiste ce qu’il est censé avoir supprimé grâce à son art ou à quelque magie.

Or ce n’est pas du tout comme cela que les choses se passent. Le vocabulaire utilisé illustre assez bien la distorsion : on parle exclusivement de la confession, alors que ce n’est qu’un aspect du sacrement plus exactement nommé de la réconciliation, de la pénitence, du pardon ou de la miséricorde. L’aveu est certes nécessaire, car il faut énoncer soi-même, comme nul autre ne peut le faire, de quoi l’on demande à être pardonné. Mais c’est très loin de suffire.

La contrition et la « satisfaction »
Car le prêtre ne peut, en vertu des pouvoirs qu’il reçoit par délégation de son évêque, successeur des apôtres auxquels le Christ a confié la mission de remettre les péchés (Jn 20, 21-23), donner l’absolution ou « délier » qu’à deux conditions. D’abord ce qu’on appelle la contrition, c’est-à-dire non pas le regret, mais bel et bien le repentir d’actions, pensées ou omissions constituant des manquements égoïstes et délibérés à l’amour de Dieu et du prochain. Cette prise de conscience repose sur la foi que le Père des cieux ne rejette pas le fils prodigue qui, dans sa misère, revient vers lui en reconnaissant ses torts (Lc 15, 17-24). Et le remords doit stimuler la volonté de tout faire pour ne pas récidiver.

Le silence du confesseur ne cache rien, mais remet au pécheur délivré la responsabilité d’exercer sa liberté restaurée par le pardon de Dieu. Il revient au pénitent d’assumer les conséquences du mal qu’il a fait…

L’autre élément essentiel à la délivrance est ce que le Catéchisme de l’Église catholique (n. 1459) appelle la « satisfaction ». En effet, l’absolution donnée par le prêtre, s’il constate que la contrition est sincère, « ne remédie pas à tous les désordres que le péché a causés ». D’où d’une part l’imposition de pénitences. Ce ne sont pas des punitions ni forcément et encore moins uniquement des privations, mais des exercices (askèsis en grec, ce qui a donné « ascèse ») destinés à fortifier la « santé spirituelle » en conformant au Christ dans son abaissement jusqu’au sacrifice de la Croix.

L’absolution libère mais ne rend pas irresponsable
Et le sacrement exige d’autre part que, dans vraiment toute la mesure du possible, le mal fait soit réparé. On ne peut pas être réconcilié avec Dieu et renouer une relation aimante avec lui sans se réconcilier aussi avec les autres qu’il n’aime pas moins, auxquels on a pu faire du tort et que l’on a blessés comme eux seuls peuvent pleinement le ressentir. Il découle de tout ceci que l’aveu ne garantit pas le fameux secret de la confession. Le silence du confesseur ne cache rien, mais remet au pécheur délivré la responsabilité d’exercer sa liberté restaurée par le pardon de Dieu. Il revient au pénitent d’assumer les conséquences du mal qu’il a fait, en s’efforçant de le réparer auprès du ou des autres qui en restent les victimes — ce qui ne veut pas nécessairement dire rendre tout cela public en le trompetant urbi et orbi.

En tant qu’instrument de la miséricorde libératrice, le prêtre n’a pas plus à se substituer au pécheur repentant que Dieu ne transforme celui-ci en marionnette. Cependant, en l’absence de contrition et d’engagement à « satisfaction », l’absolution n’est pas possible. On sort alors du cadre sacramentel et donc de la logique où le ministre ne peut que s’effacer lui-même devant la liberté qu’il a reçu mission de rétablir. Comment pourrait-il faire comme s’il n’avait rien entendu en cas d’une confidence sans contrition ni volonté (voire sans réelle capacité) de réparation, où un malaise s’exprime sans que le pardon soit véritablement espéré ?

Pas de distributeur automatique de pardon
Il est à plus forte raison exclu, pour un prêtre comme pour n’importe qui d’autre, de rester impassible lorsque des abus qui constituent des crimes sont dénoncés par une victime ou par un tiers qui ne les a évidemment pas commis. Tout cela pose néanmoins quelques sérieux problèmes. Il faut d’abord que les actes répréhensibles soient avérés. Pour prendre deux exemples particulièrement spectaculaires, il y a trente ans, le cardinal Bernardin, archevêque de Chicago, a été accusé par un ancien séminariste qui a fini par se rétracter en disant avoir été manipulé. Plus récemment, le cardinal Pell, archevêque de Sydney, a été acquitté à l’unanimité de la Haute Cour australienne après avoir fait plus d’un an de prison.

Les choses sont compliquées par le fait que la liberté restaurée par le sacrement de la miséricorde reste faillible. Il n’est pas besoin d’être un criminel pour l’expérimenter. Le confesseur le sait aussi, et c’est pourquoi il n’est pas un simple distributeur automatique de pardon. Comme tout sacrement, celui de la miséricorde requiert un dialogue, une participation avec des retentissements existentiels et concrets. Même dans le cas extrême où un suivi ne peut être assuré parce que le pénitent est un inconnu venu en cachette et qui repart, il revient au prêtre, avant de donner l’absolution (s’il juge pouvoir et donc devoir le faire), de souligner fermement la gravité du péché et tout ce que requiert de le réparer et de l’éviter désormais.

Ce qui reste à apprendre
La difficulté s’accroît parce qu’en de nombreux cas (et pas seulement les abus sexuels), on se trouve face à des volontés antagonistes, des dédoublements de personnalité. Il est tentant de les considérer comme pathologiques. Mais on sait maintenant que le bon Docteur Jekyll ni aucun médecin ou psy ne peut guérir l’ignoble Mr Hyde. Il ne reste dès lors que la prévention et d’abord l’information, de façon à ce que, d’un côté, la vigilance ne verse pas dans le soupçon paralysant et, de l’autre, les structures sociales ne poussent pas au déni des crimes et des souffrances. De ce point de vue, les chrétiens, clergé en tête, comme d’ailleurs le commun des mortels, ont sans doute encore beaucoup à apprendre. Si bien des formes du mal sont flagrantes, d’autres sont a priori inimaginables parce qu’elles défient la cohérence rationnelle.

La naïveté n’est plus innocente que lorsque, par peur d’être dérangée, elle esquive dans la surdité, l’aveuglement ou l’indifférence fataliste. Mais il doit être clair que, dans les cas où l’Église est à la fois complice par passivité et trahie, l’abolition du « secret de la confession » ne fait pas partie des remèdes, parce que le sacrement ne confère pas l’impunité et, au contraire, exige réparation. S’il reste à nos contemporains — confesseurs compris — beaucoup à découvrir des abominations et contradictions dont l’homme est capable, il reste aussi énormément à reconnaître de la réalité du sacrement de la miséricorde.

Jean Duchesne 

15. oct., 2021

Choix des livres, des jouets, des vêtements, des activités extrascolaires… Tout y passe. Un rapport parlementaire sur les stéréotypes de genre déposé le 6 octobre dénigre les parents qui osent encore mettre des robes à leur fille ou offrir des Lego à leur fils.

L’éducation dite traditionnelle serait responsable des violences faites aux femmes. Et au passage, des inégalités professionnelles et économiques entre les femmes et les hommes. Un raccourci sommaire, développé tout au long des 119 pages du rapport parlementaire sur les stéréotypes de genre, rédigé par les députés Gaël Le Bohec et Karine Lebon au nom de la Délégation aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes. Les députés n’y vont pas par quatre chemins : « Si l’on veut résoudre de manière durable la question des violences faites aux femmes », alors « il est indispensable de s’attaquer aux origines de ce phénomène, à savoir les stéréotypes de genre ». Lien ténu et discutable, mais qui leur suffit pour appeler de leurs vœux une « déconstruction des stéréotypes de genre » et ce dès le plus jeune âge. Et pour cela, ils ne sont pas avares de conseils en matière d’éducation.

Les auteurs s’attaquent d’abord aux professions de la petite enfance, un métier beaucoup trop féminisé selon eux, qui donne l’idée « que les soins aux jeunes enfants sont du ressort des femmes ». Ils mettent en garde les écoles, dont les livres ne sont plus d’actualité et où les enseignants « doivent s’interroger sur le temps et l’attention accordés aux filles et aux garçons » au risque de contribuer à véhiculer des stéréotypes de genre. Ils remettent encore en question les manuels scolaires dans lesquels « des biais de genre importants sont à déplorer ». Et enfin, ils s’immiscent sans délicatesse aucune dans la sphère familiale, en donnant des conseils sur la manière d’élever ses enfants. Grossesse, vêtements, jouets, livres, activités extrascolaires… Un vrai petit guide pratique au service d’une idéologie que le pape a récemment qualifiée de « dangereuse ».

Grossesse : surtout pas de projection !
« Les stéréotypes de genre commencent à agir avant même l’arrivée d’un bébé », déplorent les députés, après avoir auditionné Christine Delphy, sociologue et chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Les auteurs semblent regretter qu’effectivement, les parents ont une influence dès la grossesse sur le comportement de leur enfant. Au passage, belle reconnaissance de l’embryon en tant que personne !

« A partir du moment où les parents savent qu’ils attendent une fille ou un garçon, le bébé se trouve déjà formaté dans la tête de ces derniers. Dès que les parents connaissent le sexe de leur enfant, leur attitude change : ils s’adressent différemment au bébé in utero, ne touchent pas le ventre de la mère de la même manière, ne choisissent pas les mêmes couleurs pour la décoration de la chambre. La mère imagine à l’avance les séances de shopping qu´elle pourra faire avec sa fille, tandis que le père envisage de jouer au football avec son fils. » Alors quoi ? On ne demande pas le sexe du bébé à l’échographie ? Moins prosaïques, les auteurs exhortent à se débarrasser « d’un certain nombre de représentations ancrées en nous ». Comment ? En fournissant aux parents des « guides leur permettant de se positionner dans la bonne attitude par rapport à leurs enfants ».

Vêtements : les robes, au placard !
Parents, vous êtes désormais priés d’habiller vos filles en pantalon ! C’est en tout cas ce qu’insinue le rapport : « Les robes entravent l’apprentissage de la marche chez les petites filles. Les robes peuvent être adaptées à certaines circonstances. Néanmoins, au quotidien le pantalon permet davantage de liberté. » Idem pour les chaussures. Les chaussures dites féminines freineraient la motricité. Sous couvert de praticité, on entrave la liberté des parents de choisir des vêtements pour leur enfant. Quelques pages plus loin, les auteurs ne cherchent même plus à trouver de faux prétextes pour servir leur idéologie : ils s’insurgent tout bonnement contre ces parents qui offrent des Barbie : « Au bout de trois décennies de féminisme et de culture de la mixité, on assiste même à un retour de balancier. Après avoir troqué les robes à smocks pour les jeans unisexes, les mamans se remettent à habiller les petites filles dans des tenues ultra-féminines et leur offrent des poupées Barbie. » Le comble du comble dans cette déclaration : le présupposé que ce sont les mères qui habillent leurs enfants. Un stéréotype flagrant dans ce rapport contre les stéréotypes !

Jeux et jouets : pas de conformisme
Les Barbie, au placard donc, mais pas seulement. Les auteurs dénoncent le marketing de genre et la « longue histoire des jouets genrés » qui ont un « impact profond sur la construction psychologique des enfants ». Selon eux, le choix des jouets contribue à renforcer le poids des stéréotypes de genre. « Il appartient donc aux parents de ne pas céder au conformisme et à la facilité, en veillant à donner accès à une large gamme de jouets, sans se laisser enfermer dans la distinction entre jouets supposés destinés aux filles et jouets supposés destinés aux garçons », croient-ils bon de recommander.

Livres : où sont les femmes ?
Après une longue enquête des livres pour enfant, les auteurs observent que les femmes et les filles sont sous-représentées dans les textes et les images. Ils évoquent « l’invisibilisation des personnages féminins », relégués au rang de « femmes à tout faire, tandis que les pères sont invisibles ». « La norme du héros, c’est l’homme », dénoncent-ils. Ils sont visiblement passés à côté des Martine, Caroline, Fantômette, Alice, et autres héroïnes féminines qui ont bercé notre enfance et notre adolescence.

Enfin, dernier lieu où les parents sont accusés d’influencer leurs enfants : les activités extrascolaires. « Les filles sont orientées vers les sports individuels et ce qui valorise l’élégance, le beau à voir, tandis qu’on encourage les garçons à se diriger vers les sports collectifs et les jeux de ballon qui entraînent beaucoup plus à la sphère professionnelle », constatent les auteurs. Et c’est sans doute vrai. Mais pourquoi accuser les parents d’influencer leurs enfants avec des choix stéréotypés quand leur seul souci est de répondre à une aspiration qui émane spontanément de leur progéniture ? Nos détracteurs diront qu’ils auront été déterminés, ô scandale!, dès leur conception dans le ventre de leur mère. Mais soyons honnêtes, rendre un enfant vierge de tout conditionnement n’est-il pas une pure illusion ? Allons même jusqu’à dire qu’une idéologie qui cherche à gommer toutes traces du féminin ou du masculin est, en soi, une forme de déterminisme, un genre de déterminisme par défaut.

Mathilde de Robien

14. oct., 2021

Lors de l’audience générale de ce mercredi 13 octobre, le pape François a souligné les défis de l’inculturation de l’Évangile, notamment dans la période contemporaine. Parler de la foi comme dans les siècles passés amène à « ne plus être compris par les nouvelles générations », a-t-il prévenu.

Le pontife a continué ce mercredi 13 septembre sa catéchèse sur la lettre de saint Paul aux Galates. Devant un millier de pèlerins rassemblés dans l’Aula Paul VI, il s’est arrêté, à la lumière des recommandations de Paul, sur le sens de la liberté chrétienne. « Nous sommes libres parce que nous avons été libérés, libérés par la grâce, libérés par l’amour », a-t-il fait remarquer. Cette libération vient du baptême et donc du Christ.

Dès lors, pour le chef de l’Église catholique, être catholique ne peut pas être « une dénomination sociologique pour nous distinguer ». Au contraire, la liberté catholique signifie l’ « ouverture » de l’Église « à tous les peuples et à toutes les cultures ».

Unité chrétienne mais pas uniformité
« Combien d’erreurs ont été commises dans l’histoire de l’évangélisation en voulant imposer un seul modèle culturel ! », s’est exclamé l’évêque de Rome, déplorant la violence parfois employée. Il a considéré qu’une telle attitude a privé et prive encore l’Église de « tant d’expressions locales qui portent en elles les traditions culturelles de peuples entiers ». Et a donné en exemple les cas de la Chine et de l’Inde.

La liberté catholique est « dynamique » car elle doit s’exprimer dans des cultures multiples « en constante transformation », a affirmé le pape François. Les catholiques sont donc appelés, a-t-il insisté, à embrasser « la condition des pèlerins » et à être comme eux « dans un exode continu […] libérés de l’esclavage pour marcher vers la plénitude de la liberté ».

I.Media

7. oct., 2021

Après la publication de l’effarant rapport sur les abus sexuels commis dans l’Église depuis les années 1950, les catholiques sont sous le choc. Entre prise de responsabilité, prière et actions concrètes, que va-t-il désormais se passer ? De premières mesures pourraient être annoncées début novembre, lors de l'assemblée plénière des évêques de France.

« J’exprime ma honte, mon effroi, ma détermination à agir avec [les victimes d’abus sexuels] pour que le refus de voir, le refus d’entendre, la volonté de cacher ou de masquer les faits, la réticence à les dénoncer publiquement disparaissent des attitudes des autorités ecclésiales, des prêtres et des acteurs pastoraux, de tous les fidèles ». Réagissant à la publication de l’accablant rapport sur les abus sexuels commis par des membres de l’Église, les mots de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France (CEF) sont forts. Et éprouvants. Chiffres glaçants, analyse sans concession de la politique ecclésiastique et recommandations au vitriol, le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, la fameuse Ciase, est un choc pour les catholiques en France et dans le monde entier. « C’est le moment de la honte », a réagi le pape François lors de l’audience générale du mercredi.

Honte et consternation devant le si grand nombre de personnes qui vivent aujourd’hui blessées par des hommes et des femmes qui ont trahi leur propre vocation.

Une honte partagée par l’ensemble de l’épiscopat français. « Si nous minimisons le rapport de la Ciase, l’Église du Christ en France n’a plus d’avenir sinon comme petite secte moralisatrice », a lancé l’archevêque de Strasbourg, Mgr Luc Ravel, faisant également part de son « sentiment de petitesse devant le chemin à accomplir ». « Que dire après l’écoute du rapport de la Commission Sauvé, sinon l’immense honte face aux personnes victimes d’agressions sexuelles commises par des prêtres, des religieux et des religieuses ? Honte et consternation devant le si grand nombre de personnes qui vivent aujourd’hui blessées par des hommes et des femmes qui ont trahi leur propre vocation », a réagi pour sa part l’archevêque de Rouen, Mgr Dominique Lebrun. Après la publication de ce rapport, que l’épiscopat français doit s’attacher à décortiquer, les premières mesures concrètes pourraient être annoncées début novembre lors de l’assemblée plénière des évêques à Lourdes.

C’est à la demande de la CEF et de la Conférence des religieuses et religieux de France (Corref) que la Ciase a été créée en novembre 2018. Présidée par Jean-Marc Sauvé, reconnu pour son indépendance, cette commission a poursuivi trois objectifs. Dresser un état des lieux des abus sexuels commis au sein de l’Église en France depuis 1950, analyser la politique de l’Église sur ce sujet-là et, enfin, formuler une série de recommandations.

Et maintenant, que va-t-il se passer ? Comme l’a rappelé Jean-Marc Sauvé lors de la présentation du rapport, son travail s’arrête là. Elle n’a pas vocation à contrôler l’application des recommandations formulées. Les évêques et les religieux ont déjà lancé un certain nombre de chantiers. Sur la question de l’indemnisation financière, les évêques ont voté en mars 2021 la création d’un fonds de dotation dont le montant prévu serait de cinq millions d’euros pour commencer. Mais la commission a demandé à ce que ce ne soit pas une somme forfaitaire, mais plutôt une indemnisation dont le mode de calcul consisterait à prendre en compte « les préjudices subis plutôt qu’à se référer à des catégories d’infractions perpétrées ». L’Église pourrait ainsi annoncer sous peu la composition d’une instance indépendante qui attribuera une aide individualisée.

Des mesures annoncées début novembre
Un autre chantier concerne la mise en place prochaine d’un tribunal pénal national pour juger, selon le droit canon, les auteurs d’abus sexuels. Jusqu’à présent chaque diocèse avait son propre tribunal : l’évêque avait en même temps le pouvoir de nommer les juges et il était chargé « d’appliquer les peines » de ses prêtres reconnus coupables. « Il y a une trop grande confusion des responsabilités », a mis en garde à ce sujet Jean-Marc Sauvé lors de la présentation du rapport.

Si certaines actions ont déjà été menées au sein de l’Église depuis quelques années, d’autres devraient être décidées dans un mois, à l’issue de l’assemblée plénière des évêques qui se tient à Lourdes du 2 au 8 novembre. Les évêques y décideront, à la lumière du rapport de la Ciase, de nouvelles mesures à prendre ou l’ajustement des décisions déjà votées.

Et qu’en est-il au niveau du Vatican ? En août 2018 le pape François avait écrit la Lettre au peuple de Dieu au sujet des abus sexuels dans l’Église. Un peu moins d’un an après, en février 2019, il organisait un sommet sur ce sujet avec les présidents des conférences épiscopales du monde entier. Il y a d’autres exemples, comme la réforme du droit canonique qui entre en vigueur le 8 décembre prochain et qui est l’aboutissement d’un long travail. À la question de savoir s’il comptait venir présenter le rapport au pape François, Jean-Marc Sauvé a répondu : « C’est une possibilité qui est sur la table. Nous sommes à la disposition du Saint-Père pour le rencontrer. »

 

22. sept., 2021

L’Église souffre aujourd’hui de "l’idéologie du retour en arrière", a déclaré le pape François lors d’un entretien avec des Jésuites slovaques qui s’est tenu le 12 septembre 2021, mais publié sur le site de la "Civilta Cattolica" ce mardi 21 septembre.

Revenant notamment sur les raisons qui ont motivé la publication du motu proprio Traditionis custodes, le pape François a déploré les progrès de deux « perversions » dans l’Église, celle de la rigidité et du cléricalisme. Ces propos ont été tenus lors d’un entretien avec des Jésuites slovaques le 12 septembre 2021 mais publié sur le site de la Civilta Cattolica ce mardi 21 septembre.

La liberté nous fait peur.

Dans un monde « tellement conditionné par les addictions et la virtualité », explique le chef de l’Église catholique, « la liberté nous fait peur ». « C’est pourquoi aujourd’hui des gens se tournent vers le passé : pour chercher la sécurité », analyse-t-il.

Parmi les peurs les plus significatives dans l’Église, le pontife cite la crainte qu’ont certains chrétiens des « expériences pastorales » ou des « personnes qui ont une diversité sexuelle ». Il revient aussi sur les difficultés qu’il a eu, lors du Synode sur la famille en 2015, pour « faire comprendre que les couples en seconde union ne sont pas déjà condamnés à l’enfer ».

Peur de regarder le peuple en face
« Nous avons peur de célébrer devant le peuple de Dieu qui nous regarde en face et nous dit la vérité », ajoute l’évêque de Rome. Il fait ensuite référence, sans qu’on l’interroge à son Motu proprio Traditionis custodes, publié cet été et qui oblige désormais les prêtres qui veulent célébrer en rite tridentin – le rite pré-Vatican II – à demander une autorisation au Saint-Siège.

Pour le pape François, cette loi vise à rétablir les « véritables intentions de Benoît XVI et de Jean Paul II ». Il se dit désolé de voir, dans « certains pays » seulement, un nombre considérable de jeunes aller demander à leur évêque l’autorisation de célébrer le rite tridentin, « un phénomène qui indique que nous sommes en train de régresser ».

Le pontife a par ailleurs raconté l’histoire d’un cardinal confronté à la même demande qui avait enjoint ses prêtres à apprendre la messe en espagnol et en vietnamien pour répondre aux besoins des minorités locales avant d’apprendre le latin. « Il les a fait atterrir », se réjouit le pontife.

Le pape François face à ses adversaires
Dans l’entretien, le Pape évoque par ailleurs une grande chaîne de télévision catholique qui le critique « sans arrêt », décrivant cette obsession comme « l’œuvre du diable ». Selon les Britanniques Austen Ivereigh, biographe du Pape, et Christopher Lamb, journaliste pour The Tablet, c’est le conglomérat médiatique américain conservateur EWTN que cible le pontife.

I.Media