9. sept., 2021

Haïti : le père Cator, secouru par « la main de Marie » lors du séisme

Surpris par le tremblement de terre qui a ravagé Haïti le samedi 14 août, le père Albert Cator a vu sa maison s'effondrer sur lui. Il a attendu pendant plus de cinq heures enseveli sous les gravats avant que les secours n’arrivent. Récit d’un sauvetage... qui tient du miracle ?

Alors qu’Haïti se remet péniblement du séisme du 14 août qui a causé la mort de près de 2.200 personnes, l’histoire du père Albert Cator suscite étonnements et actions de grâce. « Il n’y a pas de doute : la main de Marie est passée par là », avance, songeur, le père Ellince Martyr, supérieur provincial de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée (OMI) à laquelle appartient « le miraculé ». Pas de doute non plus pour le père Jean Marcel Louis, porte-parole du diocèse de Cayes (sud du pays) qui a confié à Aleteia avoir « tout de suite pensé à la mère du Christ ». « Le père Albert Cator était dans la salle de bain lorsque le terrible tremblement de terre l’a surpris. La maison de trois étages dont il occupait le rez-de-chaussée au Séminaire de Mazenod (220 km de Port-au-Prince) s’est littéralement effondrée sur lui. Il a alors attendu pendant plus de cinq heures les secours.

Je criais sans cesse mon Seigneur, mon Dieu.

Dans la Maison Provinciale à Port-au-Prince, Albert Cator passe chaque jour, un peu traumatisé, des heures assis dans la cour, la pensée résolument tournée vers cette veille de l’Assomption. À 62 ans, et alors que son histoire a ému tout le diocèse de Cayes, le religieux « se repose » ici. A-t-il besoin d’un suivi psychologique ? Sa réponse fuse, nette, « la prière et le soutien de ma communauté sont déjà suffisants ». Une parole de la Bible l’a particulièrement porté lors de cette épreuve : « Je criais, mon Seigneur, mon Dieu ».

Le religieux malvoyant est dans les toilettes quand il entend un bruit assourdissant et sent tout l’immeuble trembler. « Les trois étages se sont écroulés », confie-t-il et « un violent mouvement de la salle de bain m’a désorienté subitement ». « Sans ce mouvement imposé par la force du séisme, j’aurais eu du mal à respirer car il m’a coincé sous une masse de béton mais en face d’un trou d’air », tient à préciser Albert Cator. « J’ai alors compris que rien ne se passe par hasard », déduit-il. Quant aux sauveteurs, ils ne peuvent, compte tenu des risques, que l’extraire à mains nues tandis que des répliques régulières du séisme les obligent à battre en retraite. « Mais quand ils sont arrivés jusqu’à moi, les répliques ont miraculeusement cessé » a-t-il constaté, c’est « la main de Marie… », conclut le père supérieur, tout sourire, qui assiste à notre entretien.

Un séminaire, heureusement vide
Sur les décombres, un amas de pierres et le rez-de-chaussée du bâtiment avalé par la terre témoignent de la violence des secousses. Fondée en 1816 par le français Eugène de Mazenod, les Oblats de Marie Immaculée sont installés dans ce séminaire près de Campérin, à 20 km de la ville des Cayes depuis 1945 où ils accueillent des jeunes aspirants au sacerdoce pour y préparer leur baccalauréat. Mais en raison des vacances, la vingtaine de séminaristes et de salariés étaient absents. « S’ils avaient été là pendant les vacances, le bilan aurait sans doute été plus lourd », imagine le père Jacques, un autre membre de congrégation.

Déjà en 2008, le père Cator avait survécu miraculeusement à une autre catastrophe naturelle, une inondation. Alors qu’il craignait que l’eau ne l’emporte, une barrière a cédé par surprise, vidant « la maison qui se remplissait à taille humaine ». Deux ans plus tard, il était à Port-au-Prince lors des tremblements de janvier 2010 qui ont fait 250.000 morts et alors qu’il avait du mal à marcher. Le père Cator n’explique pas « comment il s’est retrouvé hors d’une église en secousse » alors qu’il devait y dire la messe. En attendant, malgré sa mobilité réduite et sa vue altérée, il remercie « Marie, du fond de cœur » et à côté de lui, son supérieur « espère de plus en plus de miracles pour l’épanouissement de la foi dans l’Église ».

Max-Savi Carmel