6. nov., 2021

L’euthanasie est-elle vraiment une aide à mourir dans la dignité ?

Par définition, la dignité humaine est intouchable. Il ne faut pas la confondre avec le jugement des autres, et la peur du jugement des autres.

Les nombreuses associations qui promeuvent le droit à l’euthanasie active, rebaptisée « assistance médicale à mourir » invoquent la dignité humaine, argument qui, convenons-en, semble indépassable. Qui peut s’opposer à ce que notre dignité soit respectée jusque dans l’agonie ?

En réalité, on nage en pleine confusion.Cessons de considérer la dignité humaine comme un post-it, comme une propriété qui va et vient selon les vicissitudes de la vie : il y aurait ceux qui bénéficieraient d’une mort digne, et tous les autres, bavant et gémissant, relégués au rang des plantes ou des animaux ? On ne perd pas sa dignité comme on perd son portable. Ma dignité d’être humain est inaliénable, rien ni personne ne peut me l’enlever, elle est intrinsèque, essentielle, elle est ce qui donne du prix à ma vie et qui fonde le respect absolu que tous doivent y porter, moi la première.

Celui qui me réduirait au pire des esclavages ne m’arracherait pas ma dignité : il me traiterait d’une façon qui n’est pas conforme à ma dignité, nuance. Et dans ce cas, très précisément, ce n’est pas la victime qui a perdu sa dignité, c’est le bourreau lui-même qui agit de manière indigne. Pour reprendre les mots de l’anthropologue Lévi-Strauss, « le barbare, c’est celui qui croit à la barbarie ». Le barbare authentique, c’est celui qui pense que d’autres hommes ne méritent pas ou plus d’être considérés comme des humains, ne sont que des animaux ou des objets inutiles. Qu’est-ce que la dignité ? C’est la qualité propre à tout être humain, qui le fonde à être respecté et à se respecter lui-même, quel que soit son état physique ou mental.

Le respect humain
Ce qu’il nous arrive de perdre, c’est autre chose. C’est ce qu’on appelle le respect humain. La crainte du jugement des autres, la peur de ne plus être considéré, de ne plus pouvoir faire bonne figure, d’être défiguré… C’est une forme d’amour-propre, cet amour-propre qui en prend un coup à chaque fois que le temps nous marque, que la maladie nous frappe, que la vieillesse nous gagne. Mais ce combat est perdu d’avance. Il est perdu depuis le jour de notre naissance, où nous sommes sortis du ventre de notre mère, gluants et enduits d’un mélange de déjections et de fluides divers. Il est perdu à chaque fois que nous nous livrons à l’étreinte amoureuse, éperdus et transpirants. Il est perdu dans ces dernières heures où tout ce qu’il restera de vie en nous s’épandra sur notre lit de mort. Osons regarder la vie en face, tout simplement.

Les heures les plus intenses de notre vie ne sont pas toutes belles à voir, ce qui n’empêche pas qu’elles puissent pour la plupart être belles à vivre.

Par conséquent aucune « aide active à mourir » ne nous fera échapper à cette condition tragi-comique : les heures les plus intenses de notre vie ne sont pas toutes belles à voir, ce qui n’empêche pas qu’elles puissent pour la plupart être belles à vivre. Et aucune directive anticipée ne nous débarrassera de l’ultime peur de la mort. En revanche, il y va de notre dignité à tous que chacun puisse bénéficier du soulagement des souffrances, de soins adéquats, de l’accompagnement, de la présence chaleureuse qu’il mérite inconditionnellement, quel que soit son état de décrépitude. C’est justement dans ces gestes que notre grandeur se manifeste, que notre humanité prend toute sa dimension : toutes les autres prétendues « aides à mourir dans la dignité » ne sont que des défaites.

Agnès Pinard Legry -

Présidentielle :

Anne Hidalgo souhaite une loi sur la fin de vie et l’euthanasie

Candidate (PS) à l’élection présidentielle, propose de mettre en place une loi pour "garantir le droit à une fin de vie digne dans notre pays". "Toute personne majeure, confrontée à la phase avancée d'une maladie dont elle ne peut guérir" doit pouvoir avoir recours à une fin de vie médicalisée, a-t-elle déclaré dans une tribune sur "Libération".

La fin de vie va-t-elle être un marqueur de la campagne présidentielle ? Dans une tribune publiée le 1er novembre dans Libération , Anne Hidalgo, candidate PS à l’élection présidentielle, a annoncé vouloir mettre en place une loi pour « garantir le droit à une fin de vie digne dans notre pays ». « Plus de quinze ans après la première loi sur la fin de vie, nombre de Françaises et de Français sont encore contraints d’aller à l’étranger pour trouver ce que notre République se refuse à leur offrir », explique-t-elle.

Ce n’est pas parce que le sujet est difficile qu’il faut s’arrêter à mi-chemin.

Selon elle, il est urgent, aujourd’hui d’avoir « le courage d’aller au bout d’une législation imparfaite ». « Ce n’est pas parce que le sujet est difficile qu’il faut s’arrêter à mi-chemin. C’est justement parce qu’il est difficile qu’il faut s’en emparer avec détermination. Ce que le gouvernement se refuse à faire en dépit de nombreuses propositions de loi à l’Assemblée comme au Sénat ».

En septembre 2021 Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement, s’était déjà exprimé sur la fin de vie dans une interview accordée au Monde. Il avait confirmé que la piste d’une convention citoyenne sur l’euthanasie était ouverte afin de « donner la parole aux Français ». « Après les engagements tenus de la PMA [procréation médicalement assistée] et du congé paternité, la fin de vie est une autre question sociétale majeure », détaillait-il. L’idée est « de donner la parole aux Français, car toute évolution sur ce sujet nécessite une validation de leur part dans le cadre de la présidentielle ».

Un groupe de travail du CCNE

Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) avait annoncé fin juin la constitution d’un groupe de travail sur la fin de vie avec des premiers éléments attendus pour la fin de l’année 2021.

Durant la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron ne s’était pas explicitement engagé sur l’euthanasie, appelant « d’abord à faire pleinement appliquer la loi Claeys-Leonetti » votée en 2016. Ce texte avait notamment introduit la sédation profonde et continue jusqu’au décès et les directives anticipées. Mais l’offensive pro-euthanasie observée ces derniers mois en France appelle à la vigilance. Surtout à l’approche de l’élection présidentielle.

Jeanne Larghero