4. févr., 2022

L'abandon des aînés, "une euthanasie déguisée"

Un livre paru le mercredi 26 janvier dénonce la maltraitance des personnes âgées en Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) mais aussi les rudes conditions de travail des équipes d’aidants et de soignants (Les Fossoyeurs de Victor Castanet, Fayard, 390 p., 22,90 €). Ces graves dysfonctionnements interrogent tout le système de prise en charge du grand âge et de la dépendance en France. Il s’agit d’un sujet majeur dans les sociétés occidentales qui, en raison de la baisse de la fécondité et de celle de la mortalité, voient leur population vieillir. Sont questionnés aussi bien notre conception de la santé, de l’autonomie, de la dépendance que le choix social d’une « concentration » des personnes âgées dans des établissements d’hébergement, qui peuvent devenir des lieux de maltraitance.

 « Combien de fois on jette les personnes âgées dans un abandon qui n'est ni plus ni moins qu'une euthanasie cachée ! C'est l'effet de la culture du déchet qui fait tant de mal à notre monde », dénonçait déjà le pape François en 2014. Pour répondre au défi du grand âge et de la dépendance, il est donc urgent que notre société marquée par le jeunisme change son regard sur la vieillesse.

 Vieillir n’est pas une maladie ou un malheur. La vieillesse est une nouvelle période de la vie. Elle peut certes être marquée par un déclin des forces et divers désagréments liés à l’âge, mais cela n’enlève rien à la dignité des personnes et au respect qui leur est dû. « Les maisons de retraite devraient être les “poumons” de l’humanité dans un pays, un quartier, une paroisse. Elles devraient être des “sanctuaires” d’humanité, où la personne qui est âgée et faible est soignée comme un frère ou une sœur aînée », déclarait encore François. Une manière de dire que le soin des personnes âgées n’est pas qu’une affaire de professionnels. Chacun devrait donc se sentir concerné par le bien-être des aînés. Ne serait-ce qu’en leur rendant régulièrement visite, pour leur signifier que nous ne les avons pas abandonnés et qu’ils continuent de compter à nos yeux.

Dominique Greiner,
 rédacteur en chef de Croire-La Croix