27. sept., 2022

L’épopée des Cafés joyeux

Les Cafés joyeux fêtent leur cinquième anniversaire. Le rédacteur en chef de la revue "Ombres et Lumière" revient sur l’intuition à l’origine de cette épopée : l’inclusion des personnes handicapées par le travail peut être une valeur ajoutée pour la société entière.

Une success story à la française. Le 19 septembre, les Cafés joyeux s’offraient l’Olympia pour célébrer leurs cinq années d’existence, en présence de 800 personnes dont trois ministres, tout en présentant l’Épopée joyeuse, la série de Canal + qui leur est consacrée en cette rentrée, produite par le duo Tolédano-Nakache*. On ne présente plus la célèbre marque en jaune et noir, entreprise emblème de la restauration inclusive, puisque chacun de ses restaurants emploie essentiellement des personnes avec un handicap mental ou porteuses d’autisme.

Une incroyable saga
Depuis 2017 et l’ouverture d’une première échoppe à Rennes puis passage Choiseul, dans le quartier chic et grouillant de l’Opéra à Paris, l’histoire des Cafés joyeux ressemble en effet à une incroyable saga, initiée par Yann et Ludwine Bucaille, un couple d’entrepreneurs bretons qu’un jeune porteur de handicap mental a un jour interpellés : « Tu as un job pour moi ? » Ces restaurants atypiques connaissent immédiatement un succès médiatique qui leur ouvre de multiples et prestigieuses portes. Soutenus par la secrétaire d’État aux personnes handicapées Sophie Cluzel, ils sont recrutés pour servir le cocktail à l’Élysée lors de la Conférence nationale du handicap, en février 2020. Quelques semaines plus tard, un deuxième restaurant parisien ouvre ses portes sur… les Champs-Elysées, à deux pas de l’Arc de Triomphe, grâce à la générosité d’un chef d’entreprise, en présence d’Emmanuel et Brigitte Macron.

Dans le même temps, la marque se diversifie, en torréfiant du café, et en multipliant les produits dérivés, avec le soutien de campagnes d’affichage gracieuses de JC Decaux. Et sans s’arrêter de se déployer géographiquement : après voir ouvert un café à Bordeaux, Lisbonne, et un troisième à Paris, l’entreprise solidaire sera bientôt présente à Versailles, Lyon, Lille, Nantes, Montpellier, Marseille et Tours… en attendant New-York et Bruxelles ! Yann Bucaille confie avoir reçu près de 300 demandes, émanant de particuliers, d’associations et de collectivités…

Générosité et professionnalisme
Comment expliquer une telle réussite ? Au départ, il y une intuition profonde et juste : celle que l’exclusion des personnes handicapées mentales de l’emploi n’est pas une fatalité, et que la restauration est un lieu où ils peuvent exprimer leur talent, notamment relationnel ; mais surtout, que leur inclusion peut être une valeur ajoutée pour la société entière. D’où le choix d’implanter les cafés au cœur des grandes villes, dans les quartiers les plus prestigieux. Permettant, très souvent, la rencontre entre deux mondes qui s’ignorent. Symbolisant, aussi, la reconnaissance des « plus petits » au cœur de cette société de la performance si souvent indifférente à leur sort…

"L’épopée des Cafés joyeux est une aventure humaine qui repose sur la bienveillance et l’audace, l’alliance de la générosité et du professionnalisme".

N’empêche qu’il y a comme un miracle « joyeux » à l’origine des humbles débuts de ce concept finalement très simple. « Ce projet nous dépasse », confient Yann et Ludwine Bucaille, qui ne font pas mystère de leur foi chrétienne — sans en faire un étendard. L’épopée des Cafés joyeux est une aventure humaine qui repose sur la bienveillance et l’audace, l’alliance de la générosité et du professionnalisme. Une telle combinaison force l’admiration, et invite à la contagion. Alors, soyons toujours « joyeux » !

Cyril Douillet