EST-CE QU’ON PEUT ÊTRE HEUREUX SI ON N’EST PAS CHRÉTIEN ?

"Mais moi c'est parce que je suis chrétienne que je suis heureuse !"

Cette question m'a été posée, il y a quelque temps, par mon petit-fils de 14 ans, qui, bien que baptisé n'a pas eu d'éducation religieuse !

J'avoue que très surprise, j'ai répondu sans réfléchir :

"Je suppose que oui !" 

 

Aujourd'hui, une réponse à cette question, me vient spontanément à mon réveil !

Je suppose que oui, mais tout dépend de notre notion du Bonheur

On peut être heureux si on n’est pas chrétien, mais pas si on n’a pas l’AMOUR !
De même qu’on ne peut être chrétien si on n’a pas l’AMOUR !
L’essentiel pour être heureux, c’est « AIMER » sans rien attendre en retour !

Aimer c’est tout donner et se donner soi-même (Sainte Thérèse)
Il y a plus de Joie à donner qu’à recevoir (Ac 20,35)

Ainsi
Lorsque nous recevons
Donnons-Tout
Ne gardons rien pour nous
Que la Joie du « Par Don » !

Françoise

Savez-vous savourer les joies simples du quotidien

Même la journée la plus noire a sa frange d'or. Il faut juste apprendre à y être attentif.


La vie est parfois rude. Elle peut même être si difficile que c’en est presque insoutenable. Partout dans le monde, des hommes et des femmes se lèvent le matin sans savoir où trouver le courage d’affronter la journée qui les attend, soit parce qu’ils souffrent de dépression, soit parce qu’ils doivent assumer un lourd handicap, une maladie grave, d’écrasantes difficultés matérielles, des conflits familiaux (sans parler des pays où des milliers de personnes subissent guerres, famines ou persécutions). Et même lorsqu’on n’est pas accablé de souffrance, chacun doit porter sa part de soucis, de déceptions et de chagrins. Nul n’y échappe.

Le malheur fait plus facilement recette que le bonheur. Les catastrophes sont à la une des journaux, tandis que des milliers de belles histoires passent inaperçues. Plus les nouvelles sont tristes, plus vite elles se répandent, avec force détails tragiques. On pourrait en donner de nombreux exemples, à commencer par les divorces qui alimentent bien davantage les conversations que les mariages heureux. Cela vient parfois d’un voyeurisme malsain qui semble se complaire dans le malheur d’autrui, mais aussi d’un juste désir de compatir à la souffrance des autres, de ne pas rester enfermé dans sa petite bulle égoïste. Quoi qu’il en soit, on risque de ne plus voir que les ombres de la vie, aux dépens de la lumière. Pourtant, même la journée la plus noire a sa frange d’or. Encore faut-il y être attentif.

Accueillir les joies de chaque jour, c’est faire preuve de réalisme
Trop souvent, nous passons à côté des joies qui nous sont offertes, soit parce qu’elles ne correspondent pas à ce que nous attendions, à ce que nous imaginions ; soit parce qu’elles nous semblent dérisoires ; soit, au contraire, parce qu’elles nous font peur, comme si elles étaient trop belles pour être vraies. Soit, enfin, parce que nous sommes empêtrés dans des regrets et des remords stériles ou rongés par l’inquiétude, ce qui nous empêche d’être attentifs à ce qui nous est offert ici et maintenant. Le Malin cherche toujours à nous détourner de la joie, parce qu’elle est un avant-goût du Royaume de Dieu.

Accueillir les joies de chaque jour, ce n’est pas faire preuve d’optimisme, mais d’Espérance.

La joie n’est pas le propre des optimistes, de ceux qui portent des lunettes roses pour embellir la grisaille du quotidien, des doux rêveurs qui évacuent de leur champ de vision ce qui va mal. Optimisme, pessimisme, là n’est pas la question. Accueillir les joies de chaque jour, c’est tout simplement faire preuve de réalisme. C’est voir la vie telle qu’elle est, discerner le bon grain au milieu de l’ivraie et la lumière qui brille au milieu des ténèbres. C’est, plus profondément, voir la vie dans sa dimension d’éternité. Ce n’est pas faire preuve d’optimisme, mais d’Espérance. Jésus a vaincu le mal : les joies sont les signes de cette victoire qui, déjà, nous est acquise.

Comment être attentifs aux joies qui nous sont offertes ?
Tout d’abord, il faut rendre grâce au Seigneur. Quand nous commençons à remercier Dieu – pas de manière vague, mais pour quelque chose de concret, de précis -, c’est comme si nous dévidions un écheveau de louange. Chaque merci en appelle un autre : merci pour le sourire de cet ami croisé dans la rue, pour le colis attendu depuis longtemps, le paysage paisible traversé en voiture, la gentillesse des voisins, le moment de paix goûté en passant par l’église, etc. Souvent, les petites joies en réveillent de plus grandes, de ces merveilles auxquelles nous sommes habitués et dont nous profitons comme des enfants gâtés : la vie qui nous a été donnée, notre corps avec ses possibilités extraordinaires, notre intelligence et tous nos dons, le baptême, la grâce de Dieu… et Dieu Lui-même.

La joie s’accueille avec un cœur d’enfant. Elle fait partie de ces trésors « cachés aux sages et aux savants et révélés aux tout-petits » (Mt 11, 25). Les petits, ces pauvres de cœur dont parle Jésus, ne méprisent pas les petites joies, ni celles qui ne correspondent pas à leurs projets. Comme ils savent que, de toute façon, ils ne méritent rien, ils ne s’étonnent ni ne s’effraient d’être comblés de joie. Ils font confiance, tout simplement, et ne gâchent pas les joies d’aujourd’hui avec les regrets d’hier et les soucis de demain. Plus encore, ils se réjouissent des joies d’autrui, sans l’ombre d’une jalousie. Heureux sont-ils, ces pauvres de cour, car la joie du Royaume est à eux. Dès maintenant.

Christine Ponsard

Laissez-vous surprendre par la joie !

En moi a germé la graine de joie de ma foi embryonnaire, celle de ma première communion ! Françoise

"Réjouis-toi !" ordonne l’ange à Marie avant toute chose. Comment pouvons-nous aujourd’hui obéir sans crainte ni aveuglement ?

Par les temps qui courent, il est sans doute difficile d’être joyeux. Les complications, les soucis (pour soi-même et pour les autres) et l’adversité ne laissent que de trop rares et brefs répits. Et l’absence provisoire de pression, comme pendant des vacances, n’est pas encore la joie, laquelle ne se limite pas au bien-être anesthésiant ni aux plaisirs que l’on peut se donner. Or, pour le chrétien, la joie n’est pas exceptionnelle, ni accordée au hasard par un Dieu capricieux, et elle n’est même pas facultative. C’est un paradoxe à ne pas esquiver.

Le propre de Dieu
Dans son grand discours après son dernier repas avec ses disciples, tel que le rapporte saint Jean dans son Évangile, Jésus leur parle de sa joie, afin qu’ils y aient part, et non pas un peu — par exemple, juste assez pour leur redonner le moral —, mais complètement, à la perfection (Jn 15, 11 ; 17, 13). C’est ahurissant, car il n’ignore pas ce qui va lui arriver et qui n’a vraiment rien de réjouissant. Il les a en fait déjà prévenus qu’ils suivront le même chemin que lui : ils seront dans la peine avant d’être dans la joie (Jn 16, 20 et 22) en le retrouvant ressuscité.

La joie n’invite pas la raison à démissionner ; elle la stimule au contraire.

La leçon à tirer est double. D’une part, cette joie est le propre de Dieu, comme ce qui est vécu au sein de la Trinité. Elle fait tressaillir le Christ sous l’action de l’Esprit saint et lui inspire de rendre grâce à son Père (Lc 10, 21). D’autre part, elle s’éprouve en ce monde en union avec le Fils fait homme, non pas en escamotant les épreuves et la mort, mais en les traversant à sa suite. Jésus crucifié reste le Fils éternel et rouvre à l’humanité l’accès à la joie qu’elle avait perdu en préférant le plaisir que l’on prend à l’abandon de soi au Père afin de pouvoir se donner avec et comme lui et ainsi se recevoir pleinement.

L’esprit d’enfance
Il est remarquable que ce qui réjouit Jésus, c’est que ce ne sont pas « les sages et les savants » qui découvrent le secret de la béatitude, mais les simplets, ceux qui pleurent, les cœurs purs, les persécutés qui ne pensent même pas à se venger (Mt 5, 3-12) : en écoutant, regardant et imitant Jésus, ils voient le Père (Jn 14, 9), reçoivent l’Esprit consolateur (Jn 14, 16-26 ; 15, 26 ; 16, 7-13) et ont part à la joie vécue en Dieu. Il en ressort que la joie chrétienne a quelque chose de foncièrement enfantin. Ce n’est bien sûr pas une affaire d’âge, et bien plutôt une attitude filiale de confiance, dans le renoncement à la domination, à la maîtrise et au contrôle — mais pas à l’intelligence. Car la joie n’invite pas la raison à démissionner ; elle la stimule au contraire. Et la liberté n’a pas à abdiquer, car elle s’épanouit en étant affranchie de la peur de se perdre, puisqu’en se remettant à la disposition du Donateur, elle s’associe à sa générosité qui ne répond à aucune nécessité d’auto-préservation.

La gratuité qui dépasse l’attente
Ici se révèle la gratuité de la joie. Elle signifie que le bénéficiaire ne la mérite pas par ses seules vertus, mais non qu’il resterait passif ni que tout cela serait arbitraire, voire absurde. La joie vient dans l’exercice de la liberté donnée de se donner à son tour. Il y a là une dynamique qui peut être analysée, une logique discernable et une cohérence entraînante, qui n’ont néanmoins rien d’un enchaînement inexorablement mécanique.

Il y a cependant plus encore. Car ce n’est pas une sensation que l’on pourrait inscrire dans sa mémoire, avec la possibilité de la reproduire à volonté, en suivant la recette appropriée. Certes, la méditation sur la Création et la Révélation, la contemplation, la disponibilité créent des conditions favorables. Mais la joie reste un don d’une gratuité qu’aucune demande ou procédure ne peut produire. Elle surprend toujours, parce que même si elle est désirée, elle dépasse l’attente. Elle vient à l’improviste, bouscule et transporte. C’est la découverte enfantinement émerveillée d’un espérable insoupçonné, l’expérience d’avoir déjà réellement part à la vie éternelle, même si ce n’est pas encore de façon définitive, puisque l’Histoire n’est pas achevée et ne le sera qu’au retour du Christ à la fin des temps.

Le romantique et le romancier
« Surpris par la joie » est un titre deux fois célèbre en littérature anglaise. C’est d’abord le début d’un sonnet souvent cité et étudié de William Wordsworth, un des principaux romantiques. Le texte est déconcertant, car le thème est finalement la tristesse et le deuil. Submergé par une allégresse dont il ne précise pas ce qui l’a motivée, le poète éprouve le besoin de la communiquer, mais s’aperçoit aussitôt que celle dont ce bonheur le rapproche et qu’il voudrait y associer n’est plus : sa toute petite fille morte l’année précédente. Émerge ici une autre des caractéristiques essentielles de la joie : c’est qu’il ne peut être question de la garder pour soi. Elle est fondamentalement partage : la joie est à la fois le moteur et l’expression de la communion, en Dieu qui en est la source — et aussi chez les créatures faites « à son image et à sa ressemblance » (Gn 1, 26-27).

C.S. Lewis, médiéviste universitaire, grand apologète chrétien du XXe siècle et auteur du Monde de Narnia, a également intitulé Surpris par la joie son autobiographie spirituelle jusqu’à sa conversion.

Beauté qui sourd de l’humilité
L’itinéraire de C.S. Lewis révèle encore deux dimensions de la joie. La première est qu’il s’agit d’une émotion esthétique : dans la gratuité des dons de Dieu, il y a de la grâce, une beauté ni contraignante ni contrainte — non pas une image figée, mais une réalité inépuisable, qui se renouvelle sans cesse et dont on se ne lasse jamais. Le second aspect de la joie que retient C.S. Lewis est qu’une fois qu’elle a été éprouvée, elle demeure indélébile dans la conscience, quels soient les tentations, les épreuves et les démentis. En chacun reste semée, prête à germer, la graine de joie de sa foi embryonnaire — celle de la première communion, peut- être, ou de la première réponse personnelle et confiante à l’appel de Dieu…

Il s’ensuit qu’en ce monde, les déconvenues et les douleurs n’abolissent pas plus la joie que celle-ci ne les rend illusoires. La Vierge Marie aide à le comprendre. L’ange ne l’engage pas à chercher la joie, comme si cela ne dépendait que d’elle, mais à la recevoir : « Réjouis-toi ! » (Lc 1, 27). C’est un impératif ! Et le Magnificat lève un coin du voile du mystère : « Mon âme exulte en Dieu, mon Sauveur, car il s’est abaissé jusqu’à son humble servante » (Lc 1, 47-48). La joie déborde irrésistiblement de l’humilité qui conforme à l’abaissement dont l’ampleur se mesure à l’infini de Dieu qui se livre sans rien craindre ni esquiver.

Jean Duchesne