L’hostie et la sagesse retrouvées près du corps de Charles de Foucauld

Quelques semaines après l’assassinat de Charles de Foucauld (1858-1916), des soldats français viennent en reconnaissances à Tamanrasset. C’est le capitaine de La Roche qui découvre parmi les débris de la chapelle profanée le bien le plus précieux du marabout du Christ.

Algérie, 21 décembre 1916. Un silence de mort règne sur le plateau de l’Assekrem alors que le capitaine de La Roche et ses hommes arrivent. Un vent hivernal sinistre siffle sur le refuge construit pour le père de Foucauld. Il n’y a pas de corps visible, mais les soldats reconnaissent déjà l’odeur de la mort.

Après trois semaines sans nouvelles, le commandant Laperrine a demandé à ce qu’on aille prendre des nouvelles de son ami Foucauld. Même à cette distance, le capitaine de La Roche sait qu’il ne trouvera sans doute pas le marabout, surnom que lui ont donné les Touaregs, vivant. Il inspire longuement avant d’ordonner à ses hommes de fouiller les lieux.

Le bien le plus précieux de Charles de Foucauld
Certains soldats vont interroger les Touaregs. D’autres cherchent corps et survivants. Mais ils savent que les pillards ont l’habitude de jeter les corps dans des fossés loin du lieu d’exécution. Ou encore, de les abandonner dans le désert pour que les chiens sauvages les dévorent sans laisser de trace.

Le capitaine ne laisse rien paraître, mais un sentiment amer le pince au cœur. Charles de Foucauld était une figure importante pour l’entente avec les Touaregs. Amoureux du Christ et plein de savoir, sa présence seule suffisait à calmer les désaccords entre les peuples du désert et l’armée française.

Le capitaine se rend alors à la chapelle de l’ermitage du père de Foucauld. Sa gorge se sert à la vue du tabernacle brisé. Où sont donc les saintes espèces ? Les pilleurs les auraient-ils aussi profanés ? Mais en baissant les yeux, il aperçoit un objet scintillant, recouvert de terre et de sable.

 

L’objet est une lunule d’ostensoir. Un poids le quitte lorsqu’il s’assure que l’hostie est bien présente. Les mains du capitaine tremblent. Il ne sait que faire de ce bien si précieux. Mais le laisser aux sables du désert est impensable.

Après une brève prière, le capitaine décide de l’emmener à quelques kilomètres de là, au fort Motylinski. Un des sous-officiers est un ancien séminariste. La Roche décide de la lui remettre à son retour. Il enveloppe la lunule dans un mouchoir, et la range précieusement. 

L’héritage laissé au désert

Les soldats retrouvent sur les lieux du crime les derniers écrits du marabout. Il y a beaucoup de lettres adressées à ses amis à l’approche de Noël. Une à sa chère cousine Marie qu’il appelle affectueusement sa “chère mère”. La Roche se permet de lire quelques lignes. Et dire que le père tentait de rassurer ses proches à propose de sa sécurité en ces temps troublés… 

Le capitaine trouve alors le dictionnaire français-touareg du marabout. Cette œuvre lui a demandé de longues heures de travail. C’est une preuve irréfutable du dévouement de Foucauld à la bonne entente entre les touaregs et les français. Chaque phrase est une apologie de l’unité, de la charité et du Christ. 

Quelques heures avant sa mort, comme s’il l’avait prédite, Charles de Foucauld écrivait ceci :

Notre anéantissement est le moyen le plus puissant que nous avons de nous unir à Jésus et de faire du bien aux âmes.

Quand les touaregs apprennent la mort du père Foucauld, ils pleurent le triste sort de leur ami. Moussa, leur chef, écrira à Marie pour faire l’éloge de Charles et de sa piété. Le marabout chrétien laisse derrière lui une empreinte indélébile. Le capitaine de La Roche emporte ce qu’il peut des écrits du marabout avant de partir rejoindre ses hommes.

La dépouille de Charles de Foucauld ne sera retrouvé qu’un an plus tard, en décembre 1917. Il sera béatifié par le pape Benoît XVI en 2005 et canonisé le 15 mai 2022. Il est fêté le 1er décembre.

Aliénor Goudet 

Charles de Foucauld sera canonisé le 15 mai 2022

Charles de Foucauld et César de Bus seront canonisés le 15 mai 2022 à Rome, a indiqué le Saint-Siège ce mardi 9 novembre.

Cela fait plus d’un an que des centaines de milliers de personnes sont dans l’attente de cette date : la canonisation de Charles de Foucauld. Une attente paisible et priante pour certains, une attente mâtinée d’impatience pour d’autres mais une attente qui prend vient de prendre fin. Charles de Foucauld et César de Bus seront canonisés le 15 mai 2022 à Rome ainsi que cinq autres saints (Lazare Devasahayam, Luigi Maria Palazzolo, Giustino Maria Russolillo, Maria Francesca di Gesù, Maria Domenica Mantovani). Il s’agira de la première célébration de canonisations par le pape François depuis le 13 octobre 2019. Elles concernaient le cardinal John Henry Newman (1801-1890) et quatre bienheureuses -Marguerite Bays, Dulce Lopes Pontes, Giuseppina Vannini et Marie Thérèse Chiramel Mankidiyan.

Les canonisations ne sont pas faites pour les saints mais pour nous.

Durant l’année 2020, pour la première fois depuis le début du pontificat du pape François, il n’y avait pas eu de canonisation célébrée à Rome. Le postulateur de la cause de Charles de Foucauld, le père Bernard Ardura, avait expliquéla décision du Vatican d’ajourner les célébrations. « Les canonisations ne sont pas faites pour les saints mais pour nous », expliquait le postulateur français. « C’est un événement de grande portée ecclésiale et c’est pour cette raison que la canonisation se fait en présence du peuple de Dieu », ajoutait-il. « S’il n’y a pas de fidèles, cela perd son sens ».

Deux ans après l’annonce de sa canonisation

C’est le 27 mai 2020 que le pape François avait annoncé la prochaine canonisation de Charles de Foucauld, provoquant une véritable onde de joie. Il aura fallu presque 100 ans pour que son procès en béatification, entamé en 1926, aboutisse à sa canonisation. Après la reconnaissance d’un premier miracle en 2005 par Benoit XVI le faisant accéder au statut de bienheureux, le pape François a reconnu l’attribution au bienheureux Charles de Foucauld d’un deuxième miracle, ouvrant la voie à la canonisation prochaine du Français.

Beaucoup connaissent de lui sa très belle prière d’abandon, « Mon Père je m’abandonne à toi ». Mais sa vie mérite elle aussi le détour par sa radicalité et son dépouillement. Ce Français, après avoir mené une carrière de militaire, marquée par une vie dissolue, a vécu ensuite une existence de foi et d’évangélisation par l’exemple au milieu des Touaregs dans le Sahara algérien au début du XXe siècle avant de mourir assassiné en 1916. Il a témoigné toute sa vie d’une grande cohérence de son apostolat de prière, de silence et d’amitié au milieu de ses frères musulmans. Sa manière d’évangéliser et de porter Jésus est reconnue comme un modèle, les « pauvres » étant pour ce mystique du désert ceux qui n’avaient jamais entendu parler du Christ.

Agnès Pinard Legry 

Trois leçons de la bienheureuse Chiara Luce pour traverser les épreuves de la vie

Morte à l’âge de 18 ans d’un cancer foudroyant, la bienheureuse Chiara Luce Badano peut nous apprendre comment survivre aux crises - non seulement aux grandes catastrophes, mais aussi aux difficultés et aux épreuves de la vie quotidienne.

Àl’âge de 17 ans, on a diagnostiqué à la bienheureuse Chiara Luce Badano un cancer des os. Cependant, la jeune fille n’a pas baissé les bras. Au contraire, habitée par une joie saisissante, elle avait l’habitude de réconforter ceux qui venaient lui rendre visite. Et au moment de mourir, le 7 octobre 1990, à l’âge de 18 ans, elle a vécu sa mort comme un mariage avec Jésus. Ses derniers mots ont été pour sa mère : « Maman, au revoir. Sois heureuse parce que moi je le suis. Ciao ! » Mais comment a-t-elle fait face à aux épreuves et à la mort ? Voici trois leçons spirituelles de Chiara Luce Badano pour vous aider à traverser les épreuves de la vie :

LEÇON 1 - ÊTRE PRÉPARÉ AUX CRISES
Les « crises » prennent de nombreuses formes : problèmes de santé, perte d’un emploi, relations difficiles avec les autres, blessures et émotions qui en découlent… Chaque épreuve révèle les points vulnérables de la personne qui la traverse. Cette dernière devient alors nue devant Dieu sans pouvoir se cacher derrière les rituels du quotidien. La vie de Chiara montre qu’il est très important d’être préparé à traverser une « crise ». Engagée dans le mouvement des Focolari depuis son enfance, elle y a appris l’Évangile, comme on apprend l’alphabet. Fascinée par l’idéal d’une union complète avec Jésus, elle a alors commencé la plus grande aventure de sa vie, alors qu’elle n’avait que 9 ans.

La présence de Jésus est devenue très vite naturelle pour elle. Un jour, lorsque sa mère s’inquiétait de la laisser seule, elle lui a répondu : « Mais je ne suis pas seule, Jésus est là ». C’est ainsi qu’avec ses amis du mouvement, elle essayait de vivre pour le Christ. Il était essentiel pour Chiara d’avoir cette expérience de la présence de Dieu, ensemble, avec ses amis des Focolari. Selon elle, le meilleur moyen de faire face à une épreuve est d’avoir son groupe, sa communauté ou tout simplement des personnes proches avec lesquelles on peut vivre l’Évangile et découvrir ensemble Jésus crucifié. C’est la première leçon spirituelle de Chiara à retenir.

LEÇON 2 - SE DONNER DU TEMPS POUR DIRE « OUI »
Dès que Chiara a ressenti une forte douleur à l’épaule pendant une leçon de tennis, sa vie a changé radicalement. Le marathon de consultations médicales, d’examens et de séjours à l’hôpital ne s’arrêtait plus. Le diagnostic est enfin tombé : Chiara souffrait d’un cancer des os. « Quand elle est rentrée enfin de l’hôpital à la maison, elle semblait ailleurs », a confié à l’époque sa mère. A sa question quelles étaient les nouvelles, la jeune fille lui a répondu « Pas maintenant, ne dis rien maintenant ». Puis elle s’est écroulée sur son lit, les yeux fermés. Cela a duré 25 minutes. Puis elle s’est retournée vers sa mère en disant souriante : « Maintenant tu peux parler ».

Chiara avait besoin de ce temps de combat intérieur au cours duquel elle a dit définitivement « oui » à Jésus. Ces « 25 minutes » ont été un tournant dans sa vie. Une percée intérieure a eu lieu en elle ; sa douleur l’a conduite dans l’étreinte de l’Amour. Accepter la souffrance n’est facile pour personne. A un moment donné, la douleur devient insupportable. Mais c’est justement à ce moment-là que l’Évangile de la Croix aide beaucoup. Ce sont des moments où rien d’autre ne peut aider. La maladie de Chiara n’a aucun sens, elle est illogique et fait terriblement mal. On ne peut rien y faire. La question est de savoir si on peut porter la croix. Chiara montre que lorsqu’on éprouve de la douleur, il faut du temps – des minutes, des jours, des semaines, voire des mois – pour remettre complètement la douleur à Jésus et lui dire « oui ». Et alors, en effet, la douleur peut se transformer en amour.

LEÇON 3 - RECEVOIR LA FORCE DE LA RELATION AVEC JÉSUS
A l’âge de 12 ans, Chiara a écrit cette phrase dans son carnet : « La réalité la plus importante de ce congrès (du mouvement Focolari, ndlr) a été pour moi la découverte de Jésus Abandonné. Auparavant, je l’avais vécu de manière assez superficielle et je l’avais accepté pour retrouver la joie. Mais, j’ai compris que tout cela était faux. Je ne dois pas l’instrumentaliser, mais l’aimer et c’est tout ». C’est justement la troisième leçon de Chiara : l’amour désintéressé pour Jésus Abandonné.

Pendant la Passion, Jésus fait l’expérience du plus grand abandon et, en même temps, du plus grand amour. La relation avec Jésus Abandonné introduit l’homme dans le mystère de l’amour le plus intime et le plus profond de Dieu. Découvrir cet amour, le vivre chaque jour donne de la force face aux combats de la vie. Chiara a su donner un sens à chaque moment de sa vie, y compris en embrassant la mort comme un moment nuptial. Elle voulait être enterrée dans une robe de mariée blanche, ses funérailles ont rassemblé des dizaines de personnes. L’abandon total de sa vie s’enracinait précisément dans sa relation avec Jésus Abandonné. Chaque moment et chaque événement était pour elle l’occasion d’une relation étroite avec Jésus Abandonné. Rien ne pouvait la séparer de l’amour du Christ. Il était son seul conjoint. Elle lui disait souvent : « Pour toi, Jésus. Si tu le veux, je le veux aussi ».

Adam Poleski

Bienheureuse Chiara Luce Badano

29 octobre : l’Église fête Chiara Luce

 

Chiara Badano est née le 29 octobre 1971 dans la région de Sassello, reçue comme un cadeau pour ses parents, Ruggero et Maria Teresa Badano, après de longues années d’attentes. Maria Teresa remarque la générosité de Chiara dès son plus jeune âge : à quatre ans elle fait don de ses jouets neufs aux enfants pauvres. En 1981, lors du festival Family Fest, elle fait la rencontre du mouvement des Focolari à l’occasion du rassemblement international. Cet événement va définir pour le reste de sa vie son parcours religieux. Elle rejoint les Gen 3, la branche adolescente du mouvement et s’engage à vivre en pleine concordance avec l’Evangile. Elle entame par ailleurs une relation épistolaire avec la fondatrice des Focolari, Chiara Lubich. C’est une jeune fille impressionnante, qui se rend à l’écoute de tout le monde : ses amis d’école ou du Focolari, les personnes âgées, les sans-abri… En dehors de cela, ses jours s’écoulent normalement, avec les hauts et les bas de l’adolescence. C’est avec un certain regret que sa famille déménage à Savone, où Chiara poursuit son éducation au lycée, et elle redoublera d’ailleurs sa première année, ce qui représente une période difficile de sa jeune vie. Cependant, elle garde son optimisme et poursuit son engagement dans le mouvement des Focolari, Jésus à ses côtés.

Chiara est une grande lectrice et une vraie sportive. Elle s'épanouit dans la montagne ou à la mer, en faisant du vélo ou du patin, en jouant au tennis... Or, en 1988, tout cela va changer. Lors d’un match de tennis, elle ressent une douleur fulgurante à l’épaule, qui lui vaut d’aller à l’hôpital. Après la réalisation d’une série de tests, le diagnostic tombe : elle souffre d’un cancer agressif du tissu osseux à un stade avancé. Elle reçoit une première opération à Turin, mais son médecin l’informe de la gravité de sa maladie. Alors, en rentrant chez elle, elle est sujette à un profond tourment, qui, selon sa mère, durera 25 minutes, au cours desquelles Chiara peine à réconcilier sa foi, sa joie avec cette nouvelle. Néanmoins, elle ressort victorieuse de ce combat intérieur, et à partir de ce moment, elle fera preuve d’un optimisme sans faille et ne regardera plus en arrière. Tout le reste de son parcours médical durant, elle offre sa douleur à Jésus. Elle sait que la médecine a “déposé les armes”, mais reste néanmoins active : elle continue ses dons à une mission au Bénin depuis sa chambre, et elle accueille ses amis et les jeunes du mouvement des Focolari dans la même allégresse avec laquelle elle s’était engagée pour répandre l’Evangile.

Voyant sa fin approcher, Chiara refuse l’administration de morphine. Bien que sa souffrance devient plus aigüe, elle ne veut pas perdre de la lucidité qu’elle gagne de la douleur, qu’elle veut offrir au Christ, car c’est ce qui lui reste à lui offrir. Elle organise ses propres obsèques avec sa famille et choisit de partir toute vêtue de blanc pour accueillir Jésus, qu’elle considère être “le premier époux”. Elle s’éteint le 7 octobre 1990 au petit matin. Son dernier acte de générosité sera de faire don de ses cornées, la seule partie de son corp qui n’est pas atteinte par sa maladie. Les Gen et ses connaissances se rassemblent en très grand nombre pour faire leurs adieux à Chiara Luce à son enterrement, car elle les avait touchés en grand nombre, et aujourd’hui encore, elle continue de toucher le monde : elle avait demandé que les dons soit transmis à la mission au Bénin, qui prendra son nom. Son histoire remonte jusqu’au Vatican, et elle est proclamée bienheureuse le 25 septembre 2010 au Sanctuaire de Notre-Dame du Divin Amour à Rome.

(Retrouvez d’autres saintes et saints dans le guide des saints sur Hozana)

Citations de la bienheureuse Chiara Luce
“Se le vuoi tu, Gesù, lo voglio anch’io”

Chiara Luce a appris bien jeune un diagnostic qui serait susceptible d’en accabler plus d’un. Cependant, elle maintient tout au long de sa maladie et jusqu’à la fin de sa vie un optimisme admirable et une dévotion infaillible. C’est sa confiance complète et son amour profond pour le Christ qui lui vaut de recevoir de la part de Chiara Lubich son nom, Chiara “Luce”, une lumière jaillissante portée sur ses proches et les autres membres du Focolari.
Qui peut dire ce que Chiara pensait réellement de sa situation ? Personne. Mais grâce à ses échanges épistolaires, ses notes dans son journal intime, et aux témoignages de ses proches, nous pouvons recueillir ses paroles et nous faire une meilleure idée du beau mental de cette jeune fille.

Elle reçoit l'Évangile en cadeau de sa communion, et elle développe une ferveur précieuse envers les écrits, ce qu’elle affirme d’ailleurs à Chiara Lubich, dans une lettre :
“Je ne veux pas et je ne peux pas rester analphabète d’un message aussi extraordinaire. Tout comme il m’est facile d’apprendre l’alphabet, je dois aussi apprendre à vivre l’Evangile.” (1985)

A Sassello, Chiara va souvent retrouver ses amis au Bar Gina. Sa mère lui demande un jour si elle parle de Dieu à ses amis. Chiara lui répond :
“Non, je ne parle pas de Dieu”. Puis, elle ajoute : “Parler de Dieu n’a pas tant d’importance. Je dois le donner.”

Les nouvelles de son cancer lui ont pesé lourd, mais, comme le dit sa mère Maria Teresa Badano, à la suite de son profond tourment, elle a su donner son “oui” à Jésus. Depuis, à chaque étape douloureuse et difficile qu’elle devra affronter, comme la perte de l’usage de ses jambes, Chiara Badano répètera sa phrase célèbre :
“Si tu le veux, toi Jésus, je le veux moi aussi”

Dans un enregistrement original, Chiara raconte un miracle s’étant produit lui donnant un regain de courage, alors qu’elle recevait des soins à l'hôpital de Turin. Lors de l’opération, elle décrit l’arrivée d’une dame, belle et souriante, venue lui prendre la main. Personne ne semblait la connaître, et elle disparut aussitôt qu’elle était venue. Chiara éprouve à son retour une profonde reconnaissance envers le Seigneur, et dit :
“Là, à cette occasion, j’ai compris : si nous nous tenions toujours prêts à tout, combien de signes Dieu nous enverrait ! J’ai aussi compris combien de fois Dieu passe à nos côtés sans que nous ne nous en rendions compte”.

Chiara s’adresse à nous tous, et bien qu’elle ne pourra pas profiter de sa jeunesse pleinement, elle laisse derrière elle un message pour ses pairs, lors de ses adieux :
“Les jeunes sont l’avenir. Je ne peux plus courir, mais je voudrais leur passer le flambeau, comme aux Jeux Olympiques. Ils n’ont qu’une vie, et cela vaut bien la peine de la vivre”.

Le jour de son décès, elle s'éteint sur ses derniers adieux à sa mère :

“Ciao. Sois heureuse, parce que je le suis”.

Pour aller plus loin: livres et documentaire
Apprenez en plus sur la vie de Chiara Luce en lisant les ouvrages : “Chiara Luce : 18 ans d’une vie lumineuse” par Franz Coriasco, et “De lumière en lumière : Vie de la bienheureuse Chiara Badano” par Mariagrazia Magrini, ou en regardant le film documentaire de Maria Amata Calò : “Chiara Luce Badano, un magnifique dessein”.

Sandra Sabattini, la première fiancée à être béatifiée

Les magnifiques intuitions de la nouvelle bienheureuse Sandra Sabattini

 

Sandra Sabattini, jeune italienne de 23 ans percutée par une voiture en 1984 alors qu’elle était toute jeune fiancée, a été béatifiée ce dimanche 24 octobre à Rimini, en Italie. Ses pensées intimes, qu’elle notait dans son journal depuis l’âge de 10 ans, révèlent un parcours spirituel exceptionnel. Elle est la première fiancée à rejoindre le cortège des saints. Une sainte proche du quotidien, dont le monde avait besoin.

Cette jeune fille italienne, jolie brune aux yeux noisette née dans une ville balnéaire près de Rimini, devient la première fiancée béatifiée. Une journée émouvante pour tous ceux qui ont soutenu sa cause avec détermination depuis 13 ans. Si cette nouvelle figure de sainteté est étonnamment proche de la vie de chaque fidèle, elle est « un reflet palpable de la présence de Dieu », avait souligné le Saint Père en annonçant sa béatification.

Une sainte proche du quotidien

Non, Sandra n’était pas une mystique. Elle ne pratiquait pas non plus l’ascèse. Avec une telle sainteté, comme le confie l’évêque de Rimini Mgr Francesco Lambiasi, de telles expériences ne sont pas nécessaires. Car sa vie ordinaire tissée d’une foi vivante, était soutenue par une vie de prière au quotidien ponctuée de petits gestes inlassables de tendresse envers les pauvres. Avec, toujours au centre de sa vie intérieure, une amitié passionnée avec le Christ. « Une fois que Sandra a rencontré Jésus personnellement, elle n’a pas pu s’empêcher de l’aimer, de se concentrer sur lui, de vivre pour lui », témoigne encore l’évêque de son diocèse.

Née à Riccione le 19 août 1961, Sandra Sabattini respire la foi dès son plus jeune âge. Plus encore lorsque ses parents décident de vivre avec elle et son petit frère dans le presbytère de son oncle prêtre, Don Giuseppe Bonini, d’abord à Misano Adriatico, puis à Rimini. À l’âge de 12 ans, Sandra rencontre le père Oreste Benzi, fondateur de la Communauté Jean XXIII qui se consacre à l’action notamment auprès des jeunes et des personnes handicapées. Elle devient sa fille spirituelle.

Deux ans plus tard, la jeune fille de 14 ans participe au camp d’été dans les Dolomites avec des personnes souffrant d’un handicap lourd. Au retour, tout lui semble clair : « Nous nous sommes cassés les os, mais ce sont des personnes que je n’abandonnerai jamais « . A partir de ce moment-là, la future bienheureuse se consacre au service des personnes handicapées, des jeunes toxicomanes et des pauvres. En août 1979, la jeune fille se fiance avec Guido Rossi, membre comme elle de la communauté Jean XXIII. Tous les deux très croyants vivent une relation amoureuse tendre et chaste, à la lumière de la Parole de Dieu.

« Le monde a besoin de saints ! »

Le 29 avril 1984, à Bellaria-Igea Marina, pas loin de Rimini, alors qu’elle se rend à une rencontre avec le pape Jean XXIII, Sandra est renversée par une voiture. Plongée dans le coma deux jours, elle meurt le 2 mai à l’âge de 22 ans. Durant sa courte vie, elle répétait souvent cette phrase qui résonne aujourd’hui de façon encore plus puissante : « Nous vivons une inflation de bons chrétiens, alors que le monde a besoin de saints ! »

Sa vie témoigne d’une foi joyeuse, vivante, soutenue par une intense vie de prière et ponctuée de gestes inlassables de tendresse envers les pauvres. Peu de temps après sa mort, son père spirituel Don Oreste Benzi a l’occasion de lire les feuillets noircis par la jeune fille. Le prêtre comprend immédiatement que ces lignes révèlent une âme profonde et simple, contemplative et rationnelle, immergée dans une foi indéfectible. Les notes qu’elle avait l’habitude d’écrire depuis l’âge de 10 ans ont permis la publication du « Diario di Sandra » (Journal intime de Sandra). Si les premières pages sont de simples pensées d’enfant, dès l’âge de 14 ans, elles manifestent de profondes réflexions spirituelles.

Une vie de prière intense

« Le but de ma vie est l’union avec le Seigneur, l’instrument pour y parvenir est la prière ».

« Si je ne fais pas une heure de prière par jour, je ne me souviens même pas d’être chrétien ».

Témoin de la joie

« Je ne peux pas forcer les autres à penser comme moi, même si je pense que c’est juste. Je ne peux que leur faire connaître ma joie. » (Octobre 1977, 16 ans).

« Sandra, aime tout ce que tu fais. Aimez à fond les minutes que vous vivez, que vous êtes autorisé à vivre. Essayez de ressentir la joie du moment présent, quel qu’il soit, pour ne jamais manquer la coïncidence. » (Octobre 1981, 20 ans).

Une vie au service

A 14 ans, elle participe à un séjour dans les Dolomites avec des adolescents gravement handicapés. Elle en revient avec l’intention de s’engager auprès d’eux :

« On s’est cassé les os, mais ce sont des gens que je n’abandonnerai jamais ».

« La charité est la synthèse de la contemplation et de l’action, le point de suture entre le ciel et la terre, entre l’homme et Dieu ». (1983, 22 ans).

Le choix du Christ

« La vie vécue sans Dieu est un passe-temps, ennuyeux ou amusant, avec lequel jouer en attendant la mort ».

« Dire : oui, Seigneur, je choisis les plus pauvres, maintenant c’est trop facile, car en ce cas, tout reste comme avant. Non, maintenant je dis : je viens te choisir ». (Février 1978, 17 ans).

« Ce n’est pas moi qui cherche Dieu mais Dieu qui me cherche. Je n’ai pas besoin de chercher (…) : les mots s’arrêtent tôt ou tard, et alors tu te rends compte qu’il ne te reste plus que la contemplation, l’adoration, plus qu’à attendre qu’Il te fasse comprendre ce qu’Il veut de toi… Je sens la contemplation nécessaire à ma rencontre avec le Christ pauvre ». (Octobre 1978, 17 ans)

Une profonde gratitude

« Merci, Seigneur, parce que j’ai reçu de belles choses de la vie jusqu’à présent, j’ai tout, mais surtout je te remercie parce que tu t’es révélé à moi, parce que je t’ai connu ». (Décembre 1977, 16 ans).

Sur la dernière page de son journal, deux jours avant l’accident, Sandra a laissé son testament spirituel :

« Cette vie n’est pas la mienne qui évolue au rythme d’un souffle régulier qui n’est pas le mien. Il n’y a rien dans ce monde qui soit à toi. Sandra, réalise-le ! C’est un don sur lequel le « Donneur » peut intervenir quand et comme il veut. Prenez soin du cadeau qui vous est offert, rendez-le plus beau et plein pour le moment venu ». (Avril 1984, 23 ans).

Gelsomino Del Guercio

Bienheureux Carlo Acutis

 

Carlo Acutis est né à Londres le 3 mai 1991. Ses parents italiens se sont par la suite installés à Milan, où Carlo a passé la majeure partie de sa vie. Il est le fils unique d’une famille non-pratiquante. Carlo fait sa première communion à 7 ans, dès lors il ne manqua jamais le rendez-vous quotidien de la messe et disait de l’eucharistie qu’elle était son « autoroute pour le Ciel ». Il priait devant le tabernacle avant et après la célébration eucharistique, adorant le Seigneur réellement présent dans le Saint Sacrement, il disait : « être toujours uni à Jésus, voilà mon programme de vie ». La Sainte Vierge était sa confidente et il l’honorait par la récitation quotidienne du chapelet. Carlo s’intéressait beaucoup à la vie des saints, ses préférés sont : François d'Assise, Antoine de Padoue, Dominique Savio et les trois bergers de Fatima. Pour réaliser pleinement la volonté de Dieu dans nos vies, Carlo disait que notre boussole doit être la parole de Dieu, à laquelle nous devons nous confronter.

Carlo était un élève studieux et appliqué. Il était très doué pour tout ce qui se rapportait au monde de l’informatique : programmation des ordinateurs, montage de films, création de sites internet, rédaction et mise en page. Il était considéré par beaucoup comme un génie vu sa rapidité à comprendre sans avoir fait d’études universitaires dans le domaine de l’informatique. L’adolescent a mis ses connaissances au service de la foi et réalisé des expositions en ligne sur des thématiques religieuses, dont une exposition sur les miracles eucharistiques dans le monde. Carlo fait des voyages pour approfondir sa foi. En 2005, il fait son premier pèlerinage à Lourdes et en 2006, il se rend à Fatima, d’où il retiendra en particulier la méditation des mystères du rosaire.

Carlo Acutis est emporté en quinze jours par une leucémie foudroyante. Il meurt le 12 octobre 2006, à quinze ans et est enterré à Assise.

Déclaré Vénérable en 2018, sa béatification a été célébrée le 10 octobre 2020, à Assise par le cardinal Agostino Valini. En février 2020, le pape François avait reconnu l’authenticité d’un miracle attribué à Carlo. Il s’agit de la guérison inexplicable d'un enfant brésilien, atteint d'une grave déformation du pancréas. En 2010, après que ses proches aient prié Carlo, le pancréas revint de lui-même à la normale, sans intervention chirurgicale, qui aurait pu être fatale.

Dans le cadre de la procédure de béatification, la tombe de Carlo Acutis a été ouverte en 2018 pour la reconnaissance canonique du corps. Selon les propos de Nicola Gori, postulateur de la cause, le corps a été retrouvé « intègre », ce qui ne signifie pas « intact ». En octobre 2020, alors que fut célébrée la béatification, le tombeau de Carlo Acutis a été ouvert afin d'exposer sa dépouille à la vénération des fidèles.

Donné en exemple aux jeunes pour son évangélisation sur Internet et surnommé le « geek de Jésus », Carlo Acutis est proclamé patron des internautes.

Hosana

Carlo Acutis

"Trouvez Dieu et vous trouverez le sens de votre vie !"

Saint John Henry Newman

cardinal (✝ 1890)

Né le 21 février 1801 à Londres, mort le 11 août 1890 à Birmingham, ordonné prêtre anglican, John Henry Newman s'est converti au catholicisme en 1845 - Le 9 octobre 1845, Newman est reçu dans l'Église catholique romaine par le frère Dominique Barberi, théologien italien et membre de la congrégation des Passionistes. Il a été créé cardinal en 1879.

- canonisé le 13 octobre 2019

«nous avons tous besoin de guérison»
Dans son homélie, le Pape a commenté l’évangile du jour pour décrire les trois étapes du «chemin de la foi» : invoquer, marcher, remercier. Trois étapes parcourues par ces saints, par qui le Seigneur a fait briller Sa lumière «dans les obscurités du monde».

- béatifié le 19 septembre 2010.

- Reconnaissance d'un miracle attribué à son intercession, décret du 12 février 2019 (en italien)
- au consistoire du 1er juillet, annonce de la canonisation de John Henry Newman, Giuseppina Vannini, Maria Teresa Chiramel Mankidiyan, Dulce Lopes Pontes et de Margarita Bays.
Né à Londres en 1801, John Henry Newman fut un des grands intellectuels chrétiens du XIXe siècle. En recherche de spiritualité depuis l'adolescence, il étudia la théologie à l'Université d'Oxford, où il enseigna aussi un certain temps et devint pasteur anglican. Il dirigea le Mouvement d'Oxford qui cherchait les racines catholiques de la foi en Angleterre. En 1842, alors qu'il écrivait son Essai sur le développement de la Doctrine chrétienne, il mûrit sa conversion au catholicisme. Il fut admis dans l'Église catholique en 1845 et y fut ordonné prêtre le 1er juin 1847 à Rome. Après son ordination, encouragé par Pie IX, il fonda le premier oratoire de saint Philippe Neri en Angleterre. En 1851, il fut nommé Recteur de l'Université catholique de Dublin, charge qu'il exerça jusqu'en 1854. Léon XIII le créa Cardinal en 1879 et il mourut en 1890 à l'oratoire de Edgbaston. (VIS 20100919)

https://nominis.cef.fr/

 

Biographie de Madeleine Delbrêl UN PARCOURS DE CONVERSION ET D’ENGAGEMENT

24 octobre 1904 : naissance à Mussidan en Dordogne
Madeleine Delbrêl est gasconne, ce qui éclaire son fort tempérament et son intelligence pétillante et pleine d’humour. Elle est née dans une famille « faite de tout » : sa mère est de la petite bourgeoisie ; son père, qui fait une carrière réussie de cheminot, est un autodidacte passionné de littérature. Fille unique, Madeleine est élevée chrétiennement par ses parents qui ne pratiquent pas, mais sa ferveur est vite balayée à l’adolescence au contact de milieux agnostiques où l’introduit son père et à 15 ans elle se dit « strictement athée ». Poète et artiste, elle joue du piano et aime danser, mais trouve la vie absurde. Au bal de ses 18 ans, on la croit fiancée à un centralien, Jean Maydieu, qui la quitte brusquement et entre chez les Dominicains.

29 mars 1924 : conversion « violente »
Cette rupture la plonge dans la solitude et la détresse, mais leur rencontre avait déclenché en elle une recherche intérieure et, finalement, une conversion l’année de ses 20 ans dans un éblouissement qui ne la quittera plus, même dans les périodes de fragilité physique et psychologique. Elle poursuit une carrière poétique, encouragée par le prix Sully Prudhomme, puis s’engage dans le scoutisme. C’est qu’entretemps elle a rencontré, à la paroisse St Dominique à Paris, l’abbé Jacques Lorenzo qui devient son directeur spirituel (il le restera jusqu’à sa mort en 1958). En recherche de vocation, elle s’oriente vers une vie communautaire au milieu « d’hommes incroyants et pauvres. »

15 octobre 1933 : départ à Ivry
Il faut souligner le caractère très évangélique de ce départ avec deux compagnes à Ivry, banlieue ouvrière rouge, et surtout de cette petite communauté sans statut canonique et sans règle sinon l’Evangile. Le groupe, qui est rattaché à l’archevêque de Paris, prend le nom de « La charité de Jésus » et l’on y vit en simples laïques, mais avec radicalité, les conseils évangéliques. Pendant 12 ans, Madeleine se déploie dans le métier d’assistante sociale où elle est appréciée pour sa compétence comme en témoignent ses responsabilités à la Mairie d’Ivry et dans le canton, ainsi que ses écrits professionnels. Elle découvre le dévouement des militants communistes (se liant d’amitié avec certains), mais aussi l’incompatibilité de la foi chrétienne avec le marxisme.

Octobre 1945 : démission de la Mairie et nouvelle disponibilité à l’Eglise
Après un engagement professionnel très fort pendant la guerre et à la Libération, Madeleine est sollicitée par les responsables communistes de la ville pour poursuivre son travail social et intensifier sa collaboration. Mais, après un temps de discernement, elle démissionne du service social de la Mairie et se recentre sur la vocation de départ de sa communauté qui est à la fois contemplative et apostolique. De cette époque datent de nombreux écrits inspirés sur la vie chrétienne en plein monde. Elle se rend disponible, dans leur maison de la rue Raspail, à toutes sortes de gens, soulage les détresses et combat l’injustice. Ses contacts étroits avec la Mission de France et la Mission de Paris, ses échanges avec son ami le Père Jacques Loew lui font traverser douloureusement la crise des prêtres ouvriers. Encouragée par Monseigneur Veuillot, elle publie en 1957 son livre Ville marxiste terre de mission, fruit de son expérience missionnaire à Ivry dont elle témoigne également par de nombreux articles et conférences. Elle est aussi consultée lors de la préparation du Concile Vatican 2.

13 Octobre 1964 : mort subite à sa table de travail
Brûlée par une vie de charité, de disponibilité à tous et, également, de souffrances, travaillant beaucoup y compris la nuit, elle décède subitement à quelques jours de ses 60 ans. Deux recueils de textes d’elle sont alors réunis par ses proches et publiés aux Editions du Seuil : les célèbres Nous autres gens des rues (1966) et La Joie de croire (1968). Mais son œuvre d’écrivain est immense et la publication de ses Œuvres complètes démarre l’année du centenaire de sa naissance en 2004 ; 17 tomes sont déjà publiés chez Nouvelle Cité. Sont encore encore à publier une grande part de la correspondance et les poèmes de jeunesse. Sa cause en béatification, introduite en 1988, suscite beaucoup d’espérance en France et dans le monde. Le Pape François l’a déclarée ‘Vénérable’ il y a deux ans, en janvier 2018.